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de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

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Publié le 03/07/2010

Des nouvelles du Tibbar de Timothée Rey

ÉD. LES MOUTONS ÉLECTRIQUES, MAI 2010

Par Ubik

Envie de dépaysement ? Le Tibbar, contrée sise entre Neverwhere et Nehwon, vous tend les bras. Ses paysages pittoresques, ses habitants – comment dire – exotiques sont autant de points forts pour le flâneur accoutumé à la fantasy hautement fantaisiste.
Aussi léger qu’un potage au coin du feu, aussi évanescent que l’odeur de la pluie un soir d’été, aussi chaleureux qu’une paire de pantoufles, le Tibbar s’impose comme la destination textuelle idéale. Une pause enjouée, pleine de malice et de poésie.


Si l’on fait abstraction de sa date de naissance et des quelques nouvelles parues ici et là dans des fanzines et revues, Timothée Rey a tout de la jeune pousse ayant évité de monter trop vite en graine. En dehors du présent ouvrage, il n’a écrit qu’un autre court recueil de nouvelles fantastiques (Caviardages), paru en 2008 aux excellentes mais très confidentielles éditions de La Clef d’Argent.
Avec Des nouvelles du Tibbar, l’auteur niçois semble franchir un cap supplémentaire, produisant pour notre plus grand plaisir un de ces ouvrages indéfinissables, empreints à la fois de sérieux et d’extravagance. Un délicieux ersatz de cette chienne de vie, absurde dans ses tenants et ses aboutissants, et à laquelle pourtant on tient plus que tout.

Ce qui frappe d’entrée, en lisant Des nouvelles du Tibbar, c’est l’esprit facétieux hantant les pages du recueil. On imagine Timothée Rey, attablé à son bureau, s’amusant follement à créer le Tibbar. Un processus créatif non dépourvu de la solennité et de la morgue inhérentes au démiurge, du moins est-ce ainsi que l’on se plaît à nous décrire ce processus dans les livres qui ne rigolent pas.
Bref, tout cela pour dire qu’ici la facétie ne fait pas l’économie d’une certaine rigueur. Timothée Rey ne floue pas son lectorat avec de l’à-peu-près, du fade ou du mou du genou. Sur un ton goguenard, ironique, voire sarcastique, il construit texte après texte cette contrée imaginaire du Tibbar, histoire et calendrier y compris.

Ainsi, au fil des nouvelles se dessine la géographie de ce bout de terre. Une carte dont on visualise les contours et dont on lit les toponymes en forme de jeu de mots dès le début du recueil. Au passage, saluons la haute tenue de l’ouvrage édité par Les Moutons électriques. Pour paraphraser approximativement un fieffé renard, le ramage est à la hauteur du plumage. Le livre peut s’enorgueillir d’une illustration de couverture aguicheuse de Celestino Piatti, en parfaite adéquation avec l’atmosphère des nouvelles d’un auteur également à l’origine d’ illustrations intérieures fort bienvenues.
Pour tout dire, on se trouve devant un recueil complet, ne manquent plus que les sons et les odeurs pour accentuer l’immersion. En dépit de ces manques olfactifs et sonores, on ne peut toutefois pas contester le caractère redoutablement immersif de cet univers chimérique, finalement pas si éloigné du nôtre, si l’on y réfléchit un peu. Du moins, est-ce l’impression tenace que laissent infuser les préoccupations de ses habitants. Un bestiaire volontairement foutraque se composant de demi, voire de quart-orcs, de Mafflus (des costauds à la mine d’armoire à glace), de houle-bec, de trolls, nains, humains, gorgones... Ce melting-pot délirant de créatures mythiques, légendaires ou tout simplement farfelues semble se soucier bien davantage de ses tracas quotidiens que des sempiternelles quêtes auxquelles on le cantonne habituellement.

Quid des nouvelles ? Douze textes dont on a bien du mal à retrancher un iota pour cause d’insatisfaction. Timothée Rey nous convie à un festival de trouvailles burlesques, balayant divers registres stylistiques d’une plume primesautière. L’imaginaire de l’auteur pétille comme un grand cru de Champagne, quelle que soit la forme de narration abordée.
En vrac, « Le Tronc, la Grume et le Fluant » et « Le Jardin de nains du Ninja Radin » apparaissent comme des pastiches décalés de western spaghetti et de films de Hong Kong.
« Magma Mia ! », « Dans l’antre du Sanguinaire » et « Jeunes Sirènes lascives pour marins bourrus » relèvent du texte à chute, pimenté ici d’un zeste de folie douce et d’une pincée de cruauté. « Sur la route d’Ongle » lorgne du côté de la parodie, la compagnie de héros en quête étant ici remplacée par les usagers d’un bus monté sur pattes.
En lisant « Lacnae b’Asac », on éprouve un bref serrement au cœur en pensant au peu de poids représenté par l’idéalisme face à la réalité du quotidien. Fort heureusement, on se console avec « Suivre à travers le bleu cet éclair puis cette ombre », l’histoire d’une utopie lucide – non, ce n’est pas contradictoire –, jouant de surcroît avec la mise en page pour l’adapter au déroulement du récit. Du Grand Art !
« Mon père, ce bouffon au sourire si torve » émerveille par son inventivité – il fallait y penser à cette histoire de Marmelade – et surprend par son ton, mélange de tendresse, d’humour vachard et de tragédie.
« Mille et mille surgeons du Foisonneur » a de quoi réconcilier les réfractaires à la poésie avec le genre. On ressort de cette lecture, la tête pleine d’images persistantes.
« Ce qu’il advint des ravisseurs de la Tomate chantante » et « Deux hougolouns dans le vent du soir » termine le tour d’horizon du recueil par un grand éclat de rire. Un rire toutefois grinçant, nerveux, car tiraillé entre des sentiments contradictoires.


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Alliant toutes les qualités d’une excellente lecture plaisir, Des nouvelles du Tibbar ne cède pas pour autant à la facilité. Cette assertion, nullement à prendre dans une acception élitiste ou populiste, convient idéalement à un recueil n’abandonnant aucunement son caractère d’œuvre littéraire sur l’autel de la distraction à tout prix.
Maintenant, il faut avouer qu’on est impatient d’avoir d’autres nouvelles du Tibbar.