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Publié le 01/02/2009

Démences de Graham Masterton

[Walkers, 1989]

REED. BRAGELONNE / MILADY, JANV. 2009

Par Mr.C

Dès la 6ème ligne du roman, Jack écrase la pédale de frein et envoie sa voiture s’enfoncer dans un gros chêne. Il est très tard dans la nuit, il pleut à verse, nous sommes au fin fond d’un bois du Milwaukee. Et Jack a voulu éviter quelque chose d’imprécis et de blanc grisâtre qui a traversé devant ses phares.
Graham Masterton n’a pas son pareil pour s’emparer de toute l’attention de son lecteur et l’envoyer, avec Jack, dans cette forêt épaisse, à la recherche de ce qui a causé sa sortie de route.


Bien qu’il lui semble apercevoir, à deux reprises à nouveau, la fugitive chose d’un blanc grisâtre, Jack erre dans le bois et ne découvre finalement ni un animal blessé ni un enfant perdu, mais une demeure gothique cachée par les chênes blancs, château ou hôtel abandonné tout en flèches, balustrades, et visages sculptés.
Fasciné, Jack Reed laisse son esprit s’emballer : et s’il lâchait ses 5 ateliers de pose de pots d’échappements pour reprendre cet endroit, en faire une sorte de country club ? La piscine et les terrains de tennis sont là derrière, qui n’attendent que d’être remis en état. Le parc est immense, la bâtisse sera splendide une fois réaménagée. Mais quel est ce bruit, comme un frottement dans le sol, comme si on tirait un sac de ciment, ssshhhhhh, qui se rapproche, ssshhhhhhhh, et le pousse à quitter les lieux le coeur battant la chamade ? Quelle est cette sensation d’avoir été amené jusqu’ici ?

On a beau savoir que Masterton fait dans la série B horrifique, le scénario pour téléfilm gore de deuxième partie de soirée avec effets spéciaux un peu carton-pâte, l’homme sait y faire pour monter la mayonnaise.
Que va-t-il se passer lorsque Jack reviendra dans la bâtisse, décidé à la réaménager ? A-t-il raison d’y retourner avec Randy, son fils de 9 ans ?
Le reste est question de savoir faire : sans jamais se poser la question de la crédibilité, Masterton fonce, impose son récit et aligne les scènes d’action sans jamais laisser retomber le soufflé - vaut mieux pas, parce que, comme tout soufflé, y a que du vide à l’intérieur, mais c’est quand même super bon.

Donc Les Chênes sont un ancien asile de fous dangereux [mais attention, dangereux-dangereux, quoi, du genre à manger les yeux des petites filles] et tous ces malades ont trouvé moyen de s’enfuir une nuit de 1926 en entrant dans les murs. Coincés dans les limites du parc de la propriété par un prêtre coureur de fond qui les a encerclé à l’eau bénite, les fous-dingues nagent dans le béton et la terre des lieux en quête d’une issue. Et c’est Jack qui va la leur fournir.

Bien entendu, tout cela est idiot.
Ce n’est pas la sauce celtique à base de druides, de lignes-magnétiques-souterraines et de baguette-de-sourcier qui va arranger l’affaire ; convoquer un universitaire halluciné, Stonehenge et le passe-muraille n’y changeront rien : c’est idiot. Nos Walkers se baladent dans les murs, le bois, le sous-sol, ou le béton comme des requins dans un bassin. Et de quoi est-il question ? Eh bien de bâtir une convention avec le lecteur dans laquelle on va pouvoir délirer à fond niveau carnage : sitôt évadés - car ils s’évadent - nos fous-dingues sillonnent le Milwaukee, permettant à Masterton de s’amuser à démembrer tout ce qui passe : dans les parkings souterrains, sur les trottoirs, ou dans les caves, des mains sortent du sol et saisissent de pauv’gens pour les attirer à l’intérieur, mais pas d’un coup comme ça, non, avec force raclage de face contre le plafond, écorchage et dépeçage à la pierre de bitume, et ça gicle et ça pendouille, etc.


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Faut pas cracher là-dessus, entendons-nous bien. C’est divertissant. Et il faut une maîtrise certaine pour réussir pareilles scènes. Ma mère, c’est certain, trouverait cela choquant, dégoûtant, beurk. Peut-être même aurait-elle un vague sentiment d’encanaillement à lire pareilles horreurs.
On ne s’ennuie pas, d’ailleurs ça se lit en trois jours de transports en commun, et l’envie de connaître la suite est certainement la complice la plus fidèle de Masterton.
Mais si comme moi vous préférez la faille au gouffre, vous le refermerez en ayant déjà envie de se trouver à lire, la prochaine fois, quelque chose d’un peu plus consistant.