EN BREF

 
SYNDICATION


Suivez le Cafard cosmique sur Twitter

Devenez Fan du Cafard cosmique et suivez toute l’actualité du site sur Facebook

Flux RSS 2.0 : pour afficher toutes les nouveautés du site par syndication.

netvibes : cliquer ici pour ajouter le flux RSS à votre page netvibes.


 
 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AUX LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

 

D'AUTRES AUTEURS

A VOIR AUSSI


LA FICTION COMME VERITE DU MONDE

Une dizaine de romans, parmi lesquels, « Mao II », « Americana » et surtout « Outremonde », l’établissent parmi les plus grands auteurs américains de la seconde moitié du XXème siècle. ELLIS et ELLROY ne jurent que par lui.

Critiques et journalistes évoquent pèle mêle GADDIS, JOYCE, DOS PASSOS, FAULKNER, Truman CAPOTE, CAMUS ... à propos de ses ouvrages.

Essayons d’ordonner tout cela !


L’inconnu du Bronx

Il est réputé éviter les apparitions publiques comme Thomas PYNCHON, mais ses plus récentes photographies laissent entrevoir un visage taillé au couteau, une tête d’indien comme Miles ou de rital-à qui-on-ne-la-fait-pas, tel Nick le petit truand converti au recyclage de déchets [deux personnages d’ « Outremonde »], et l’expression décidée d’un exorciseur affrontant la noirceur du monde.

Don DeLILLO est né à New York en 1936. Fils d’immigrants italiens, il a passé son enfance dans le Bronx. Après des études catholiques il a démarré sa carrière professionnelle dans une agence publicitaire avant de se consacrer à la littérature.

Son adolescence se déroule dans l’univers violent de l’Amérique des années 50 et 60, de la Mafia, des flics flinguant ou bastonnant les noirs [« ils nous ont fait courir jusqu’à ce que nous devenions si bon à la course, que nous n’avions plus besoins d’eux comme source d’inspiration »], de l’assassinat de Kennedy, auquel il consacra un livre.

Le Bronx, une éducation catholique... on trouve chez certains des personnages de cet écrivain, à la fois dureté et recherche de rédemption.

Thématique de l’œuvre

Comme nombre de ses contemporains DeLILLO assume une parano à l’égard du pouvoir renforcée par son statut d’écrivain qui le place dans une position d’observateur critique et d’analyste privilégié de son époque.

On pourrait donc le définir comme un chroniqueur social mais c’est le substrat, « l’outremonde » des choses qu’il traque [« l’existence tend à se nourrir des profondeurs, du niveau de la peur, du plan de l’obsession, de l’absolue source de conscience aigue »].

Il s’intéresse comme BALLARD au pouvoir des images, à la société de consommation. Pour ces deux romanciers, la mort de Kennedy, phénomène historique et médiatique, impose une nouvelle vision du monde : la réalité est truquée, la vérité est dans la fiction et non dans le réel.

DeLILLO est auteur de romans, de nouvelles, de pièces de théâtres. Cependant ce sont les romans qui ont bâti sa réputation. Ainsi « Outremonde », est une chronique de la peur de l’apocalypse atomique au cours de la guerre froide. « Cosmopolis » lorgne plutôt du côté des start up et des golden boys. « L’étoile de Ratner » est un faux roman de science fiction, qu’on peut rapprocher de « la voix du maître » de Stanislaw LEM. Dans « Libra » l’auteur s’attaque à la disparition de J.F.K, dans « Mao II » aux sectes, aux foules et aux terroristes, « Bruit de fond » est un roman catastrophe...

La peinture, le cinéma, les foules, la violence, le jeu, le langage, les nombres sont quelques uns des thèmes qui reviennent systématiquement dans ses romans.

L’écriture

Constructions narratives complexes, voire expérimentales, les livres de DeLILLO se suivent mais ne se ressemblent pas.

Il y a avant tout chez l’auteur le souci permanent et maniaque d’appréhender l’intégralité d’une situation afin d’en saisir la vérité. D’où sa fascination pour le rapport Warren sur la mort de JFK qu’il a épluché de bout en bout pour écrire « Libra ». Il atteint cette vérité en oscillant entre observation méticuleuse et digression philosophique ou scientifique.

Sa méditation l’emporte parfois en des spirales toujours plus larges qui reviennent brutalement au cœur du sujet, comme l’évocation de la vie puis de la mort du père de Nick matérialisée à la fin par le logo en forme de cible des paquets de Lucky Strike ["Outremonde"].

On a parlé à propos de son style d’un art pictural pour sa façon d’éclaircir progressivement une scène mais son ancien métier de publicitaire n’y est pas étranger non plus dans la traque du détail significatif et son talent hors du commun pour ressusciter un monde disparu à partir d’un simple objet ou d’un geste.

Sa langue est multiple, tour à tour heurtée, rapide, poétique. Dans « Body Art », par exemple, l’écriture introduit un décalage entre les êtres et le monde extérieur. Surgit alors l’exploration intérieure et d’un Temps autre, avec des formulations poétiques proche d’un Ponge : « Il y avait sur la lande une austérité de jugement... ». Morale des choses ? Recherche de la vérité, toujours.


BIBLIOGRAPHIE COMMENTEE


- « Americana » [1971] - ED. ACTE SUD, 1992

David Bell travaille dans une société de production audiovisuelle. Parfait arriviste dans un milieu arriviste, il décroche et part dans l’ouest américain.

Un grand bouquin évoquant « Sur la route » de KEROUAC, retraçant l’Amérique des années 70. L’occasion de rappeler que la Beat génération a fréquenté le Bronx, lieu natal de DeLILLO.

- « L’étoile de Ratner » [1976] - ED. POCHE, 1996

Billy Twillig (William Terwilliger Jr), jeune mathématicien prodige de 14 ans est convié en plein désert dans un centre de recherche secret. A l’intérieur, des scientifiques essayent de décoder un message en provenance de l’étoile de Ratner. Centre de recherche ou asile de fous ? Le plus célèbre d’eux, Endor, moderne Diogène, après avoir échoué dans le décryptage s’est réfugié dans un trou.

Quant aux autres, qui pratiquent aussi bien le chamanisme que les mathématiques, ils semblent bien près de suivre le même chemin. Mais qui s’intéresse à l’énigme ?

Le copyright de cet ouvrage date de 1976 et la traduction française de ...1996. Ce livre ferait il peur ? Il est vrai que passé les 200 premières pages, le lecteur doit s’accrocher.

A partir d’un thème SF plus que classique ou se sont illustrés LEM, SILVERBERG [« La tour de verre »] ou SAGAN [« Contact »], DeLILLO se livre à une déconstruction en règle de l’intrigue puis des dialogues, au profit de réflexions sur les mathématiques et le langage.

On est proche de « la voix du maître » de Lem... mais sur un registre humoristique et délirant ! Un faux roman de SF

- « Joueurs » [1977] - ED. POCHE, 1993

Un trader New Yorkais au Stock Exchange qui multiplie les rencontres sexuelles et se sépare de sa femme, incorpore un groupe de terroristes.

Les tours du World trade center sur fond de terrorisme, il n’en faut pas plus pour enfiévrer les 4é de couverture sur fond de prophétisme. En vérité le terrorisme est un schéma ancien dit Delillo. La séquence du film montrant des golfeurs assassinés, au début du roman semble d’ailleurs inspirée des attentats de Munich de 1972.

Plus convainquant est le rapprochement avec « l’étranger » de Camus [remarque également valable pour « Cosmopolis »] à propos de ce couple « libéré » qui traverse les lieux et les événements comme des fantômes. Histoire qu’on peut interpréter aussi comme l’impuissance du romancier à tirer la signification de situations et d’actes décrits par lui. Un anti « Outremonde » ?

- « Mao II » [1990] - ED. ACTE SUD, 1992

Bill Gray écrivain célèbre en panne d’inspiration vit reclus .Il décide de sortir de son anonymat pour aider un de ses confrères pris en otage à Beyrouth. A travers l’odyssée Chypriote de son héros et celle de quelques autres personnages dont une ancienne membre de la secte Moon, DeLILLO fait revivre, en s’inspirant de ses propres séjours multiples à Athènes, une époque, celle des années 70-80 sur fond de terrorisme, de foule, de violence.

Plus que la description de scènes de foules [mariage géant de milliers de couples par Moon, stade du Heysel, enterrement de Khomeiny...], de villes dévastées par la violences (Beyrouth), plus que la mort annoncée de l’individu par les masses, c’est surtout la disparition de l’écrivain en tant que témoin et pourvoyeur de signification qu’annonce Don DeLILLO.

Pourquoi supprime-t-on des intellectuels, pourquoi prend-t-on en otage des journalistes ? Pas seulement à cause de leur surexposition au danger ou de l’impact médiatique de leur emprisonnement. Mais parce que les terroristes et les dictateurs (Mao et son petit livre rouge) veulent d’abord se substituer à ceux qui ont pour mission de décrypter la société.

Un sacré bouquin, à la fois différent de « Players » dans la forme et proche par le propos, dont le style annonce « Outremonde » et qui reste très accessible.

- « Outremonde » [1997] - ED. ACTE SUD/BABEL, 1997 - POCHE, FEV.2003

Un match de baseball le 3 octobre 1951, entre les Dodges et les Giants à New York. Nous entrons dans le stade par l’entremise d’un jeune resquilleur. Ces yeux sont les notres. Procédé cinématographique.

La foule éructe, crie, s’alimente, des papiers voltigent, emballages, feuilles de journaux : une animalité fascinante. On voit peu de choses du match. Les Dodges mènent au score quand soudain c’est le home run. Un Giant renvoie une balle dans les tribunes, renverse le score et le match se termine.

Enorme clameur dans la foule, événement incroyable. Au fond, dans une espèce de tribune VIP, Edgar Hoover qui vient d’apprendre que les soviétiques ont procédé à un essai nucléaire ramasse une double page. A l’intérieur la reproduction d’un tableau de Bruegel « Le triomphe de la mort ». Sous ses yeux la foule enthousiaste se transforme en armée de squelettes et alors que le prologue de ce roman s’achève, nous songeons avec lui à l’imprévisibilité des choses matérialisée par cette balle capricieuse. Telle est la leçon de cette scène : la communion et la peur.

Je viens de vous raconter le prologue d’un livre génial qui est une chronique de l’Amérique pendant l’époque de la guerre froide à travers l’existence de quelques personnages.

Sous la lumière froide d’un monde menacé d’apocalypse atomique tous cherchent une signification à leur vie : Nick et Brian trouvent leur voie dans le recyclage des déchets atomiques, Klara Sax, l’artiste, exorcise sa peur en repeignant des bombardiers désarmés, Marvin recherche la fameuse balle du match mythique...

Le roman est bâti comme une suite de séquences non chronologiques séparées de pages noires évoquant des fondus enchaînés, et qui clôturent une époque. On sent le souffle du Temps sur ce livre ou des êtres humains s’échappent d’un monde menacé de fission pour entrer dans une autre lumière, celle d’un univers en fusion symbolisé par le capital uniformisateur de culture, par le Web, mais ou l’espoir porte le nom de « PAIX »

- « Body art » [2001] - ED. POCHE, 2001

Laurence Hartkle, une artiste évoluant dans la mouvance du « Body Art » perd son mari cinéaste. Son deuil est troublé par l’apparition d’un personnage fantomatique issu de son passé. Existe-t-il ou est il un produit de son imagination ?

Un court opuscule d’une centaine de page, une œuvre mainstream avec des prolongements fantastiques. L’histoire d’une femme qui effectue un travail de deuil par la réappropriation du corps et du langage Le tout écrit dans une langue poétique admirable.

- « Cosmopolis » [2003] - ED. ACTE SUD/BABEL, 2003

Le dernier livre de Don DeLILLO [à la date de rédaction de cette fiche] met en scène la descente aux enfers d’un golden boy au cours d’une journée d’avril 2000. Jeune PDG assistant à la ruine de sa start up à la suite d’achats spéculatifs et massifs d’une monnaie dont le cours dévisse, et ce depuis sa limousine bloquée dans un embouteillage, il effectue plusieurs rencontres et vit une série d’expériences limites.

Beaucoup d’incompréhension autour de ce livre, dans lequel on peut d’abord voir un dérapage de golden boy genre « Bûcher des vanités » ou « Américan Psycho » en moins flamboyant.

La vérité est que ce roman est l’histoire d’une chute, d’un individu « recraché au monde », expulsé de sa cyber entreprise, de sa cyber existence matricielle, et qui débarque dans la réalité originelle comme en terre étrangère avec ce que cela sous-entend de catastrophique.

Ou encore à lire comme l’irruption du passé chez un homme dont le métier est de sonder le futur. Langue superbe, fin fantastique, voici un faux roman mainstream. A lire évidemment


AUTRES OUVRAGES [et dates de parution en France] :

  • "Bruit de fond", ED. BABEL, 1999
  • "Libra", ED. STOCK, 1989
  • "Les Noms", ED. ACTES SUD, 1990
  • "Chiens galeux", ACTES SUD, 1991

LES OEUVRES DE DON DeLILLO SUR AMAZON.fr



Lire la critique

COMMANDER

« Les noms » de Don DELILLO

[« The names », 1982]

DELILLO est un écrivain mondialement connu et reconnu grâce à des romans tels que Mao II, Cosmopolis et surtout l’immense Outremonde ; il fut récompensé à plusieurs reprises par de prestigieux prix littéraires dont le Jérusalem Prize en 1999 pour l’ensemble de son œuvre.
Voici la réédition en poche d’un autre grand roman écrit au début des années 80.

 

Soleil vert