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Publié le 10/10/2007

Diaspora de Greg Egan

ED. GOLLANTZ, 1997

Par bidibulle

Au XXXème siècle, il n’y a quasiment plus un être humain "normal" sur Terre. Une grande partie s’est téléchargée dans des corps robotisés ou à l’intérieur de réalités virtuelles. L’autre partie a évolué grâce à la génétique, divergeant en de nombreuses espèces.

L’Humanité a donc échappé à la mort. Du moins c’est ce qu’elle croyait... jusqu’à ce que s’annonce la coalescence de deux étoiles, et le destructeur rayonnement gamma qui en résultera.


I M P O R T


En 2975, Yatima, un programme d’intelligence artificielle tournant sur les superordinateurs de la polis de Konishi, vient de naître. Comme tant d’autres, il devient un membre de la Coalition des polis, un réseau de superordinateurs hébergeant tant des Copies d’esprits humains que des IA. Avec son ami Inoshiro, il rencontre sur Terre à Atlanta, une communauté de Fleschers, ces humains ayant encore un corps humain, qui ont éclaté en une multitude de groupes humains améliorés différents.

Vingt-et-un ans plus tôt en effet, un observatoire lunaire observant les ondes gravitationnelles a annoncé la coalescence, imprévu par la physique de cette époque, de deux étoiles à neutrons proches : la bouffée de rayons gammas en résultant s’annonce destructrice.
Malheureusement les rivalités et les préjugés entre Fleishers et Gleisners [les copies informatiques d’humains] ont empêché de prendre les précautions nécéssaires. La mission de Yatima et Inoshiro s’avère un échec : la biosphère terrestre est mortellement dégradée, mais surtout l’espoir d’une maîtrise de l’environnement terrestre par l’Humanité est désormais mis à bas.

L’ensemble des Polis envisage donc l’essaimage de l’Humanité dans l’Univers, afin d’empêcher sa disparition.
C’est l’occasion de tester des idées nouvelles et évidemment d’améliorer la théorie unifiée sur laquelle repose la physique de cette époque. Cette théorie a en effet connue un échec terrible en ne prédisant pas la coalescence des deux étoiles.
Elle suppose, entre autre, que les particules élémentaires ne sont que les entrées de trous de vers topologiques, permettant d’envisager la création d’un raccourci vers les étoiles.

Les polis envisagent alors un test, consistant en la création d’un trou de ver. C’est un échec, ce qui prive l’Humanité d’un raccourci, et laisse sans réponse l’explication de la catastrophe ayant détruit la Terre.
C’est le début d’une quête au travers de l’univers, à la recherche d’un lieu sûr, mais aussi de formes de vie extraterrestres ayant réussies à survivre.

Egan nous fait alors rencontrer une race d’extra-terrestre résolument autre, dont je ne révèlerais pas la nature tant elle est astucieuse et surprenante. Je me contenterai juste de dire qu’elle repose sur un théorème de logique, le Théorème de Wang.

Bien sur, des Grands Anciens, ayant survécu à divers cataclysmes galactiques apparaissent au détours du récit.
Cette civilisation a laissé comme signe de son existence une planète à la biosphère enrichie en éléments chimiques stables, signalant l’existence d’un message codé dans la trame de la matière de ce monde. Celui ci autorise alors l’Humanité à accéder à un MétaUnivers, dont chaque points est un univers, ayant des dimensions différentes.
L’occasion pour Egan de nous décrire ce que pourrait être un univers ayant 5 dimensions d’espace, dans lequel la force de gravité et la force électrostatique n’ont plus la même loi de décroissance...

Yatima se lance à la recherche des Grands Anciens, au travers des différents univers, ce qui culmine dans le plus extraordinaire exemple de stéganographie - l’art de cacher des messages secrets dans un document quelconque - que je connaisse.
Au fil de sa quête, Yatima changera, s’éloignant de l’Humanité dans tout les sens du mot, et finissant par revenir à ses anciens plaisirs, tout en ayant appris qu’il n’existait rien de fixe dans l’univers...

La description de la naissance de Yatima est tout simplement hallucinante de précision par exemple, et s’inspire tant de la Société de l’Esprit de Marvin Minsky que de Conscienceness Explained de Daniel C. Dennett.
On pourra aussi évoquer la construction, extrêmement astucieuse, d’une physique et d’une chimie en 5 dimensions, ainsi que leurs conséquences biologiques.

Ces morceaux de bravoure hard SF n’empêche pas les réflexions philosophique profondes sur le savoir et la nature humaine.
On sent que pour Egan, qui est un athé militant, ce concept de nature humaine n’a pas de sens. Les hommes peuvent donc s’améliorer, se déformer suivant leur désirs et suivant les arbitraires qu’ils s’imposent. Rien n’est sacré, pas plus le corps humains que son esprit, ou même les communautés que tissent entre eux les hommes.
De tout ceci découle qu’il n’y a rien d’immuable : les hommes sont lancés dans un flux infini, n’admettant pas de points fixes. Seules existent les contraintes qu’imposent la matière - qui peuvent être contournées par notre astuce.
D’une certaine façon, Egan prends au sérieux l’éthique Hacker, tant il admet que la matière est elle-même bricolable à l’infini, notre intelligence n’étant pas limitée. Le monde d’Egan n’est pas celui de la pénurie, qui nous impose d’optimiser nos choix, mais bien celui d’après le Capitalisme, où les choix ne reflètent plus que des préférences éthiques. C’est le monde Stationnaire de l’Utopie Classique de Stuart Mills, ou le Communisme triomphant, où chacun explore ses rêves.


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Je pense qu’il s’agit du meilleur roman de Egan : il est au sommet de son art au point de vue scientifique.
Ses personnages sont résolument inhumains, tant ils sont déformés par la science et la technologie - il est presque difficile de s’identifier à eux.
Peut-être cela rebutera certains d’entre vous, mais eu égard à la démesure de l’univers qu’a bâti Egan, ce choix me paraît cohérent.