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Publié le 12/07/2001

"Des milliards de tapis de cheveux"

[« Die Haarteppichknüpfer », 1995]

EDITIONS L’ATALANTE, SEPTEMBRE 1999

Par Epistolier

Etrange destinée que celle de la caste des tisseurs de la galaxie de Gheera, dont l’existence toute entière est consacrée au tissage d’un seul et unique tapis de cheveux ... Filant inlassablement la chevelure de leurs femmes et concubines leur vie durant, les tisseurs n’ont de cesse de réaliser cette œuvre unique et merveilleuse en hommage à l’Empereur, leur père à tous.

Des fruits de la vente du tapis dépend la survie de leur lignée et le maintien de la tradition, qui veut que l’art sacré du tissage se transmette éternellement de père en fils, tout à la gloire unique de l’Empereur. Jusqu’au jour ou d’étranges rumeurs viennent à circuler sur la chute de l’Empire ...


Ce roman surprenant se compose de dix-sept chapitres indépendants les uns des autres qui, chacun à sa manière, se penche sur la vie quotidienne de divers habitants de Gheera.

"Des milliards de tapis de cheveux" est un puzzle. Chaque chapitre en est une pièce différente, une pièce dont on ne voit pas comment elle peut faire partie d’un tout tant qu’elle n’a pas été assemblée. Et surtout, le motif du puzzle n’est visible que lorsque la dernière pièce est posée. Bien sûr, on commence par une planète, on assemble toutes les pièces de la même couleur. Mais, après, il reste d’autres pièces, qui n’ont pas du tout la même couleur ! Comment cela peut-il former un ensemble cohérent ? Pourquoi aller dans l’espace ou sur une autre planète ? Comment cela peut-il servir à finir le puzzle ? C’est cela la magie d’un puzzle.

Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le puzzle en entier n’est pas grand chose. On ne va pas effleurer les grands mystères de l’Empire. D’ailleurs, au milieu du récit, lorsqu’on se décide à quitter la planète des tapis de cheveux, Emparak, l’archiviste impérial nous le dit : « Vous croyez avoir découvert un grand secret. Vous ne savez rien. Vous n’avez même pas [...] effleuré l’histoire de l’Empire. » Cela pourrait en déstabiliser certains, tout un roman pour rien. Dans ce cas, revoyez attentivement le texte. Ce « rien » n’est pas composé de fragments de rien, au contraire. Ces milliards de tapis de cheveux ne sont rien qu’à l’échelle de l’Empire.

Dans tout space-opéra qui se respecte, il y a un Empire, interstellaire, galactique ou intergalactique. Tous les superlatifs sont utilisés, mais on ne sent rend pas forcément compte de ce que cela signifie. L’Empire est ici vraiment immense, l’Empereur est immortel. La dimension du rien nous montre à quel point cette immensité nous dépasse. Il faut participer à la construction du puzzle, et garder en tête cette construction pour se rendre compte vraiment de cette immensité.

Un tapis de cheveux, c’est l’oeuvre d’une vie. Sa vente permet de faire vivre la génération suivante. Le fils paye sa dette en tissant un autre tapis de cheveux. Ces tapis sont fabriqués pour l’Empereur, pour garnir son palais. Cette coutume qui pourrait simplement être étrange, devient un véritable mystère lorsque la rumeur court que l’Empereur n’est plus, qu’aucun tapis de cheveux ne se trouve dans son palais...

Ce roman va résoudre ce mystère [enfin, résoudre pour ceux à qui c’est un mystère, car les archives impériales connaissent tout], mystère qui n’est pas exempt de drame. La fin du roman, en forme de solution universelle, est un abîme de mélancolie.

Cette petite merveille enchanteresse, délicieusement teintée de nostalgie, se situant aux frontières du conte et du space-opéra, est l’un des plus beaux romans parus en 2005.


« [...] Ainsi, au-delà d’une idée impressionnante dans son absurdité, au-delà d’une intrigue à la structure originale, au-delà du refus des facilités offertes par les conventions narratives du genre, c’est au meurtre du père qu’Andreas Eschbach nous convie d’assister. À ce titre, "Des milliards de tapis de cheveux" constitue peut-être l’acte fondateur d’une SF allemande moderne tout aussi dégagée de ses influences que peuvent l’être dans d’autres pays les œuvres d’Evangelisti, Masali, Stolze ou Dantec. »

Roland C. WAGNER, Bifrost N°16, décembre 1999


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Cette vision kaléidoscopique permet d’envisager cet univers sous une multitude d’angles, à travers les tons propres à chaque situation et personnages rencontrés, telle une métaphore de l’univers des possibles.

Doucement envoûtant, irradiant d’un mystère qui nous tient en haleine, ce roman d’un monde prêt à basculer au moindre souffle est un voyage incroyable au bout de l’absurde.