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Publié le 15/06/2009

Des Choses Fragiles, Nouvelles et Merveilles de Neil Gaiman

[Fragile Things, 2006]

ED. AU DIABLE VAUVERT, 2009

Par Mr.C

Des choses fragiles est un recueil de textes parus au sein de diverses publications anglophones et jusqu’ici inédits en France. Hétéroclites, ces trente-deux récits vont du poème court à la novella de 75 pages - et si la qualité est très inégale, il se dégage de l’ensemble un charme indéfinissable qui doit beaucoup à la sincérité de l’auteur quant à sa méthode et ses doutes d’écrivain.


Neil Gaiman s’explique sur la génése de chaque texte dans une introduction étoffée qui nous fait entrer dans l’intimité des affres de l’écriture. C’est sans doute cela qui fait finalement l’intérêt de ce recueil, une sorte de confession, humble, de la façon dont les Histoires naissent, évoluent, meurent parfois.

« Les Contes de fées, bien entendu, sont contagieux »

Les Contes, leur cruauté, leur brièveté, leurs passages obligés et leur force visionnaire, sont au cœur de l’œuvre de Gaiman. Tout ce qu’il écrit se situe par rapport aux Contes et aux personnages des Contes. D’ailleurs, bon nombre des textes ici réunis ont en commun d’être racontés par des personnages de fiction.
Le prologue de Gaiman, qui fournit les clés de son inspiration pour chacun des textes, nous dit beaucoup sur cette passion de l’art du conteur, sur cette volonté de mettre en abyme le récit, et le récit contenant le récit.

Parmi les textes les plus marquants :

  • « Une Etude en Vert » : Neil Gaiman a écrit cette nouvelle pour l’anthologie Shadows Over Baker Street qui imposait la contrainte suivante : réunir en un même récit Sherlock Holmes et l’univers de H.P. Lovecraft ; le rationalisme du héros de Sir A. Conan Doyle d’un côté et la mystique monstrueuse du Maître de Providence de l’autre. Gaiman s’en sort avec malice, imaginant une Angleterre victorienne uchronique tombée aux mains des Grands Anciens. C’est audacieux et le plus fort, c’est que ça fonctionne.
    Clin d’oeil au premier roman des aventures du célèbre détective, celui qui raconte notamment sa rencontre avec le docteur Watson, Une étude en rouge, cette Etude en Vert est un bel hommage à deux auteurs et aux univers qu’ils ont inventés. Il a reçu le prix Hugo de la meilleure nouvelle en 2004.
  • « Les épouses interdites... » est un étrange patchwork d’idée, dont Gaiman assume totalement l’aspect cadavre exquis, puisqu’il en parle lui-même comme d’un "ramassis de bêtises". Mais l’ensemble, claudiquant, finit par construire un de ces cauchemars gothiques plein d’humour et d’horreur que le scénariste de Sandman développe depuis longtemps, centré autour d’un écrivain torturé qui ne peut pas n’avoir rien d’autobiographique.
    Écrite lorsqu’il avait 22 ans, refusée par tous les éditeurs, remaniée ensuite et finalement Prix Locus 2005, cette nouvelle est typiquement le genre de texte qu’on lit davantage pour mieux connaître l’auteur que pour toute autre raison.
  • « La vérité sur le cas du départ de Mlle Finch », « Nourrir et Manger », « La Saint-Valentin d’Arlequin » ou « Comment parler aux filles pendant les fêtes » sont de la même veine : des fables grinçantes, dans lesquelles l’influence de Ray Bradbury se ressent à nouveau fortement, où la réalité se laisse envahir confusément par un fantastique violent mais comme issu d’un rêve éveillé.
  • « Le problème de Susan » est une relecture stupéfiante de la série du Monde de Narnia de Clive S. Lewis, série que Gaiman avoue avoir lu « plusieurs centaines de fois » lorsqu’il était enfant. On y explore le point de vue singulier de la jeune Susan, la seule des quatre gamins qui ne meure pas dans La Dernière Bataille, qui clôt le cycle, la seule à ne pas s’inscrire complètement dans le symbolisme chrétien qui sous-tend l’œuvre. Ses cauchemars sont d’une grande violence et on comprend que sa destinée ait inspiré Gaiman.
  • « L’oiseau-soleil » est un hommage rendu aux histoires bizarres et inclassables de R.A. Lafferty, et Gaiman l’a imaginé pour les dix-huit ans de sa fille, qui lui réclamait une histoire. On y voit un attelage de personnages aux noms absurdes partir en quête du dernier mets qu’ils n’aient jamais mangés, la chair de l’oiseau-soleil égyptien. Hommage réussi qui donnera peut-être envie aux lecteurs de découvrir l’œuvre (méconnue) de cet écrivain atypique.
  • « Goliath » est l’un des textes les plus réussis. Cette nouvelle a été écrite avant que le film Matrix ne sorte, pour en faire la promotion. Elle s’inscrit dans l’univers de la matrice mais donne à voir sous un angle nouveau les problématiques du long métrage. Et si les antivirus de la matrice utilisaient aussi les humains dans le monde réel pour accomplir des tâches qu’ils seraient incapables d’accomplir ? Un parfum de tristesse, et pas mal d’humanité.

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Le dernier texte du recueil, « Le Monarque de la Vallée », met en scène le personnage d’Ombre, héros du roman American Gods, que l’on retrouve ici dans un château du fin fond de l’Ecosse, impliqué dans l’affrontement d’êtres mythiques.

Maîtrise parfaite du style et de l’intrigue, Gaiman est finalement plus à l’aise ici, et plus profond surtout, que dans les formats très courts. Cf. son nouveau roman récemment chroniqué dans ces pages, L’étrange vie de Nobody Owens.