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Le CALVO nouveau est arrivé !
Une nouvelle fois publié chez les Moutons électriques, voici « Nid de coucou », dans lequel des bonhommes de neige, Casimir et la Jabule prennent une importance insoupçonnée... l’auteur le plus pixélisé du Gondwanaworld, après avoir atteint reconnaissance et maturité avec le roman « Minuscules Flocons de neige depuis dix minutes », remet le couvert avec un recueil qui ordonne sa pensée...


CC : Comment as-tu trouvé l’accueil réservé à ton précédent livre chez les Moutons Électriques, « Minuscules Flocons » ? Est-ce que tu n’as pas envie de flinguer les internautes qui n’ont pas voté pour toi pour le prix du Cafard ?

DC : J’ai gagné un prix une fois, c’était bien. Je pense que je gagnerai des prix quand je serai mort. Je fais des fautes d’orthographes, je vends peu, aucun jury ne voudrait que je représente son prix.
Concernant le prix du Cafard, moi même, j’aurai voté pour Ted CHIANG ;)
L’accueil de « Minuscules Flocons » était vraiment super, j’ai pu toucher des gens qu je ne touchais pas jusqu’ici. Ca me fait plaisir que les gens s’intéressent à la direction que j’ai pris avec mon travail. L’écriture doit rester un plaisir, et ça ne se fait, pour moi, que dans la surprise. Au risque de paraître inabouti. Des fois, je me fais tellement chier que je dois déconstruire mon outil pour comprendre ce que je fais. C’est rassurant de voir que même pendant ces périodes d’expérimentations, quelques personnes me suivent.

CC : Depuis que tu es à peu près reconnu comme auteur et personne vivante à part entière, on a pu te cibler dans la branche des écrivains qui font de la SF sans reprendre les codes du ghetto [du reste tu ne considères pas faire de la SF il me semble]. Tu n’as pas honte ?

DC : Je suis déjà ghettoisé dans la SF. Le ghetto du ghetto. Un OVNI dans la SF, c’est pas tous les jours qu’on voit ça, je dois dire que j’en suis assez content.

CC : Mais enfin, l’actualité, c’est ton prochain livre, « Nid de coucou », chez le même éditeur. Selon certaines sources, il s’agirait d’un recueil de nouvelles dont les histoires prennent place en Gondwanaworld. Peux-tu nous cartographier, topographier et géographiser ce continent étrange ?

DC : Je suis arrivé à un point où je me demande comment je vais réussir à préserver cette fraîcheur, qui est bien la seule chose qui me fait tripper. Pour ne pas risquer de devenir adulte ou con, j’ai mis en perspective ma progression au cours de ces dix dernières années, j’apprécie assez ce principe d’autobiographie fantasmée, même si je vais vite m’en affranchir, il fallait que je mette un point virgule à ma révolution. J’ai sélectionné six nouvelles que j’aime, j’ai essayé de comprendre en quoi elles étaient liées, ce qu’elles exprimaient sur moi, sur mon engagement pour l’imaginaire vital. J’ai mis en place une meta-narration, englobant ces textes, comme des fragments mythiques d’un passé / futur de l’homme. Je pensais que ce serait simple, mais en fait, non. J’ai fait émerger de ma tête un supercontinent, où j’ai pu placer à la fois les moments mythiques et les gestes qu’on pourrait effectuer pour lutter contre la colonisation de l’imaginaire par l’Occident. C’est aussi un bouquin sur la guerre des micro-continents motorisés du Triassique.

CC : Pourquoi Casimir et consorts ?

DC : J’ai l’impression que pour beaucoup de gens, le refuge dans l’imaginaire est symptomatique d’une démission de la réalité. TOLKIEN disait, il ne faut pas confondre l’évasion du prisonnier avec la fuite du déserteur. Sommes nous prisonniers ou déserteurs ?
Toutes les choses qui pour l’essentiel des gens couperaient les jeunes de la réalité, sont en fait, pour moi, des sources de profond émerveillement. Mais la façon dont cet émerveillement est récupéré est un gros souci. Notamment en France, où toute une frange de la culture est ivre d’elle-même. Casimir est devenu un symbole de cette confiserie / confusion. Casimir est Giscardien. Du centre. L’île aux enfants est la Terre du Milieu. Casimir est un tyran hypercapitaliste qui a mis le monde à genoux, il y a 150 millions d’années. C’est un moyen de dire : vous ne savez pas de quoi vous parlez. Casimir n’était PAS un monstre gentil, toutes ces conneries sur la régression, c’est un moyen pour écraser une génération. Nous savons ce qui s’est réellement passé. La vérité, nous, on la connaît. Et n’est-ce pas la fonction de la littérature que de dire la vérité du réel ?

CC : Pourquoi aller pêcher dans l’absurde tes sources de l’imaginaire ? Pourquoi orienter là-dessus ton idée de la mystique contemporaine ?

DC : Toute idée, tout message, est menacé de devenir un discours, plus ou moins dissimulé. Je ne crois ni aux messages, ni aux discours, je ne crois qu’aux gestes. Plus ces gestes sont fous, plus ils touchent la grace, plus c’est absurde. Comment prétendre chercher la grace aujourd’hui sans être un horrible connard prétentieux ? Le cynisme nous guette tous, j’ai choisi la joie.

CC : Après la solitude post-moderne et les pixels, l’île aux enfants. Comment relies-tu tout ça ? Avec un crayon ?

DC : La façon dont le pixel, ou toute construction psychique, pourrait impacter concrètement la réalité est une obsession chez moi, c’est ma baleine, c’est impossible, c’est con, ça me fait vibrer. C’est pour ça que j’infiltre dans mon travail fictionnel des bouts de ma vie, je lui donne une texture avec quelque chose de, disons, plus concret, qui l’ancre. Je dessine beaucoup, mais c’est pour moi juste un moyen de trouver quelque chose de plus vivant, de plus « animé », dans une matière imaginaire. Je fais un va et vient entre le mot et l’image, que j’associe quand je fais de la BD ou du jeu vidéo - plus qu’une association, il s’agit d’une gestation commune, l’un ne précède pas l’autre, ils jaillissent ensemble. Le mouvement est très important, mais l’exprimer par écrit est plus difficile, si on ne veut pas tomber dans les travers de la littérature. Le dessin est plus simple pour ça. Je fais la même chose avec des pixels. C’est très excitant.

CC : Sous couvert de raconter des conneries absurdes, tu as des choses à écrire sur l’état du monde, et notamment sur la force avec laquelle le virtuel et l’invisible influent sur lui. Ton idée sur la question a-t-elle évolué, change-t-elle encore, vers quoi se dirige-t-elle ?

DC : J’ai su, en écrivant ce livre, que je n’étais pas athée. Dieu ne m’intéresse pas, c’est une réduction, qu’on peut désirer pour sa pureté, mais je préfère ne pas nommer l’invisible. Pour moi, chaque geste est précédé d’un geste qu’on ne voit pas, c’est juste cette image qui me paraît avoir un sens, la grâce, ou tout autre mot. Ca me plait, d’essayer de restituer aux gestes d’aujourd’hui des significations mythiques, inventées ou pas. Chaque geste quotidien devient une odyssée. La façon d’organiser ces mythes spontanés, dont chaque livre est la mythologie, c’est ce qui fait l’excitation d’un projet, d’un livre, et je prends mon temps pour y arriver.

CC : On te dit bordélique et mal organisé. Tes méthodes de travail sont-elles bien orthodoxes ?

DC : Je crois que tous les gens qui créent des choses ont une manière à eux de s’organiser qui ressemble, de l’extérieur, à un bordel sans nom. Il faut forcément trouver un plaisir pervers à s’asseoir devant un écran pour écrire. Moi, j’y arrive pas, j’écris trois heures par jour, c’est déjà trop. J’ai d’autres activités, qui font que je regarde l’écriture « de travers », depuis le côté, en biais, jamais frontalement. C’est ce qui me permet de ne pas m’en lasser et de préserver son énergie, car ça m’échappera toujours. J’ai toujours une pensée qui s’échappe vers mes livres en cours. Le fait d’écrire, de poser quelque chose sur la feuille, c’est un simple update de l’état d’un projet, qu’on peut sculpter par la suite. C’est un travail fragmentaire, et fragmenté. L’assemblage se fait rapidement, juste avant la publication. Je pense que le bordel permet un mouvement perpétuel de l’écriture, une vie, une spontanéité, peut-être maladroite, mais qui me parait bien plus importante que tout le reste. Je revendique totalement cette part d’amateurisme, confuse. Je ne serai jamais un professionnel de la profession.

CC : Quid de tes autres activités en dehors de l’écriture de bouquins ?

DC : Je suis game designer, j’écris des pixels. C’est très cool, quand on trouve des gens intelligents, réceptifs aux innovations. Je ne veux pas être obligé de produire. J’en suis de toute façon incapable.

CC : Des projets ?

DC : Rire. Créer. Jouer. Dessiner. Voyager. Écrire. En finir avec cette angoisse d’exister sur le marché, de se représenter, de servir à quelque chose. Car prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux [qui a dit ça, je ne sais plus].


A VOIR : La critique de « Nid de Coucou » de David CALVO


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de CALVO David [et d'autres critiques]

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