EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 21/10/2008

« Décomposition » de J. Eric MILLER

[« Decomposition », 2006]

ED. DU MASQUE, 2008

Par paul muad’dib

C’est un conte de fées qui commence mal, très mal. L’histoire d’une fille un peu paumée qui voulait croire au prince charmant. Erreur. La voilà avec un cadavre dans le coffre de sa Mustang, le cadavre de Jack, le prince changé en crapaud, en salaud. La route va être longue jusqu’à Seattle où peut-être l’attend son autre prince, le brave George, qu’elle n’aurait jamais dû plaquer. Et comme dans tous les contes, il y aura des rencontres : un flic soupçonneux, d’autres paumés, et même une poule, une vraie, qui refuse de se transformer en bonne fée et préfère picorer les yeux de Jack. En route, notre héroïne croise aussi son passé, ses démons - un père, une mère, un enfant mort, elle-même -, et plus elle roule, moins elle est sûre de pouvoir remettre le compteur à zéro.


Quand on découvre le titre Décomposition dans les rayons d’une librairie, on pense tout de suite à un polar ou encore à un film de zombie comme c’est un peu la mode en ce moment sur les écrans.

En fait, non, ce n’est pas vraiment un polar et pas du tout un film avec des cadavres qui marchent, pourtant il y a bien un tas de chair en décomposition dans ce roman du même nom. Ce tas de chair morte, c’est Jack, l’ex-petit ami de l’héroïne de ce roman, qu’elle a tué à la Nouvelle-Orléans. Comment s’appelle t elle au fait ?... Et bien on ne le saura jamais.

Ce que l’on sait c’est que c’est elle, la narratrice de ce roman, qui quitte la Nouvelle-Orléans, avec Jack qui entame sa décrépitude dans le coffre de la Mustang qu’elle utilise pour son périple, à direction de Seattle avec comme seule compagnie un peu de paranoia et un soupçon de culpabilité.

On est d’ailleurs dans l’ambiance dès la première phrase : [George était un type bien et je ne m’ai pas tué ; mais je lui ai brisé le cœur. Il m’a offert cette Mustang et quand j’arriverai [...], il se penchera par la vitre baissée et il m’embrassera. Mais avant d’arriver là-bas, il faut que je me débarrasse de Jack. Lui, ce n’était pas le type bien, et je l’ai tué.]

On est donc en présence d’un road-movie, très très sombre, surprenant, où l’on est amené à suivre les pensées de l’actrice principale de cette aventure tout au long du périple qu’elle entreprend pour aller retrouver Georges, son amant au cœur brisé, qui ne l’attend pas du tout, puisqu’il se trouve qu’elle ne sait pas où il réside.

Bien sur, comme tout road-movie qui se respecte, elle va croiser un certain nombre de personne plus ou moins étranges et va être en proie à ses besoins tout au long de son chemin de croix : elle voudra se débarrasser de Jack, elle croisera le chemin de Petite Poule rescapée d’une rencontre avec un camion, elle fera un détour pour voir ses parents, et j’en passe.

Bien sur, rassurez vous, tous les ingrédients du parfait road-movie sont là, les motels sordides et crasseux sortis tout droit de "psychose" ou de "Hitcher" où à chaque instant l’improbable peut se produire, son périple l’amènera aussi à laisser sur le bas coté de la route comme une sorte de fresque extravagante colorant le roman des Razzias sur les sex-toys, Jésus est mort pour vos péchés symbolisme de cette amérique et de ses clichés. L’enchainement de panneau plus ou moins publicitaires et racoleurs décrits au-dessus, filant à vitesse grand V comme la lecture que l’on aura de décomposition : à 100 à l’heure. Mais soyons clair, même si cela va vite, cela est une vision plutôt réelle de l’Amérique d’aujourd’hui que nous livre cet auteur, comme une sorte de suite de clichés photographiques.

Miller nous offre là un roman sombre, qui prend bien tout le sens du mot noir, décalé et dérangeant. Le roman parle de l’amour, du sexe et de la vie. Sordide ? Oui, complètement, quand cette femme qui a tué son petit ami et qui le transporte à l’arrière de sa voiture, ne peut s’empêcher de le regarder, de le toucher alors que celui ci se décompose lentement. Elle ne se rend pas compte qu’au fur et à mesure que Jack se décompose c’est son esprit à elle qui part en lambeau.

Le livre est absorbant, il se lit vite très vite, son histoire s’observe comme si l’on était un voyeur invisible posé à l’arrière de la voiture, ou peut être l’âme de Jack, toujours liée à son corps, errant près de l’être qui la conduit à la mort. On découvre peu à peu l’histoire de cette fille pas vraiment comme les autres, un peu folle mais naïve la fois, ce qui occasionne des situations noirâtres et un peu drôles. [Jack trouvait que je ne comprenais rien à ce monde, mais je sais ce que sont l’église et la boutique porno qui font face : une sorte de métaphore]. Le suspens est là, il est maitrisé et, arrivé aux alentours de la fin du roman, c’est avec horreur que vous découvrirez comment elle a tué Jack, comme une sorte de conclusion en apothéose morbide digne d’un bon film de Hitchcock.


COMMANDER

Vous l’aurez compris ce roman ne laisse certainement pas indifférent mais il est toutefois à réserver à un public averti. Il appelle néanmoins à découvrir le reste de la production de MILLER qui pour l’instant est encore inédite en France. Bien écrit, de manière claire, vous passerez d’un sentiment à un autre à la lecture de Décomposition, un peu comme si vous ressentiez ce que ressent son actrice principale. Fans de Chuck PALAHNIUK, vous apprécierez cette peu conventionnelle écriture.