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Publié le 18/05/2010

Dans les limbes de Jack O’Connell

ÉD. RIVAGES, OCT. 2009

Par PAT

Curieux roman publié chez Rivages/Thriller et passé inaperçu, Dans les limbes réconcilie polar, fantastique et onirisme avec un talent rare. L’occasion de découvrir Jack O’Connell, dont on ignore à peu près tout sous nos longitudes.


Bikers fous, clinique sinistre, bandes-dessinées, parades des monstres, comas profonds, alcoolisme, expérimentations scientifiques douteuses, fragmentation de la notion même de réalité, onirisme permanent, interrogation douloureuse sur les relations père-fils et sur l’acte d’écrire, Dans les limbes ne fait pas forcément dans le simple. Mais si Jack O’Connell place la barre très haut, force est de reconnaître que son roman tient toutes ses promesses. Une rapide lecture en fait un texte plaisant, vague polar déjanté peuplé de personnages baroques, de savants fous et d’éléments clairement fantastiques. Une approche plus réfléchie met en lumière une réflexion profonde sur la perte, sur le deuil et la mort.
Le tout avec un humour froid et une grande maîtrise des situations les plus délirantes, pour un roman aussi bizarre que crédible. Autant dire que Jack O’Connell réussit son pari et attirera au passage les amateurs de romans fantastiques pas très nets, dans la lignée d’un Fata Morgana, le tout sous le haut-patronage de Mary Shelley et de Tod Brownings.

Un tel héritage aurait de quoi paralyser n’importe qui. Pas Jack O’Connell qui avance ses pions et balade son lecteur avec un talent impressionnant. L’histoire en elle-même tient en quelques lignes, mais ses implications sont vertigineuses. Foudroyé par la vie, un pharmacien accepte un emploi dans la clinique expérimentale de Quinsigamond, où un médecin et sa fille s’acharnent à réveiller des patients en état végétatif. Le titre anglais est plus explicite : The Resurrectionists. Si Sweeney échoue ici, c’est parce que son propre fils Danny est dans le coma. Quant à sa femme, incapable de supporter la perte de son enfant, elle s’est suicidée. Bouffé par la rage, incapable de calmer ses soudains accès de violence, Sweeney espère que Danny sera bien dans son nouvel environnement, et que — pourquoi pas — le docteur Peck et sa fille réussiront à le tirer de là. Après tout, la clinique de Quinsigamond est réputée pour une ou deux guérisons miraculeuses, grâce à ses méthodes peu orthodoxes et douteuses. Jusque là, tout va bien. C’est ailleurs que le drame se noue. Dans une usine de prothèses désaffectée où une bande de bikers s’est réfugiée. Dans la tête de Nadia, la mystérieuse infirmière qui hante les couloirs de la clinique. Et surtout dans les rêves de Danny, transformé en personnage de bande-dessinée. Monde parallèle gothique où il incarne le garçon-poulet, chef spirituel d’une bande de monstres de foire (siamois, obèses et compagnie) qui guide sa petite troupe de cirque en cirque, pour tenter de survivre, aidé par un hercule courageux et loyal. De cette confrontation permanente entre rêve et réalité naît un malaise persistant. On ne sait plus très bien s’il s’agit du fantasme de Sweeney où d’une réelle manifestation surnaturelle — voire scientifique, mais tellement nouvelle que la magie n’est pas loin. Et si l’on suit le désarroi grandissant de Sweeney face à une situation absurde qui lui échappe de plus en plus, la vraie trame narrative, celle qui fait le roman, s’articule autour des aventures de Danny qui, grâce à des transes aussi soudaines qu’éprouvantes, communique avec les instances supérieures... Jusqu’au bout.

Dans les limbes surprend, bien sûr, mais finit surtout par convaincre. Jack O’Connell sait parfaitement où il va et ne laisse rien au hasard. Ici, rien n’est gratuit, tout a un sens. Et une fois le livre refermé, le lecteur se pose la meilleure des questions : où me suis-je fait avoir ? Dès lors, la deuxième lecture est vivement recommandée.


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Conte noir, farce absurde, roman fantastique qui ne dit pas son nom, récit touchant d’un homme qui perd pied, Dans les limbes est une sorte d’ovni insoupçonnable, beau et tragique. Une plongée angoissante et vertigineuse dans les méandres de l’esprit, servie par une écriture clinique aussi diabolique qu’efficace.

De quoi nous rappeler que les bouquins publiés dans les collections policières abritent parfois de véritables trésors.