Publié le 10/10/2009

Déluge de Stephen Baxter

[Flood, 2008]

ED. PRESSES DE LA CITE, SEPT. 2009

Par Nébal

On a souvent dit de la science-fiction britannique qu’elle aimait jouer des thèmes catastrophistes (voyez par exemple ici). Stephen Baxter ne fait pas mentir le lieu commun, lui qui entame, avec son nouveau roman, un cycle dans lequel il submerge notre pauvre planète sous les flots furibonds du déluge…


2016. Lily, Helen, Gary et Piers, retenus en otages depuis plusieurs années par des fanatiques religieux dans une Espagne rongée par la Guerre Civile – ça crée des liens –, sont enfin libérés par le groupe AxysCorp que détient le milliardaire Nathan Lammockson. Mais le monde a bien changé en leur absence. Le dérèglement climatique suscite violentes tempêtes et pluies diluviennes qui submergent bientôt l’Angleterre, puisque le niveau des eaux est monté de plus d’un mètre… Bientôt, les otages deviennent les témoins impuissants d’une terrible inondation à Londres, mais le pire est encore à venir.

La quatrième de couverture, un brin racoleuse comme il se doit, insiste sur le thème, ô combien actuel, du réchauffement climatique, ce qui placerait Déluge dans la lignée de la désastreuse « trilogie climatique » de Kim Stanley Robinson, publiée chez le même éditeur. Heureusement pour le lecteur, ce n’est pas tout à fait vrai. Entendons-nous bien : le réchauffement climatique est ici une réalité, qui tient sa part dans les événements du roman. Pourtant, le déluge annoncé résulte d’autres causes, que l’on ne dévoilera pas ici, et se révèle pire que prévu, puisqu’il est destiné à submerger l’intégralité de la planète en quelques années à peine.

Nos quatre otages (en premier lieu Lily, la pilote et astronaute frustrée) seront ainsi les témoins privilégiés d’une catastrophe sans précédent, véritablement apocalyptique. Ici, Baxter se place assez clairement dans la lignée de J.G. Ballard (davantage celui du Vent de nulle part – les ressemblances ne manquent pas – que celui du Monde englouti). C’est ainsi que nous assistons avec eux à la montée exponentielle des flots au fil des pages, avec son cortège de morts et de réfugiés, présageant de l’extinction pure et simple de l’humanité à court terme.

Une éventualité pourtant difficile à admettre… La communauté scientifique, obnubilée par ses vieux modèles climatiques, reste longtemps aveugle et sourde devant le phénomène, en dépit des efforts de l’océanologue Thandie Jones. Mais certains se montrent plus visionnaires, ainsi le cynique milliardaire Lammockson, le protecteur des otages, qui se réfugie bien vite dans les hauteurs et entame avec d’autres un projet démiurgique de construction d’arches géantes. Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde, évidemment, et la pitié n’est pas au programme…

Déluge ne manque pas d’atouts pour faire un bon roman apocalyptique, et constitue un page turner plus que correct. Si le style de Stephen Baxter est, comme à son habitude, au mieux médiocre et purement fonctionnel, la narration n’en reste pas moins efficace, rythmée par des chapitres brefs et denses, véritable succession de saynètes plutôt bien vue. L’auteur sait par ailleurs nous concocter de superbes images de fin du monde – Londres inondée puis submergée, la Ville en marche, l’absurde Troisième Arche, jusqu’à la disparition de l’Everest… La cruauté et la froideur du ton participent de l’efficacité du roman. Mais, en même temps, les personnages sont assez réussis – pour une fois – complexes et humains, et résolument non manichéens, qu’il s’agisse des otages, de leur famille, ou de leurs connaissances.

Mais Déluge pèche par d’autres aspects. Comme souvent chez Baxter, le roman est sans doute un peu trop long, et aurait pu bénéficier de quelques coupes salutaires – même si ce défaut récurrent est moins flagrant ici que dans d’autres œuvres de l’auteur, car rien ou presque n’y est véritablement gratuit. En même temps, on pourra regretter que certains aspects de la catastrophe ne soient pas traités, ou trop rapidement évacués (notamment, et de manière un peu paradoxale, la dimension religieuse du phénomène), puisque tout est envisagé du seul point de vue des otages et de leurs proches. Mais il faut y ajouter une foultitude de rebondissements téléphonés et/ou grotesques – dès les premières pages, à vrai dire… –, qui relancent régulièrement l’intrigue, mais n’en restent pas moins à l’occasion un brin pénibles, et pas toujours très crédibles. Le roman se traîne ainsi avec plus ou moins de finesse et de bon goût jusqu’à une conclusion en forme de fin ouverte qui ne manque pas de grandeur, certes, mais qui ne surprendra personne. Et c’est peut-être là le problème, en définitive : si l’origine du phénomène apocalyptique est relativement originale, Déluge souffre pourtant régulièrement d’un fâcheux air de déjà-lu…


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Au final, on se retrouve donc devant un roman pas désagréable, mais en même temps assez moyen, ou plus exactement un peu frustrant, bien loin du meilleur Stephen Baxter, celui des Vaisseaux du temps, de Temps ou encore d’Évolution. On verra bien ce qu’il en sera de la suite, Ark