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Publié le 04/01/2009

Divergences 001, anthologie présentée par Alain Grousset

ED. FLAMMARION / COLL. UKRONIE, NOV. 2008

Par Ubik

Suivant de peu la parution du roman de Pierre Bordage, l’anthologie Divergences 001, éditée dans la très récente collection Ukronie des éditions Flammarion, propose une sélection de nouvelles uchroniques. Une belle manière de faire découvrir, et pas seulement à la jeunesse, cet espace littéraire cousin de la science-fiction.


En dépit des apparences, l’uchronie et la science-fiction ont beaucoup de points en commun. Les deux genres sont nés à peu près durant la même période et disposent d’un corpus d’œuvres suffisamment étendu pour être l’objet d’études érudites passionnantes. Pourtant dans l’Hexagone, les deux genres ne suscitent souvent encore que répulsion et réprobation auprès des milieux universitaires et dans les cercles dits « bien informés » ; des réactions souvent épidermiques qui, la plupart du temps, se fondent exclusivement sur une méconnaissance quasi-totale mêlée d’idées reçues.
Pour Alain Grousset, responsable éditorial de cette anthologie, il s’agit donc de faire œuvre de pédagogie en rappelant d’abord quelques évidences. Oui, la science-fiction et l’uchronie partagent le même questionnement de départ : et si ? Effectivement le champ des possibles que les deux genres explorent n’est pas le même. Cependant, si la science-fiction porte son regard sur le futur et l’uchronie sur le passé, il est indéniable que les deux genres s’adressent bien au même présent. Pour l’anthologiste, il ne fait aucun doute que science-fiction et uchronie sont complémentaires.

Pour appuyer son propos et avec l’intention de conquérir un jeune lectorat, Alain Grousset a donc invité huit auteurs français à réécrire l’Histoire. Huit écrivains auxquels s’ajoute un Britannique, Paul J. McAuley, et le spécialiste de l’uchronie en France, Eric B. Henriett, dont la postface éclaire d’un jour plus didactique le champ et les enjeux de l’Histoire alternative.
Chacun à leur manière, avec la sensibilité qui leur est propre, ces neuf auteurs balaient de leur imagination quelques dizaines de milliers d’années d’Histoire de l’humanité. Et en réécrivant celle-ci, ils en font l’outil de leur désir et de leur réflexion.

Au moins trois enjeux affleurent dans cette anthologie. Tout d’abord, l’uchronie est utilisée comme un biais, un prétexte à un message que l’auteur adresse au présent. L’Histoire se pare des atours de l’utopie sans faire forcément l’économie des défauts inhérents à celle-ci. Trois nouvelles semblent relever de cette démarche : Exode de Jean-Marc Ligny, Le serpent qui changea le monde de Fabrice Colin et De la part de Staline de Roland C. Wagner.
Jean-Marc Ligny se focalise sur les temps préhistoriques en imaginant que les néandertaliens ont survécu et que ce sont les premiers homos sapiens qui sont en voie d’extinction. Le récit à deux voix, simple et limpide, laisse entrevoir ce qu’aurait pu devenir un monde plus proche de la nature ; un monde débarrassé des appétits de conquête et de domination.
Fabrice Colin réécrit l’Histoire en aménageant une géopolitique dans laquelle l’Afrique, par un tour du destin, n’est pas réduite à la portion congrue. Sa nouvelle donne vie d’une manière convaincante aux royaumes nègres d’Aferka ; dans ce contexte qu’un érudit noir et un esclave blanc se lient d’amitié, puis conjuguent leurs connaissances en vue d’abolir l’esclavage...
Enfin, Roland C. Wagner nous fait vivre, au travers des yeux d’un groupe d’enfants, la chute du rideau de fer. Sauf que ce rideau sépare une Europe communiste d’une Europe socialo-syndicaliste. La petite histoire côtoie la Grande d’une manière touchante qui parvient à faire oublier la ficelle grossière qui conclut la nouvelle [c’est strictement personnel, mais j’avoue que j’ai eu du mal à avaler la chute.]

L’uchronie peut également être un jeu avec l’Histoire. Ici trois auteurs au moins jouent avec les événements historiques, s’amusant du décalage qu’ils ont introduit et des clins d’œil qu’ils lancent à notre propre Histoire. On commence avec Johan Heliot qui s’attaque au personnage de Napoléon Bonaparte et à l’œuvre fondatrice de l’uchronie : Napoléon ou la conquête du monde. L’exercice est accompli avec l’efficacité coutumière de l’écrivain. Toutefois, on ne peut s’empêcher de trouver celui-ci quelque peu convenu et schématique. Pax Bonapartia suscite l’adhésion mais sans gloire.
Fort heureusement, les deux nouvelles suivantes sont d’une autre trempe et je ne suis pas loin de les qualifier de points d’orgue du recueil. Xavier Mauméjean s’empare du thème galvaudé de la victoire de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Il imagine une république des Etats-Unis d’Amérique livrée à l’occupation nazie. Une Amérique où les collaborateurs prolifèrent à l’ombre d’une walkyrie belliqueuse en guise de Miss Liberty. Mais la flamme de la résistance couve et elle n’attend qu’une occasion, la visite du führer vieillissant en 1963, pour s’embraser. Reich zone est une réécriture de l’Histoire tout simplement jubilatoire qui fait autant appel à la culture historique qu’à celle de la science-fiction.
Pour terminer Paul J. McAuley nous propose avec Une histoire très britannique une version alternative de la conquête de l’espace. Ce récit, paru auparavant dans le numéro 29 de la revue Galaxies, est littéralement truffé d’allusions à la science-fiction et à quelques unes de ses plus fameuses plumes. Le ton est faussement sérieux, ce qui ne gâche rien, bien au contraire.

Enfin, l’uchronie est souvent un moyen de s’interroger sur l’écriture de l’Histoire. Elle amorce une réflexion sur les notions de hasard et de déterminisme, sur la part de l’individu et sur celle des structures dans une « vérité » qui reste définitivement hors du champ de l’Histoire. Dans Divergences 001, trois nouvelles me semblent user de l’uchronie de cette façon. La divergence introduite par Pierre Pelot puise son origine dans les temps bibliques... Une hypothèse de départ un brin provocatrice même si l’on peut considérer que la mythologie recèle une part de réalité. L’écrivain imagine que l’Arche de Noé a fait naufrage et que d’autres peuples ont survécu au Déluge. Même si la vraisemblance de la divergence se pose d’emblée, on ne peut écarter le fait que Après le Déluge débouche sur un questionnement très pertinent.
Michel Pagel propose un texte qui s’interroge sur la notion de hasard dans l’Histoire. En imaginant que Henri de Navarre est tué pendant la Saint-Barthélemy, il fait du hasard le principal moteur de l’Histoire. Même si l’on peut juger son dénouement prématuré, Le petit coup d’épée de Maurevert est un récit bien troussé qui lorgne du côté du roman de cape et d’épée.
Avec L’affaire Marie Curie, Laurent Genefort adopte le point de vue opposé à celui de Michel Pagel. Ici, ce sont les structures et le temps long qui prévalent et les individus ne sont que les jouets du déterminisme historique. Par ailleurs, sa nouvelle, très classique sur la forme, exhale un petit parfum de roman feuilleton qui n’est pas désagréable.


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Divergences 001 est composée d’uchronies pures, c’est-à-dire d’Histoires alternatives qui ne sont pas parasitées par des univers parallèles ou des voyages dans le temps.

Mais le champ des possibles est vaste et les passerelles avec la science-fiction, voire la fantasy dans une acception très large, sont nombreuses. De quoi alimenter de futures anthologies et donner de la matière à d’autres écrivains, comme le sous-entend Alain Grousset.
Rendez-vous est d’ores et déjà pris avec Divergences 002...