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Passé d’abord par la case SF [« Les fous d’avril »] et la case fantastique [« La ligne de sang »], deux récits pou lesquels il a promis des suites, DOA aborde aujourd’hui le "vrai" polar avec « Citoyens clandestins ». Une évolution logique et maîtrisée... C’est à la prestigieuse Série Noire que sort le pavé, un roman sec, nerveux et hyperréaliste...


- Le Cafard cosmique : « Citoyens clandestins » prolonge votre travail commencé au Fleuve Noir tout en marquant une rupture claire : la Série Noire fait du polar et votre [gros] dernier est justement un concentré de polar. Une évolution ou une révolution ?

- DOA : Ni l’un ni l’autre. La Série Noire a déjà publié, en son temps, des auteurs dits transgenres - un vocable à la mode -, je pense notamment à Maurice G. DANTEC ou, dans une moindre mesure, Chuck PALAHNIUK. D’autre part, depuis ma toute première publication, « Les fous d’avril », je me revendique du genre roman noir plus que de la SF ou du polar, ou même du fantastique.

« Citoyens clandestins », qui pourrait être qualifié de récit d’espionnage, cadre parfaitement avec cette revendication. Et, pour être tout à fait honnête, les étiquettes me gonflent, tout comme les guéguerres de clochers, entretenues tant par les tenants des littératures de genre que par ceux qui ne voient de salut que dans le blanc immaculé.

Question rupture, je ne pense donc pas qu’elle soit si claire que cela du point de vue de mes envies ou de ma philosophie de travail. Je crois, en revanche, avoir progressé sur la forme et l’approche du fond, en partie grâce au travail de mon nouvel éditeur, Aurélien Masson. Il est là, le principal changement, selon moi.

- CC : N’avez-vous pas peur d’être taxé de facilité en vous emparant du thème très tendance de l’islamisme radical ? Pourquoi l’avoir choisi, justement ?

- DOA : Facilité ? Avec un thème aussi casse-gueule ? Je ne crois pas, non. De toute façon, je n’ai pas l’intention de sélectionner mes sujets parce qu’ils sont à la mode ou, a contrario, parce qu’ils ne le sont pas. Par ailleurs, je n’ai pas l’impression que ce thème soit si tendance que cela lorsque l’on regarde notre fiction littéraire nationale. Dans l’actualité, oui... Encore que les choses semblent plutôt calmes sur le front intégriste, ces derniers mois. Nous sommes, en revanche, toujours autant abreuvés de récits autonombrilistes ou mettant en scène des tueurs psychopathes sanguinaires...

J’ai choisi l’islamisme radical parce le thème m’intéressait, point. Cependant, je voulais le traiter en remettant certaines choses en perspective, en parlant de tout ce que l’on ne voit pas, habituellement, dans les organes qui débitent de l’actualité justement, et qui construisent ce que vous appelez la tendance. Je souhaitais également écrire une intrigue qui donnerait la part belle aux services secrets, un sujet très rarement abordé par la fiction française [et plus rarement encore bien abordé, hors de tous les poncifs sur notre incapacité nationale à sortir de la barbouzerie la plus crasse]. Enfin, à l’époque où j’ai décidé de m’atteler à cette histoire, je trouvais que l’environnement politique, tant national qu’international, était, d’un point de vue plus global [par exemple : les élections présidentielles de 2002], très stimulant. Il y a tout cela dans le livre. L’islamisme radical n’en est qu’une des portes d’entrée.

- CC : Construire un roman comme « Citoyens clandestins » implique une [très] grande documentation et de nombreuses recherches. Tout est bien évidemment authentique ?

- DOA : Pour éviter de sombrer dans la facilité et le cliché, de me casser la gueule, il a évidemment fallu beaucoup me documenter. Le premier problème a d’ailleurs été de trier le bon grain de l’ivraie, par exemple en matière d’Islam, l’un des sujets que je connaissais le moins bien [et pourtant, je lis continuellement la presse, en long, en large et en travers]. A cette première phase de documentation plutôt livresque et théorique, a succédé une phase plus pratique, plus au contact, on va dire, qui a consisté à rencontrer des pratiquants de tous bords, dont je tairai ici les noms et les activités pour des raisons évidentes. Cela m’a permis, je crois, de donner un vernis de crédibilité supplémentaire à mon récit.

Dès le départ, j’avais l’ambition de m’ancrer dans la réalité. Les cadres temporel, géographique, politique sont tous vrais. Pris individuellement, tous les détails qui composent l’intrigue le sont aussi. Par exemple, le toxique de combat Vx existe bel et bien, l’usine de production de la Muthanna, en Irak, a bien été développée en partenariat avec la France. Elle était l’un des rouages d’un programme de fabrication de pesticides, baptisé sobrement Projet 922, faux-nez des ambitions irakiennes en matière d’armement chimique, etc.

Par ailleurs, mon récit comporte des anecdotes qui sont issues des coulisses de l’histoire [la petite comme la grande] de l’époque - pour simplifier 11/09/01 à 21/04/02 - qui passeront totalement inaperçues pour les profanes mais réjouiront les initiés. On est dans l’univers du secret, du caché, après tout. C’est la combinaison de tous ces éléments qui relève de mon fantasme. Il y a la réalité, une ligne de pointillés qui structure le récit, et les interstices de cette réalité, que j’ai comblés d’une fiction plausible. Evidemment, mes personnages sont tous virtuels, même si les structures administratives, politiques, religieuses et mentales avec lesquelles ils doivent se débrouiller sont réelles.

- CC : Votre technique littéraire est très frappante : des chapitres courts, des personnages nombreux et obscurs, des descriptions qui ne s’appesantissent pas sur les détails mais qui restituent plutôt la vision des protagonistes, un traitement neutre des différentes idéologies mises en oeuvre... On sent qu’on est dans le documentaire coup-de-poing. Des commentaires ?

- DOA : Je ne cache pas, depuis longtemps, ma profonde admiration pour le travail de James ELLROY, un travail tout en sobriété et en violence stylistiques. Cette vénération s’est encore renforcée depuis qu’il a décidé, avec sa trilogie en cours, de revisiter l’histoire de son pays, de la fin des années ’50 au début des années ’80. J’ai tenté de m’inscrire dans cette logique d’écriture.

Pour cette raison, et pour celles exposées précédemment, je peux confirmer que oui, il y a une ambition d’épure documentaire dans ce roman. Avec une tentative de neutralité. Mais cette dernière est assez illusoire : même sans formuler d’opinion explicite, les angles et les aspects traités relèvent de ma seule subjectivité.

Par ailleurs, j’aime le récit choral, d’où cette construction par petites touches successives, sans lien apparent entre elles, qui s’inscrivent peu à peu dans un ensemble cohérent à mesure que les évènements s’enchaînent.

Enfin, j’avais une tendance naturelle au pathos, à la sur-psychologisation dans mes précédents livres, un défaut que j’ai cherché à gommer dans ce roman. La conséquence ? Une plus grande sobriété ou, comme vous l’écrivez si bien, le refus de s’appesantir sur les détails.

- CC : Pensez-vous revenir à la SF ou au fantastique et qu’en est-il des suites de « Les fous d’avril » ?

- DOA : J’ai toujours dit que « Les fous d’avril » était la première partie d’une trilogie et cela n’a pas changé. J’ai même commencé à travailler sur la suite avant de me replonger sérieusement dans « Citoyens clandestins ». Je sais où je souhaite aller, quelles orientations donner aux péripéties de Markus FREYS. Je les écrirai certainement un jour et ce sera sans doute une surprise pour tout le monde, moi compris. Mon style et mon approche du travail ont tellement changé depuis ce premier roman. Il y aura aussi un second opus aux aventures de Marc LAUNAY et Priscille MER, les protagonistes principaux de « La ligne de sang ».

Cependant, je me heurte à deux problèmes majeurs qui sont les suivants : mon calendrier et mes envies. Je manque de temps à l’heure actuelle, puisque je me suis mis en quasi-disponibilité de la littérature pour travailler à des projets audiovisuels. Par nécessité financière autant que par envie.

Par ailleurs, j’ai constamment de nouvelles idées de récits... Et la dernière à me venir est souvent celle qui me motive le plus. A moi d’apprendre à gérer mes priorités. J’ai le temps, je suis encore un jeune auteur.

- CC : Si on vous dit que DOA est désormais un auteur plus mature, ça vous énerve ?

- DOA : Non, je le prends plutôt bien, cela revient à dire que j’ai parcouru du chemin. Je crois que ce n’est d’ailleurs pas fini. Je n’ai jamais imaginé que mon travail était révolutionnaire et définitif, et donc exempt de toute possibilité de progrès ou de maturation, bien au contraire.

- CC : Des projets ?

- DOA : Plein. J’ai participé, avec une vingtaine d’auteurs plus ou moins connus, à un recueil de nouvelles noires sur le thème de Paris, qui sera publié directement aux Etats-Unis l’an prochain [je ne sais pas s’il sera édité ici] et je suis assez curieux d’aborder ce territoire mythique de la littérature policière.

Et puis, je participe également au développement de deux séries télévisées pour France Télévisions à l’heure actuelle, 8 fois 52’ et 12 fois 52’. D’un côté, avec un ami scénariste, Michaël Souhaité, je reprends à zéro un concept policier original assez novateur, imaginé par deux jeunes auteurs et, de l’autre, je participe, sous la direction de Dan Franck, à l’écriture d’une intrigue qui revisite l’histoire du réseau GLADIO, de triste mémoire en Italie.

Par ailleurs, toujours avec Michaël, j’essaie de développer un scénario de long-métrage à partir de la nouvelle écrite pour le recueil américain. L’impulsion vient de lui et, si nous parvenons à nos fins, je pense que nous écrirons un film assez sympathique.

Enfin, parce que j’ai du mal à renier mes origines littéraires et à me retenir, je me suis lancé dans l’écriture parallèle d’un petit roman, un truc sans documentation, avec une narration simplifiée, plutôt intimiste. On verra ce que ça donnera puisque je travaille au jugé, sans filet. Une première en ce qui me concerne.


PAT