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Publié le 03/05/2009

Demain les post-humains : Le futur a-t-il encore besoin de nous ? de Jean-Michel Besnier

HACHETTE LITTERATURES / HAUTE TENSION, 2009

Par tuC

Qui serons-nous demain ?
Quel est l’homme que nous sommes en train de construire, à grand renfort de « NBIC » ? [1]
Qui laisserons-nous entrer dans le club très privé que nous appelons Humanité ?

Quand le philosophe des sciences Jean-Michel Besnier s’interroge sur le devenir [commun ?] de l’humain et de la machine, c’est d’abord du coté de nos propres représentations et fantasmes posthumanistes [2] qu’il se penche.
Qui est cet homme que nous prétendons faire advenir demain, à la fois surperformant et immortel ?


Demain les post-humains s’ouvre avec l’évocation de Demain les chiens de Clifford D. Simak. Un monde où l’homme n’existe plus qu’à l’état de mythe et où la race canine, désormais seul "être pensant", se remémore, le soir à la veillée, les légendes liées à cet être fabuleux, dont nul ne sait plus vraiment s’il a réellement existé un jour...
Un préambule qui fait mouche et amorce avec originalité la réflexion du philosophe Jean-Michel Besnier sur la posthumanité.

Aujourd’hui où les termes de « clone » et de « robot » relèvent du langage courant, à l’heure de la tentation transhumaniste, de "l’ingénierie humaine" et de l’intégration dans notre quotidien des technologies RFID et NFC, Jean-Michel Besnier nous invite à interroger les devenirs possibles de l’homme. Si toutefois devenir il y a ; car dès les premières lignes le ton est donné : « Parlerons-nous un jour de la terre comme si nous n’y étions plus ? ». Quelle que soit la réponse, la nature de ce « nous » reste à définir : quelles seront les conditions de notre permanence, quels sont les fondements de notre prétention à être...et à rester ?

Pour Jean-Michel Besnier la réponse est claire : tout dépendra de la faculté de l’homme à interagir avec son environnement, tout en préservant ce qui lui est essentiel en tant qu’homme, à savoir : « incarner des valeurs susceptibles de changer le monde ». Ainsi la question est lancée : « Comment pourrions-nous vivre au sein d’une humanité élargie, telle qu’elle inclurait les animaux et les robots » ?

Dans son questionnement, l’auteur n’hésite pas remettre en cause la tradition humaniste, impropre à faire advenir l’homme de demain. Exit Descartes et la philosophie platonicienne, qui figent l’homme en lui-même et dans sa représentation morale du monde. Ici la parole va à Freud, Nietzsche ou Foucault, dont la pensée s’accorde davantage à exprimer la nature « plastique » de l’homme. Une plasticité qui sera son alliée pour se redéfinir et lui permettre de générer des relations créatrices de valeur et de sens avec le « non-humain ». Car face aux avancées de la science « l’homme ne survivra qu’en se rendant méconnaissable à (lui)-même », à travers un posthumanisme « susceptible de nous livrer une nouvelle échelle de valeurs ».

"(...)Les utopies posthumaines accomplissent la fonction critique de toute utopie : percer à jour les folies du monde réel, derrière l’imaginaire ou les fantasmes qu’il produit, afin d’orienter le présent vers un avenir désirable."

L’ouvrage a ceci de captivant qu’il se présente comme une enquête sur la nature et l’essence même de l’homme contemporain. Ses aspirations et ses quêtes, ses représentations et ses carcans, sa soif de reconnaissance et d’infinie perfectibilité mais aussi sa mésestime de soi et son obscur fantasme de dissolution dans la machine sont passés au crible des utopies posthumaines.

Au final le portrait qui nous est brossé de nous-mêmes, germes de posthumains, est vaguement mélancolique. [3] Démoralisé, humilié par la machine jusqu’à la nausée, l’homme navigue à vue entre lassitude d’être soi et désir d’éternité. Jusqu’à rêver sa propre autosuppression.
Néanmoins la tonalité du livre ne vire jamais vraiment au pessimisme, tant l’auteur reste confiant en la capacité de l’homme à mobiliser ses ressources -Imaginaire, quête du bien-vivre individuel et collectif ... - pour reprendre son sort en main. Et de conclure en citant le biologiste et philosophe Francisco Varela : "Je crois fermement (...) que la pratique de l’éthique dans un cadre non moraliste est capitale pour notre monde déconcerté et déconcertant." [4].


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A l’aube de l’engouement médiatique pour tout ce qui touche à « l’homme augmenté », cette réflexion sur le devenir de la nature humaine n’a rien de superflu.

En se postant dans le rôle de l’observateur attentif et vigilant, sans préjuger de rien, non dépourvu d’ironie, Jean-Michel Besnier apporte un éclairage qui ne peut laisser indifférent.



NOTES

[1] Nanotechnologies, Biotechnologies, Infotechnologies et Sciences Cognitives

[2] Lien vers une définition du posthumanisme par Jean-Michel Besnier

[3] A propos de mélancolie, voir notre dossier, "La mélancolie du futur"

[4] Francisco Varela, Quel savoir pour l’éthique : Action, Sagesse et Cognition (1996)