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Publié le 01/05/2008

« Dans la dèche au Royaume Enchanté » de Cory DOCTOROW

[« Down and Out in the Magic Kingdom », 2003 - traduit de l’américain par Gilles Goullet]

ED. FOLIO SF INEDIT, 2 MAI 2008

Par Mr.C

Il y a cinq ans paraissait, pour la première fois de l’Histoire de l’édition mondiale of the world un livre qui simultanément se vendait en librairie et se téléchargeait sur le net intégralement et gratuitement.
"Ce type est complètement fou" hurlèrent certains [on a les noms]. En l’occurence, ce type, Cory DOCTOROW, avait raison, comme la suite le prouva. Son roman, « Down and Out in the Magic Kingdom » fut téléchargé un nombre de fois insensé [on atteint le chiffre éberluisant de 700 000 téléchargements en 3 ans !!] mais cela ne l’empêcha pas d’être un grand succès de librairie.
Première historique donc pour un roman qui par ailleurs révéla un auteur au regard acéré.


Julius a toute les apparences d’un jeune homme, malgré ses 150 ans bien frappés. Et il réalise son rêve d’enfance : vivre à Disney World, au cœur de la Floride. Car Julius fait partie d’une ad-hoc, ces équipes de volontaires qui se sont approprié le parc et ses attractions, qui les entretiennent et les améliorent avec une passion d’adolescents. Julius fait partie de l’ad-hoc qui s’occupe de la Haunted Mansion, la maison hantée, avec son train fantôme, le bal de spectre, etc.

Drôle de vie ? Oui, mais de toutes façons, à la fin du XXIème siècle, dans la Société Bitchun, il n’y a pas grand chose d’autres à faire de son existence que de se divertir ou de s’investir corps et âme dans un un domaine artistique ou culturel quelconque : la mort a été vaincue, puisque l’esprit, connecté au réseau, peut se sauvegarder à tout moment. Au pire, en cas de mort accidentelle, on subira une "restauration" dans un corps cloné tout neuf, avec tout au plus quelques heures de mémoire perdue.
La technologie a donc tué la mort. Elle a aussi tué le travail : tout existe à profusion, grâce à l’Energie Libre - ce qui a rendu également obsolète le concept de monnaie. Plus rien n’a de valeur marchande puisque tout est disponible pour tout le monde en quantité illimitée.
Résultat : une société d’artistes et de loisirs.

Dans la Société Bitchun, donc, on ne mesure plus la valeur des choses. En revanche, la valeur sociale des gens, elle, est primordiale : elle se calcule en whuffie, une mesure en temps réel de la réputation de chacun. Lorsque les gens vous apprécient ou admirent vos activités, ils vous attribue du whuffie. Si, au contraire, ils ne vous apprécient pas, votre whuffie descend. Et quand le whuffie est trop bas, on vit seul et on a une vie triste. Infinie, mais vide.

« Le whuffie recréait la véritable essence de l’argent : dans l’ancien temps, quelqu’un de fauché mais de respecté ne mourrait pas de faim ; à l’inverse, quelqu’un de riche mais de détesté n’arrivait jamais à s’acheter paix et sécurité. En mesurant ce que représentait réellement l’argent - le capital personnel auprès de ses amis et voisins - on jugeait le succès avec davantage de précision. »

Bref, tout devrait rouler au Royaume enchanté pour Julius et sa charmante copine Lil, l’amour et la passion pour le parc, utopie dans l’Utopie.

Et puis un jour, Julius est assassiné.
Evidemment, il s’en remet très bien, sa dernière sauvegarde étant aussitôt implantée dans un clone bien frais. Mais dorénavant Julius n’aura de cesse de trouver son meurtrier. D’autant qu’il a sa petite idée : cette Debra, leader de l’ad-hoc qui a entrepris de moderniser radicalement l’attraction voisine, le Hall of President, ne serait-elle pas prête à tout pour s’emparer de la Haunted Mansion, première étape avant une invasion programmée de la totalité de Disney World ?
Est-ce que finalement il y aurait encore place pour la haine dans la Société Bitchun ?

On le voit, les enjeux du roman sont extrêmement déconcertants. A l’image de ce monde dont les repères n’ont plus grand chose à voir avec les nôtres, l’intrigue de Cory DOCTOROW ne joue sur aucune des ficelles habituelles, ce qui provoque un sentiment d’étrangeté - au sens ou ce roman peut sembler étranger à son lecteur, comme venu d’ailleurs.
Ce qui nous semble grave et important - la vie, la mort, le confort, la réussite sociale - n’a pas de sens dans la Société Bitchun. Et c’est l’absence d’enjeu compréhensible pour notre cerveau du début du XXIème siècle qui rend difficile l’empathie avec Julius.

Et puis il y a la plume de DOCTOROW. Et là, il n’est pas question de littérature : journaliste, militant, DOCTOROW n’est clairement pas un amoureux des mots, mais un amoureux de prospectives. Comme nombre de ses nouvelles, dont beaucoup se trouvent facilement sur le net en VO ou en VF [il y en a une petite liste sur sa fiche auteur ici], Dans la dèche au Royaume Enchanté tient plus du reportage que du récit, et il faut bien avouer que les personnages restent assez plats. Ils ne sont pas des créatures de romans mais des cobayes humains dans un documentaire imaginaire. Cela peut agacer.

En revanche, le discours de DOCTOROW est bluffant d’intelligence : immergé dans la culture web, il en décrypte avec malice les travers, avérés ou à venir, et se montre un brillant analyste des technologies de l’information. Ce qui veulent s’en convaincre pourrons lire la courte et drôlatique nouvelle EnGooglés sur le web pour s’en apercevoir.


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Finalement c’est tout de même l’Homme qui reste au centre du débat, et en cela DOCTOROW n’est pas l’écrivain-geek déconnecté des battements de son cœur qu’on aurait pu imaginer.

Sa passion pour les développements du web et de la Société du loisir ne l’empêche pas de réfléchir au destin de la foule sentimentale, et il faut plonger dans son roman pour expérimenter un voyage en absurdie technologique qui n’est en réalité peut-être pas aussi éloigné de nous qu’il le semble. Mais on ne peut s’empêcher de penser que le bouquin est surévalué dans sa réputation, du fait de l’aura web-médiatique de son auteur - il est même assez possible que certains d’entre vous s’ennuient un peu à sa lecture.