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Publié le 01/10/2006

"Demain une oasis" d’AYERDHAL

1ERE ED. 1992 - REED. AU DIABLE VAUVERT, OCT. 2006

Par Mr.C

Une organisation humanitaire secrète tente de sauver l’Afrique dans un monde futur - mais proche du notre - où les pays industrialisés préfèrent dépenser des milliards dans l’aventure spatiale que dans le tiers monde. A l’égoïsme du Nord, le Sud répond par le terrorisme... L’un des premiers romans d’AYERDHAL réédité plus de dix ans après sa première parution, n’a pris aucune ride et pourrait même s’avérer visionnaire...


GRAND PRIX DE L’IMAGINAIRE 1993

Médecin de formation mais burocrate parce que c’est à cela que son indécision naturelle l’a mené, un homme qui a oublié d’avoir des convictions se fait kidnapper un beau matin à Genève par des hommes cagoulés.

Quelques coups, quelques privations, puis l’isolement et après trois jours de panique, le réveil en plein cauchemar : le voici dans un désert de pierre et de sable. Il se voit confier la responsabilité médicale d’une tribu affamée. Où est-il ? Quelque part entre la Mauritanie et l’Erythrée, certainement.

« - Si, avant de soulager les bien-nourris, bien-portants, bien-pensans, ta très déontologique médecine avait soigné les malades et les laissés-pour-compte de mon monde, tu serais encore devant tes ordinateus à farfouiller dans les dépressions pour tracer un graphe social.

- Laisse tomber, est intervenu Golden. Il n’y est pour rien.

- Ta gueule ! Personne n’y est nommément pour rien, il faut seulement que ça s’arrête ! (Elle s’est de nouveau adressée à moi :) Au lieu de ça, l’Interne, je t’ai amené dans la fange pour que tu m’aides à soulager le pire en essayant de sauver les meubles les moins piqués. Tu rentreras chez toi quand nous n’aurons plus de boulot, c’est promis." »

Victime d’une violence qu’il ne comprend pas, l’homme rumine son sentiment d’injustice. Quand il finira par comprendre, il sera trop tard : il aura fait sien le combat de ses agresseurs. Mais jamais il n’acceptera leur méthode - et là est tout le débat posé par le roman : jusqu’où devenir injuste pour combattre l’injustice. Est-ce mépriser la vie d’un homme que de la sacrifier pour en sauver des centaines d’autres ?

AYERDHAL pose la question du développement de la planète lorsque le confort d’un hémisphère se construit sur le dos de l’autre. Dans un style pugnace, volontier éliptique dans les dialogues, ce qui ne les rend que plus crédibles, c’est finalement plus au combat discutable d’Action Directe que ses terroristes seraient comparables qu’aux illuminés islamistes qui terrorisent ce début de XXIème siècle. Vaste débat que celui de la responsabilité de chacun d’entre nous dans la catastrophe humanitaire qui sévit depuis la décolonisation. Vaste interrogation que celle des moyens à réunir pour en finir avec les maux du tiers monde - la désertification, la corruption...

L’atmosphère "roman d’espionnage" est un peu légère, mais AYERDHAL est très convaincant lorsque ses terroristes-humanitaires détournent les procédures administratives, parasitent le jeu de la diplomatie mondiale ou reprennent à leurs comptes les méthodes de barbouzes. "Demain une oasis" a l’efficacité d’un coup de poing dans la gueule asséné par un bon copain : on y repense plusieurs fois, sans s’expliquer pourquoi on ne lui en veut pas.


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Engagé - on le connait pour cela - AYERDHAL décrypte les mécanismes de l’égoïsme mondial, en ouvre les plaies suppurantes et nous met le nez dedans. Il y a là beaucoup d’humanisme, une révolte froide et meurtrière, très peu de naïveté.

La solution de l’Oasis semble difficile à envisager réellement. Mais le propos n’est pas là. Il est simplement de souligner que l’inexcusable est le quotidien de la planète. Un pavé d’inconfort dans la petite vie tranquille du lecteur de SF lambda.

PS : Un conseil : lorsque vous aurez tourné la dernière page, relisez les trois premières. Vous verrez, ça en vaut la peine.