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David CALVO est un auteur en fuite. Il fuit la littérature de peur qu’elle ne le rattrape. Il fuit les étiquettes, les photographes et la facilité. Parmi les auteurs de la dernière génération française de SF/Fantasy/Fantastique, il est le plus flou, mais pas le moins marquant.

"Acide organique" [recueil paru aux Moutons Electriques en 2005] a révélé une voix qui se maîtrise et concentre enfin un indéniable génie des mots avec davantage d’efficacité.

"Minuscules flocons de neige depuis dix minutes" est le premier roman réellement abouti et personnel d’un auteur qui - cela n’engage que nous - possède un univers et un langage complètement à part.

Courage : fuyons avec David CALVO.


TELECHARGEZ LE PREMIER CHAPITRE DE CE ROMAN, EN FORMAT PDF

PDF - 720.2 ko
Le premier chapitre de "Minuscules flocons..."

Le dossier David CALVO comporte :

ET PROCHAINEMENT :

  • UN ARTICLE PAS OBJECTIF DU TOUT de Daylon à propos de "Minuscules flocons.."
  • UN ARTICLE DE FABRICE COLIN

INTERVIEW

Le Cafard cosmique : Vous revenez du Festival des Etonnants Voyageurs de Saint Malo : vous êtes à l’aise dans ce genre de passage obligé pour un auteur ?

David CALVO : Oui, c’était très bien, j’ai joué au casino, je suis allé à la plage ramasser des algues, j’ai vendu quelques livres. J’aime bien les festivals, c’est agréable de rencontrer des gens et de voir du paysage. C’est mieux qu’aller signer à la FNAC.

CC : Par quel hasard de la vie êtes-vous né à LA ?

DC : Ce n’est pas un hasard. Je n’aurais pas pu naître ailleurs - peut-être à Marseille, mais Marseille, j’y ai vécu toute ma vie, c’est comme si j’y étais né.

CC : Avez vous lu beaucoup de SF quand vous aviez de l’acné ?

DC : Je ne crois pas avoir jamais eu d’acné. Pas visible en tout cas. Je crois que mes boutons poussaient vers l’intérieur.

CC : Lisez vous toujours beaucoup de SF aujourd’hui ?

DC : Je lis des trucs qui m’intéressent sur des sujets qui m’intéressent, parfois c’est de la SF, des fois c’est du théâtre grec.

CC : Quel est votre rapport avec la SF aujourd’hui ?

DC : J’essaye d’être de la SF, pas d’en faire.

CC : Que cherchez-vous à écrire ?

DC : Des pixels.

CC : A quand remonte votre amitié avec Fabrice COLIN ?

DC : C’est mon cousin germain. On se connaît depuis tout petit. On se battait déjà à la maternelle pour savoir qui prendrait le toboggan rouge en premier.

CC : Pourquoi écrivez vous peu ?

DC : J’ai fait 8 livres et 10 BD en moins de dix ans, sans compter les nouvelles, les articles et les scripts. Pas mal de mes publications se font hors du réseau de la distribution traditionnelle. Je ne veux pas jouer le jeu de mon temps, cette surcharge de production. Je prends mon temps pour faire ce que j’ai envie de faire.

CC : Expliquez nous ce que vous appelez "écrire dans l’urgence" ?

DC : Sortir les choses de soi au dernier moment, when the stars are right.

CC : Dans les itw, on vous sent souvent en retrait, presque nihiliste parfois, comme si vous aviez peur de trop en dire ou de donner le sentiment que vous vous prenez au sérieux... c’est ça être un auteur postmoderne ?

DC : Je ne me prends pas au sérieux, mais je prends très au sérieux ce que je fais. Si j’accepte des interviews, c’est parfois pour ouvrir ma gueule, ça flatte mon ego ou ça fout la merde, mais je fais surtout ça pour qu’on sache que mes bouquins sortent. C’est de la communication, et je connais un peu mieux mon travail qu’un service marketing.

CC : "Acide organique" a été très bien reçu et on a même alors dit "Ca y est, CALVO existe enfin". Vous voyez les choses comme ça ?

DC : Tout à fait.

CC : De façon générale, quel rapport avez-vous avec la critique ?

DC : Les gens qui s’essayent à l’objectivité sont parfois très drôles.

CC : "Minuscules flocons..." m’apparaît comme l’histoire d’une confusion des plans, un discours sur l’invasion du virtuel, du faux, du toc, dans la réalité... je me trompe ?

DC : Pour moi, cette confusion, c’est OK. Je ne vois pas ça comme une invasion, ça voudrait dire que notre réalité matérielle est la « bonne », ce que je ne peux pas affirmer - mais je ne peux pas le nier non plus. Je suis à la recherche de l’équilibre entre deux notions, j’ai autant besoin du faux que du vrai. Je ne vois pas mon bouquin comme un discours, plutôt comme un guide de survie.

CC : Lorsqu’on vous lis (dans les interviews, dans vos récits), on ressent une disparition des mots au profit de leur sémantique. Vous évoquez les contextes, mais plus les concepts eux-mêmes. Est-ce une peur de la simplicité ? Est-ce une ambition de style ?

DC : Non, c’est la façon dont je vois les choses. J’essaye de trouver une solution aux mots, de peindre l’effet qu’ils produisent, de recomposer le paysage dans lequel ils s’inscrivent.

Ca ne me parait pas être une grande révolution, Mallarmé a déjà tout fait sur le sujet, disons simplement que mon référent n’est pas Nature, mais la nature artificielle. Peut-être est-ce là ma seule légitimité.

CC : Quelle est l’état de votre réflexion sur votre utilité en tant qu’écrivain ?

DC : J’essaye de pas trop y penser, parce que tout le monde a une idée de ce qu’est la littérature, surtout en France. C’est comme le style, ce sont des choses qui me dépassent. En ce moment, j’aide les gens à accepter le virtuel. Je le fais avec des mots, des gestes, des séquences... Ca dépend du fond. Le fond dicte la forme.

CC : Quel rapport personnels entretenez vous avec ces objets qui incarnent la modernité et autour desquels vous semblez beaucoup réfléchir : les jeux vidéos, les séries TV,... et les jouets en peluche ?

DC : Je suis né avec les jeux vidéo, c’est ma culture - je suis en train de monter mon studio de développement, ça occupe une bonne partie de mon temps. Les peluches viennent juste après - travailler sur AK avec Krassinsky et Schwendimann, c’est peut-être, jusqu’ici, ma plus belle expérience artistique. Le reste, la TV, les monstres, bon, ça fait aussi partie de moi, je dirai que c’est souvent la texture de mes architectures, mais ce sera jamais aussi important que les pixels.

CC : Jusqu’ici, vous rencontrez un public plutôt enthousiaste, mais beaucoup vous reprochent d’utiliser la modernité de l’écriture comme un moyen de couper au plus court. Un certain nombre de lecteurs n’arrivent pas à détecter votre style. Est-ce un problème de dialogue avec le lecteur ? Est-ce un exigence personnelle qui vous pousse à chercher le dépassement ?

DC : Franchement, la souffrance de l’écriture, ce n’est pas pour moi. J’aime prendre plaisir à ce que je fais et l’écriture, ce n’est pas spécialement agréable quand c’est dans une optique de production. Alors bon, si je peux écrire un mot au lieu de six, je le fais. Après, si des gens qui savent des choses me reprochent de ne pas faire comme il faut, ils perdent leur temps.

CC : Avec le temps, on voit poindre une nouvelle rigueur, dans vos productions. On se souvient des tâtonnements (avec tout le respect que je vous dois) de "Wonderful" ou de "Acide Organique". Le métier qui rentre, ou une approche différente ?

DC : Un peu des deux. La volonté de faire des bouquins autosuffisants, et celle de ne pas laisser mon quotidien devenir un chaos d’incertitudes. Mais j’ai trop peur de mourir d’ennui, alors ça va changer.

CC : Comment travaillez vous ? Préparez vous vos textes, établissez vous un plan, ou au contraire, est-ce que vous vous laissez aller... ?

DC : Non, je me laisse aller, toujours, c’est pour ça que je ne compte pas sur l’écriture de romans pour survivre. Des fois, je fais des plans super structurés, je mets quatre ans à les écrire, pour finalement tout détruire. La procrastination est un vrai problème, c’est ce qui m’a coincé jusqu’à Acide Organique.

CC : Vous êtes très perméable au monde des images. Comment vous situez-vous, vis à vis des autres artistes [et pas seulement écrivains] ? Entretenez-vous une communication avec d’autres domaines, dans votre démarche ?

DC : Mon frère est réalisateur, j’ai un rapport spécial avec tous les gens de l’image, qu’ils soient dessinateurs, vidéastes, peintres ou plasticiens. Je ne sais pas s’ils sont différents des écrivains mais ils me semblent plus ouverts. Les écrivains que je connais sont avant tout mes amis, l’écriture passe après.

CC : Au tout début de "Minuscules Flocons...", le narrateur [autofictionnel] se rend à l’E3 et croise des hordes d’Ewoks, de stormtroopers, de Godzilla et de simili-militaires. Vous/le narrateur semble s’attrister qu’une poignée d’images phagocytent tout le reste [qu’une trilogie ronge le jeu vidéo où qu’un héros de JV finisse décliné en paquet de céréales] ?

DC : C’est pas aussi simple. Je crois que tous les mondes artificiels me fascinent, certains sont plus cohérents que d’autres. Je n’aime pas qu’on prenne les gens pour des cons, c’est tout. On se dit que parce qu’il s’agit d’imaginaire, on peut faire avaler n’importe quoi aux gens. Je pense le contraire : c’est précisément parce que c’est imaginaire que ça doit être crédible, même si c’est fou. Sinon, je suis un grand amateur de la littérature de paquet de céréales. J’aimerais beaucoup en écrire.

CC : Il y a-t-il quelque chose de personnel dans les pulsions et l’ambiguïté sexuelles qui agitent le narrateur de "Minuscules flocons..." ?

DC : Tout ce que je fais est d’une certaine façon autobiographique - pas tant les expériences que les notions. L’autofiction ne m’intéresse pas en tant que telle, mais la disparition de l’identité, la fragmentation des expériences et de la perception, il me semble que je ne peux en parler qu’en l’expérimentant, d’où la nécessité de préciser un point vue subjectif très fort.

CC : Les Moutons Electriques bêlent que de nouveaux textes signés CALVO sont à venir très prochainement. Disent-ils vrais ? Lesquels ? Que peux-t-on en dire ?

DC : Nous faisons "Nid de coucou", un recueil de nouvelles funky qui sortira en mars 2007, avec tout un tas de trucs super cool, et un peu plus tard, je sais pas quand exactement, je continuerai ma descente dans la virtualité avec "ALBEDO". La seule chose que je peux en dire, c’est que je vais approfondir la forme.

CC : Et la Jabule ? Qu’est-elle devenue ?

DC : Aux dernières nouvelles, elle avait retrouvé son fiancé.

CC : Au fait, vous en pensez quoi de "Sea of Honey, Sky of Honey" [1] ?

DC : J’adore, surtout le Prologue, et le « aerial" final... C’est un vrai bonheur, cet album.


Cette interview à été réalisé en juin 2006 - Merci à Daylon et à AFR


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de CALVO David [et d'autres critiques]

Mr.C


NOTES

[1] Double-album de Kate BUSH paru en novembre 2007. Allusion à la nouvelle éponyme du recueil "Acide organique" qui discours autour de l’oeuvre de la chanteuse britannique.