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Publié le 04/09/2009

Desolation Road de Ian McDonald

[Desolation Road, 1998]

ÉD. ROBERT LAFFONT, OCT. 1989 – RÉÉD. LIVRE DE POCHE, SEPT. 1994

Par bidibulle

Sur une Mars en cours de terraformation, un scientifique rejeté par sa communauté — le professeur Alimantado — échoue dans le grand désert martien. Il y rencontre un être vert fantomatique qui le nargue en prétendant se déplacer aussi facilement dans le temps que lui dans l’espace. cette quête du voyage dans le temps est justement l’unique obsession du professeur Alimantado...


La créature verte malicieuse n’en reste pas moins charitable : elle révèle à un Alimantado piégé au milieu de nulle part — sans secours possible — l’existence d’une source... une oasis artificielle ignorée de tous, grâce à l’aide impromptue d’une Orphe mourante, intelligence artificielle appartenant à la puissante société de Recherche Opérationnelle en Terraformation et Ecosystème sous Contrôle Hyperspatial (ROTECH).

Le chemin de fer de la Bethlehem Ares Corporation finit par arriver dans son voisinage, amenant avec lui Mr. Jéricho, mafieux en fuite traqué par les Familles Martiennes, qui deviendra le collaborateur d’Alimantado.
Voilà l’acte fondateur de Desolation Road, village devenu ville, appelé à changer l’histoire de Mars.

Vient ensuite la famille Mandella, dont les deux jumeaux — Limaal et Taasmin — deviendront respectivement le plus grand joueur de billard de Mars et une grande mystique, apôtre de l’union spirituelle avec la machine.

Puis c’est le tour de Rajandra Das, clochard "chanceux" aimé des machines, qu’un ingénieux système de tombola a chassé de sa place de mendiant officiel de la gare centrale de Meridian.

À ce début de communauté humaine s’agrègent bientôt Grand mère Babouchka — que la biotechnologie rendra à nouveau mère — et Mikal Margolis, perdu dans un triangle amoureux entre sa mère, sa femme et sa maîtresse, expérience aussi chaotique que la trajectoire d’une planète autour de trois soleils...
L’auteur convoque tout un panel de personnages hauts en couleurs, émouvants et poétiques — comme Ed, Louie et Umberto Gallacelli, clones charmeurs qui iront jusqu’à marier la même femme, même si un seul d’entre eux saura la rendre véritablement heureuse — ou sombres et inquiétants, comme les familles Staline et Tenebrae, génitrices de monstres.

Au fur et à mesure de la croissance de la petite communauté — sous la férule distraite du bon docteur Alimantado — les forces de la mort et de la vie s’opposent. La mort surgit ainsi par surprise, par l’intermédiaire d’une comète, expédiée par l’administration folle et incompétente de la ROTECH. Catastrophe à l’origine du voyage dans le Temps du professeur Alimantado et de l’essor de Desolation Road.

Mais déjà, d’autres enjeux se superposent à ce tourbillon de personnages. Ainsi le capitalisme monopolistique — et son idéologie officielle, le Féodalisme Industriel imposé au peuple martien — se heurte au goût pour la liberté des habitants de la bourgade. À ces luttes matérielles s’ajoutent des problématiques plus spirituelles — celles opposant la Bienheureuse Dame de Tharsis et les Dumbletoniens pour la création du Messie d’Acier, par exemple.

Desolation Road grandit ; ses enfants deviennent des figures de Mars et de la lutte contre la colonisation terrestre.

Ce premier roman de McDonald est un livre univers d’une incroyable diversité qui se joue des genres et rend hommage aux figures classiques de la SF et de la littérature mondiale. On peut d’ailleurs le lire comme la transposition scrupuleuse de Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez — sur Mars. Tout y est : l’histoire d’une ville fondée par un patriarche à l’esprit bouillant et aventureux, les générations entremêlées, la structure cyclique du temps, l’irruption de la magie dans la réalité la plus triviale, la poésie et la plus extrême cruauté.
Mais Desolation Road n’est pas qu’un pastiche talentueux, c’est aussi un véritable ouvrage de genre, en forme de clin d’oeil à Bradbury, Stapledon et tant d’autres classiques de la SF. Si l’on y trouve des lasers à infrarouge et des miroirs géants destinés à la terraformation de Mars, on s’y déplace en locomotives à vapeur et l’on y croise un ange nommé Luftwaff, doté de rotors et de réacteurs. Cela procure une saveur steampunk au texte, doublée d’un étonnant sentiment de dépaysement et de désuétude — encore accentué par la multitude de néologismes inventés par l’auteur, qui va jusqu’à rebaptiser les planètes du système solaire...

À son récit picaresque, Ian McDonald ajoute une satire sociale, moquant le capitalisme transnational et son management déshumanisant, mêlant l’absurde et la farce à un fond plus réaliste, digne du Steinbeck d’En un combat douteux.


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L’essentiel du roman baigne dans une ambiance indéfinissable, comme si la Mars hyper-réaliste — dévoilée par les missions de la NASA devenue familière à tous les curieux de l’astronomie — débordait un peu sur l’autre Mars, celle des rêveurs et des poètes...

Note : Il existe d’ailleurs dans le même univers un autre roman inédit en français, Ares Express, et une série de nouvelles dont certaines ont été publiées dans le recueil État de Rêve.