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Publié le 06/04/2006

"Crépuscule d’acier" de Charles STROSS

["Singularity Sky"]

EDITIONS MNEMOS, FEV. 2006

Par PAT

Auteur assurément "à suivre", Charles STROSS se range aux côtés des Ian BANKS, Ken McLEOD et autres M. John HARRISSON, en proposant sa propre vision décalée et résolument moderne du Space Opera. "Singularity Sky" possède tous les ingrédients liés au genre, mais STROSS évite les clichés et se montre tour à tour cynique, politique ou délirant, méthode déjà utilisée par les auteurs citées plus haut. L’intrigue paye sa trop grande linéarité et ses explications scientifiques parfois fatigantes, mais impossible de bouder un plaisir de lecture bien réel et un amusement croissant à mesure que l’histoire se déploie.


L’Humanité a subi un choc vers le milieu du XXIème siècle : après avoir trouvé le moyen de voyager plus vite que la lumière, via une technique de sauts quantique qui permet littéralement de voyager dans le temps, elle s’est retrouvé confronté à la figure de l’Eschaton, sorte d’entité cosmique tout sauf divine [a priori, il s’agit plus d’un avatar de l’humanité] qui tape sur les doigts de l’espèce humaine en éliminant 90% de la population [quand même] et en interdisant dans la foulée toute violation future de la causalité [ergo, du voyage dans le temps]. Ce 3ème commandement n’est pas toujours scrupuleusement suivi par ces humains turbulents, et les avants-postes de la diaspora subissent parfois des éradications pures et simples [Météore, virus nanotechnologique ou autres joyeusetés] quand les dirigeants jouent un peu trop avec le temps.

Pour cette humanité sous surveillance, la Terre est devenue une sorte de soviet achevé, anarchiste politiquement et fédéré par l’ONU. La technologie y est abondante, la nanotechnologie maîtrisée. De fait, les machines peuvent absolument tout construire à partir de rien, d’où l’absence d’économie de marché proprement dite. Tout est accessible gratuitement à tout le monde. Ce monde est calqué sur « La division Cassini » de McLEOD, mais STROSS ne s’étend pas là-dessus, l’essentiel de « Singularity Sky » mettant en scène une autre branche de l’humanité : la nouvelle République.

La nouvelle République est un état multiplanétaire totalitaire et gentiment monarchiste, ultra hiérarchique et farouchement anti-technologique. Avant poste colonial de ce [petit] empire qui cohabite avec d’autres systèmes politiques indépendants [l’univers est vaste], le monde de Rochard est contacté par une mystérieuse entité informatique et infovore [entendre « bouffeuse d’informations] baptisée Festival, qui échange [par le biais de téléphones lâchés en pluie à la surface] tout désir de la population contre de l’information.

Le processus est simple : n’importe qui peut, par le biais de ces téléphones, demander n’importe quoi [vie éternelle, vélo ou plat cuisiné, autant de trucs faciles à réaliser quand on maîtrise la nanotechnologie]. Il suffit ensuite de payer en racontant une histoire dont la valeur informative conditionne l’acceptation du contrat.

Pour une société capitaliste et hiérarchique, l’accès gratuit à tout est non seulement une insulte, mais la manifestation concrète de l’effondrement économique. Les révolutionnaires obtiennent des armes, toute la société est chamboulée et l’écosystème même de la planète est compromis. Bref, pour les autorités centrales de la nouvelle République, Le Festival est responsable d’une attaque en règle, une attaque qui déclenche de fait une guerre. La planète mère envoie donc le fleuron de sa flotte spatiale, avec pour but d’éradiquer cette saleté de Festival. Mais pour jouer l’effet de surprise et augmenter les chances de victoire [la flotte locale du monde de Rochard ayant été littéralement « mangée » par le Festival], les militaires conçoivent un plan audacieux : jouer sur la relativité et programmer une série de sauts qui feront arriver la flotte en orbite autour de Rochard en même temps que le Festival. Un jeu dangereux qui risque d’attirer l’attention de l’Eschaton. Mais qui ne risque rien n’a rien.

A bord de cette flotte, une observatrice de l’ONU, chargée de vérifier qu’aucun viol de la causalité n’est pratiqué, mais dont l’activité secrète relève plus de l’espionnage [on pense évidemment à la section Contact chère à Banks] qu’autre chose, ainsi qu’un ingénieur terrien loué par son entreprise [celle-là même qui a fourni à la nouvelle République le fleuron de sa flotte] pour assurer la maintenance spéciale des propulseurs du vaisseau amiral. Lui aussi espion infiltré [mais dont le véritable employeur est bien plus qu’humain], il tombe assez vite amoureux de l’observatrice terrienne, tous deux comprenant rapidement que la flotte se dirige droit vers un désastre, les militaires obtus n’ayant aucune idée de la nature précise du festival [l’amiral est d’ailleurs gâteux] ...


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L’action de "Singularity Sky" se déroule principalement à bord des différents vaisseaux de la nouvelle République, en route vers le monde de Rochard. On apprend tour à tour les intentions réelles des deux terriens et celles des militaires, pendant que STROSS s’amuse de temps en temps à décrire l’avancée de la révolution sur Rochard, via un leader dépassé par les événements.

Le voyage est un peu longuet, même si les tenants et aboutissants sont passionnants. Peu de révélations finales, beaucoup de catastrophes prévisibles, pas mal de clichés, mais toujours une distance salutaire assez drôle. Et "Singularity Sky" confirme qu’un jeune auteur très prometteur est bien en train d’émerger.