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Publié le 06/09/2009

Djeeb le Chanceur de Laurent Gidon

ED. MNEMOS, JUIN 2009

Par Goldeneyes

Après la publication de quelques nouvelles remarquées et d’un premier roman, Aria des brumes, publié aux éditions du Navire en pleine ville, Laurent Gidon débarque dans nos librairies avec un premier roman étiqueté fantasy : Djeeb le Chanceur, ou comment servir au lecteur une aventure colorée dans la plus pure tradition picaresque de l’œuvre vancéenne.


De Djeeb, on ne sait presque rien. Sa vie entière n’est consacrée qu’au frémissement de l’aventure. Le côté narcissique de son existence peut agacer : il semble que son unique motivation à affronter le danger soit d’accéder à la postérité… Djeeb vit sa vie comme un roman dont il serait le héros. Doté d’une impressionnante faculté de s’extirper des situations les plus périlleuses, il sait redoubler de malice et faire montre d’aptitudes pour charmer son entourage et déjouer les plans de ses ennemis. Fervent défenseur des valeurs morales que sont la bravoure, l’honnêteté et la fidélité, il pratique un art consommé de la rhétorique comme il se jette au cœur de l’action.
Son nouveau défi ? Accoster l’île d’Ambeliane, bastion réputé inexpugnable, perle close régnant sur le trafic hauturier de l’Arc Côtier, une cité mystérieuse pleine de secrètes promesses. Pour y accéder, il faut tout d’abord dompter la mer, puis franchir la passe des Crocs, mâchoire mortelle bardée de piques rocheuses sur lesquelles viennent s’éventrer les navires aux capitaines peu aguerris. Et une fois à terre, Djeeb aura bien besoin de son insolence astucieuse pour échapper à la justice expéditive d’Ambeliane qui ne manque pas d’abattre ses foudres sur les étrangers innocents.
Mais Djeeb n’est jamais à court de ressources. Sa pugnacité, autant que son bon parlé, finiront par lui faire gravir un à un les échelons de la société d’Ambeliane. Jusqu’à son sommet. Et bien plus encore…

Difficile, donc, de faire personnage plus haut en couleurs que Djeeb le chanceur. Par sa quête perpétuelle d’aventures, par son audace sans limite, Djeeb se rattache évidemment aux nombreuses figures de l’œuvre de Jack Vance. En tête desquelles le fameux Cugel.

Cugel l’Astucieux, Djeeb le Chanceur, la parenté s’impose d’entrée de jeu…

À l’œuvre de Jack Vance, le roman de Laurent Gidon emprunte un autre trait caractéristique : il accorde une large place à des descriptions minutieuses, ici l’île d’Ambeliane et sa société bigarrée. Là où Jack Vance élargit considérablement le champs d’action de ses personnages – Le Cycle de Tschaï se déroule à l’échelle d’une planète par exemple –, Laurent Gidon circonscrit l’action de Djeeb le Chanceur à une cité. Cela n’entache en rien la qualité de l’aventure. Simplement, l’intérêt d’aller à la découverte de cultures mises en scène par l’écrivain, principe qui constituait l’un des attraits majeurs des romans de Jack Vance, perd ici de son impact. D’autant plus que Laurent Gidon ne s’attarde pas sur les mœurs de la société d’Ambeliane. Sa hiérarchisation sociale, représentée par quelques figures emblématiques, apparaît sommaire. L’intrigue se résume à quelques conflits d’intérêts de petite envergure. Tout cela manque d’ampleur. Mais le lecteur ne doute pas que des suites viendront élargir la profondeur du champ, le roman ayant toutes les saveurs du premier épisode d’une longue série.

On l’aura compris, ce qui prévaut avant tout dans Djeeb le Chanceur, c’est l’action. L’action échevelée de notre personnage principal qui sautille de bravades en bravades comme le saltimbanque qu’il incarne parfaitement. Le lecteur finit par se prendre au jeu. Et le charme d’opérer.
Aussi énormes que soient les renversements de situation dont Djeeb est presque toujours le déclencheur, c’est avec un franc plaisir que l’on accompagne ses folles pérégrinations et que l’on se surprend à tenter d’anticiper de quelle impossible trouvaille il va bien pouvoir user pour se sortir de telle ou telle impasse. La langue déployée par l’écrivain n’est pas étrangère au plaisir de lecture. Assez soutenu, on pourrait néanmoins reprocher au style de Laurent Gidon une certaine emphase, pour ne pas dire lourdeur, principalement dans les premiers chapitres. Comme si l’écrivain péchait par excès… Néanmoins, la justesse, la précision et la puissance d’évocation de certaines descriptions compensent largement ces quelques maladresses stylistiques… Et puis, on appréciera l’emploi particulier du verbe « fatiguer » [page 74 : « On fatiguait la nuit »], formule que l’on peut retrouver au fil des nouvelles d’un éminent auteur argentin : Borges


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Alors bien entendu, la lecture de Djeeb le Chanceur ne bouleversera pas les convictions du lecteur. Mais ce n’est pas son but avoué. Et il ne peut y avoir méprise sur la marchandise. Car bien avant le début du récit, l’auteur avait clairement énoncé le contrat de lecture : Djeeb le Chanceur se veut un roman de fantasy sans autre ambition que de proposer à son lecteur le plaisir simple et immédiat de l’évasion et du dépaysement. À cet égard, il remplit parfaitement son office. Il se lit vite. Il se lit bien. Et si vous vous êtes délicieusement perdus dans le treillis des aventures vancéennes, il y a de fortes chances que Djeeb le Chanceur ne vous fasse pas regretter le voyage.