Dune
de David Lynch
[1984]

DVD Universal 1998 / Version Ultimate Edition, 2005

Par Mr.C

Film culte pour les uns, trahison de l’œuvre pour les autres, l’adaptation par David Lynch du best-seller n°1 de la SF de Frank Herbert pouvait-elle aboutir à autre chose qu’un formidable ratage ?


  • Film américain, titre original Dune
  • Scénario et réalisation : David Lynch
  • Distribution : Kyle McLachlan [Paul Atréides], Francesca Annis [Dame Jessica], Jürgen Prochnow [Duc Leto], Kenneth McMillan [Baron Vladimir Harkonnen], Patrick Stewart [Gurney Halleck], Sean Young [Chani], José Ferrer [Shaddam IV], Sting [Feyd-Rautha], Virginia Madsen [Princesse Irulan]...
  • Photographie : Freddie Francis
  • Musique : Toto
  • Durée : 135 mn

d’après le roman de Frank Herbert, Dune [1963-1965]



LE SYNOPSIS

En l’an 10191, la substance la plus convoitée de l’univers est l’Epice. L’Epice permet le voyage spatial. L’Epice allonge la vie et permet de voir l’avenir... Mais l’Epice ne se trouve que sur une seule planète : Arrakis, planète aride presqu’entièrement recouverte de sables, aussi appelée, Dune.
Le Duc Leto Atréides se voit confier Arrakis en fief par l’Empereur Shaddam IV, prenant le relais de ses ennemis, les Harkonnens. Il part s’y installer avec sa concubine Jessica et son fils Paul. Mais il ignore qu’un piège lui est tendu : le baron Harkonnen, avec l’appui des troupes impériales, détruit les Atréides dans une attaque surprise.
Echappant de peu à la mort, Paul et sa mère se retrouvent seuls survivants de la dynastie, perdus en plein désert. Ils y rencontrent les Fremens, le peuple d’Arrakis qui vit caché dans les dunes et attend la venue d’un messie qui les délivrera de l’opression.

Ainsi résumé, le point de départ du Cycle de Dune est assez simple. Mais c’est oublier que d’autres clans interfèrent dans le récit, chacun ayant ses objectifs propres [l’ordre para-religieux des Bene Gesserit, la Guilde des Voyageurs, qui maîtrise le voyage spatial]. Enfin le vocabulaire spécifique du roman, les luttes de pouvoir et les enjeux croisés achèvent d’en faire une histoire difficilement racontable en quelques mots.
Le film se focalise sur le destin messianique de Paul et sur sa revanche contre la Maison Harkonnen et l’Empereur.


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Le palais Harkonnen
imaginé par H.R. GIGER.

L’ADAPTATION DE DUNE : EPISODE 1, LE PROJET JODOROWSKY

Dès 1976, soit onze ans seulement après la parution du livre, naît un premier projet d’adaptation pour le cinéma : le producteur américain Arthur P. Jacobs [producteur de La planète des singes] prend une option sur le roman et envisage d’en confier la réalisation à David Lean, qui vient de réussir un formidable Lawrence d’Arabie. Mais la mort brutale de Jacobs deux ans plus tard met fin au projet.

Le cinéaste et scénariste chilien Alejandro Jodorowsky parvient alors à convaincre le producteur Michel Seydoux d’acheter les droits et se lance à corps perdu dans le projet : sa priorité n’est pas d’être fidèle à tout prix à l’oeuvre d’Herbert mais de créer un monument de plusieurs heures qui ferait appel à de très grands artistes de son temps.
Pour le casting, il voit très grand : c’est le leader des Stones, Mick Jagger qui incarnera Paul, tandis que face à lui Orson Welles sera l’ignoble Baron Harkonnen ! David Carradine, Alain Delon et Gloria Swanson [en Révérende Mère Mohiam] seront aussi de la partie, et pour interpréter l’Empereur de l’univers connu, Shaddam IV, rien moins que le délirant Salvador Dali.
En ce qui concerne la bande-originale, Jodorowsky a imaginé confier l’illustration sonore de chaque planète importante dans l’intrigue à un groupe différent : Pink Floyd pour Arrakis, Magma pour Giedi Prime et Mike Oldfield pour Caladan, la planète des Atréides.
D’autres noms prestigieux sont évoqués, en particulier celui de Douglas TRUMBULL, spécialiste des effets spéciaux sur 2001 : l’odyssée de l’espace.

Pendant deux ans le projet va mûrir, et pas seulement dans la tête de Jodorowsky : le traducteur français du roman, Michel Demuth, travaille sur les dialogues ; le dessinateur Mœbius [alias Jean Giraud], l’illustrateur anglais Chris Foss et le peintre suisse H.R. Giger planchent activement sur les costumes, le design des vaisseaux spatiaux et les décors.

Ce beau rêve un rien megalo va se heurter de plein fouet au mur de la réalité : le coût est trop lourd pour uen production française [30 millions de $], et une bonne partie du budget a déjà été dépensé avant même le premier coup de manivelle. Quant aux studios hollywoodiens, seuls capables de pouvoir financer pareille entreprise, ils refusent d’en être.

Du projet de Jodorowsky, il reste des dessins, 3000 esquisses de Mœbius... et quelques enfants illégitimes puisque le travail préparatoire des illustrateurs s’est trouvé en partie recyclé dans d’autres projets comme Blade Runner ou Alien [auquel Mœbius, Foss, Giger, O’Bannon ont contribué...]



L’ADAPTATION DE DUNE : EPISODE 2, LE PROJET LYNCH

En 1978, Dino de Laurentiis rachète les droits. Il confie à Frank Herbert lui-même le soin d’écrire l’adaptation, mais le scénario de l’écrivain est jugé long et inexploitable. On sollicite alors Ridley Scott, qui a réussi Alien en 1979. Mais le réalisateur aboutit à un projet chiffré à 50 millions de $ qui ne connaîtra pas de suite. En 1981, De Laurentiis reconduit tout de même les droits et sur les conseils de sa fille, Raffaella, finit par engager David Lynch, dont l’Elephant Man [1980] a subjugué les foules.
Lynch, qui a alors 36 ans, s’enthousiasme à la lecture du roman [qu’il ne connaissait pas]. Le contrat lui assure de plus la production de ses deux films futurs, Blue Velvet et Ronnie Rocket [même si finallement ce dernier ne verra jamais le jour]. Du coup Lynch s’attelle au scénario ; il lui faudra un an et demi pour obtenir un résultat qui lui convienne.

David Lynch envisage d’abord une trilogie, puis opte pour un dyptique qui reprendrait le roman Dune dans un premier film, et les deux tomes suivants, Le Messie de Dune et L’Empereur Dieu de Dune, dans un deuxième.
La complexité de l’intrigue, le nombre des personnages et des enjeux croisés vont l’obliger à de nombreuses infidélités à Frank Herbert. C’est inévitable dans tout processus d’adaptation mais le cas de Dune est certainement un cas d’école, tant la densité du roman s’oppose à la possibilité d’une version cinématographique digeste.

Lynch décide de commencer par un pré-générique trés didactique où la Princesse Irulan présente les principaux protagonistes. Puis, la scène de l’entrevue entre l’Empereur Shaddam IV et un navigateur de la Guilde, qu’il invente de toute pièces, finit d’introduire les clans en présence : le Landsraad, l’Empereur, le Bene Gesserit, la Guilde, le rôle de l’Epice, le piège tendu aux Atréides et le rôle joué par les Harkonnens.
Ensuite seulement a lieu la scène du test de Paul par la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam, qui est la scène d’ouverture du roman.


Sur bien des points, Lynch va s’attacher à rester le plus proche possible de l’esprit du livre : ainsi il recours fréquemment à la voix-off, qui permet d’entendre la "voix intérieure" des personnages, et de citer mot pour mot certaines réflexions essentielles des protagonistes.
Certains thèmes sont oubliés ou peu traités, comme celui de l’écologie. Des personnages disparaissent, comme le Comte Fenring. L’idée, très présente chez Herbert, que la croyance des Fremens en la venue d’un messie a été implantée par la Missionaria protectiva est évacuée elle aussi.
En revanche, Lynch apporte quelques idées fortes visuellement qui, absentes du livre, en reflètent cependant bien l’esprit : ainsi lorsque Paul a ingéré l’Eau de Vie, les Vers des sables font cercle autour de lui, comme en signe de révérence. Au même moment, sa sœur Alia, sa mère Jessica et la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam, à des kilomètres de là, sont prises de saignement de nez. Quelle meilleure mise en image de la conscience collective qui relie ces personnages, et de l’apparition, chez Paul, d’une puissance supérieure, celle du Kwisatz Haderach ?

Mais ce que l’on reprochera le plus à Lynch ce sont des éléments de l’intrigue qu’il a ajouté : ainsi, les modules étranges, armes qui fonctionnent à la voix, sont une invention amusante mais inutile. Et le final, qui voit une pluie aussi miraculeuse que diluvienne, s’abattre sur la planète des sables, est trés dérangeante : Lynch a voulu un final triomphant autour de Paul élevé au rang de divinité mais la ficelle est grosse. Chez Herbert, la transformation de Dune prendra des dizaines d’années et n’ira jamais jusqu’à permettre pareilles précipitations... sans parler de l’impossibilité scientifique du phénomène.



L’IMAGE ET LE SON

L’aspect visuel du film a déconcerté. Il faut pourtant accorder à l’équipe de LYNCH une sacré audace visuelle : les salons décadents façon vieilles aristocratie d’Europe de l’Est de l’Empereur Shaddam IV, les parois de bois sculpté et les piliers médiévaux de Caladan, ou les rampes de lumières flottantes équipées d’ailes de cuivre du palais d’Arrakeen, tout le décorum du film s’oppose à l’idée préconçue d’un futur de plastique et de vinyl façon Star Wars. Il contribue a créer un univers baroque et réaliste complètement dépaysant.
Les vaisseaux spatiaux semblent désuets, curieusement rétro-futuristes. Les costumes de la Cour impériale et des Atréides rappellent ceux des films d’époque. En cela, Lynch respecte l’esprit de Dune, un univers futur où l’ordinateur est proscrit.

En revanche, les Harkonnens et la Guilde lui permettent d’exprimer des obsessions très personnelles : des personnages glauques et morbides, voire monstrueux, comme le Baron ou le navigateur de la Guilde ; le chat à traire pour obtenir l’antidote de Thufir Hawat ; l’ambiance sidérurgique, métal, cuir et vapeur de Giedi Prime... autant d’échos à Eraserhead, et aux futurs Blue Velvet et Lost Highway. Tout cela est très « lynchien », tout comme l’atmosphère très onirique, notamment rendue par les fondus enchaînés et les visions prescientes de Paul.

Le travail du son, essentiel dans le cinéma de Lynch, n’est pas en reste puisque son collaborateur habituel au sound design, Alan Splet crée ses sons de machines, de chaîne industrielles, de ventilation et de grondements sourd qui rattachent Dune au reste de la filmographie du réalisateur.
Pour la bande-originale, Lynch fait appel au groupe Toto, dont les compositions mêlent envolées symphoniques, partitions électroniques et s’autorisent même quelques notes de guitare électriques pour souligner la sauvagerie de l’affrontement entre Paul et ses ennemis. Le thème de la Prophétie, plannant et envoûtant, est signé de Brian Eno, Roger Eno et Daniel Lanois.
Autant que les décors et les costumes, la musique de Dune a été violemment critiquée à l’époque. On peut pourtant y voir, avec le recul, une remarquable audace artistique qui participe beaucoup de l’intemporalité du film.



L’INÉVITABLE RATAGE

Après un an de tournage au Mexique, et des mois de montage, Dune sort sur les écrans mondiaux. L’attente est énorme. Dans leur campagne publicitaire, les studios ont promis « Un monde au-delà du rêve, un film au-delà de votre imagination ».
Trois ans après le succès du premier Star Wars, le cinéma de science-fiction a conquis un public populaire demandeur de spectacle futuriste et de combats spatiaux. La notoriété de Frank Herbert, qui fait paraître au même moment Les Hérétiques de Dune, tome 5 du cycle, la présence de Sting, rock star rayonnante, et l’aura de David Lynch devraient pousser des milliers de lecteurs dans les salles obscures.

Pourtant, à la sortie en Décembre 1984 aux Etats-Unis [Février 1985 en France], l’échec commercial est retentissant. Dune, éreinté par la critique, déçoit tout le monde : trop compliqué pour les fans de Star Wars, trop éloigné du roman pour ceux qui ont lu Frank Herbert, et surtout, totalement incompréhensible pour ceux qui ne l’ont pas lu.

Alors, que s’est-il passé ?
Il faut savoir que Lynch n’a pas travaillé dans des conditions faciles. Le tournage au Mexique s’est révélé très éprouvant, l’équipe devant accepter la corruption des autorités locales et les dégats causés par d’authentiques tempêtes de sables ! Partageant les lieux avec le tournage d’un autre film produit par De Laurentiis [Conan le destructeur, avec Arnold Schwarzenegger], Lynch a du composer avec les moyens locaux et les directives de la production.
Il faut reconnaître enfin que le réalisateur est plus à l’aise avec les atmosphères intimes en chambre close qu’avec les mouvements de foule sur grand espace : les scènes de combats dans les dunes sont plates et manquent de spectaculaire.
Les effets spéciaux, réalisés en grande partie au Mexique pour des questions de budget, sont souvent bâclés et manquent leur objectif.


Mais l’échec de Lynch est aussi cet surtout celui de son adaptation : malgré la simplification des intrigues, malgré les voix-off, les explications de la Princesse Irulan, la scène d’exposition des principales planètes par l’ordinateur personnel de Paul au début du film, malgré tout cela l’intrigue de Dune est tout simplement impossible à suivre pour qui n’a pas lu le livre. Les personnages sont si nombreux que certains traversent le film sans rien lui apporter, comme Gurney Halleck, Duncan Idaho ou même Feyd-Rautha / Sting, qui n’entre réellement en piste que dans la toute dernière scène.
N’ayant pas le final cut du film, Lynch a du couper son montage initial [la première ébauche durait... 5 heures !] et l’on perçoit du coup des accélérations de rythme dommageables, des ellipses violentes, des raccourcis qui sème la confusion... Bref, Dune aurait mérité plus d’argent et plus de temps, la possiblité de se développer sur deux ou trois films, comme ce fut le cas beaucoup plus tard pour l’adaptation du Seigneur des Anneaux. La production n’a pas voulu prendre ce risque financier et, résultat, elle n’a jamais remboursé le film.

Voici ce que Frank Herbert lui-même en dira : « Selon moi, les gens en voulaient plus. Ce qu’ils ont vu était fidèle à mon livre même si une grande partie est restée dans la salle de montage. Les fans de Dune peuvent imaginer les scènes manquantes, mais ils attendent toujours après ces scènes. »
David Lynch, qui avait déjà commencé à travailler sur le scénario de la deuxième partie de son dyptique, basé sur Le Messie de Dune et L’Empereur Dieu de Dune, se verra sommé de passer à autre chose...


EN DVD :
> La version simple est parue en 1998 chez Universal Studio.

> L’Ultimate Edition, parue en juin 2005, est un pack de 3 DVD qui, pour la première fois, permet de redécouvrir le film dans son montage original avec une qualité d’image et de sons restaurée.

Le deuxième disque propose une curiosité : le montage de Dune réalisé pour la télévision américaine en mai 1988, en deux volets d’1H30. Cette version, qui n’a jamais été diffusée en France, comprend plus de 35 mn de séquences supplémentaires dont l’intérêt est très variable :

  • scènes intéressantes : celles qui donnent plus de champ aux personnages de Gurney, du Duc Leto et de Dame Jessica ; celles qui montrent des rituels fremen comme la fabrication de l’Eau de Vie par la noyade d’un Petit Faiseur, ou l’affrontement de Paul et de Jamis, un fremen qu’il a bousculé et qui le défie [scène qui figure dans le roman.]
  • sont plutôt inutiles des rajouts de voix-off qui cherchent à expliciter le moindre détail et à surcommenter les passages jugés "difficiles".
  • sont ridicules : les coupures, car il y en a deux : pour la télévision, la scène où le Baron Harkonnen arrache sa valve à un serviteur, et celle où il crache sur Jessica ligotée, ont été supprimées !

Pour allonger artificiellement le film, le montage réutilise les mêmes plans plusieurs fois, que ce soit pour des scènes de vaisseaux spatiaux ou des scènes de combat au sol... le tout devient extrêmement confus. Le recadrage au format 1.33 achève de défigurer le film.
Il s’agit donc bien d’un massacre et cette version de Dune n’a pas reçu l’approbation de David Lynch, qui à sa demande, ne figure pas au générique. Du coup, le film est signé du nom imaginaire de Alan Smithee [1]...

En revanche, le troisième disque propose des bonus extrêmement intéressants pour qui considère ce film comme une date dans l’Histoire de la SF au cinéma :

  • l’adaptation : Le roman adapté et Un roman inadaptable, interview de Olivier Delcroix, journaliste spécialiste de SF. Intéressants documents sur le projet abandonné de Jodorowsky.
  • le tournage : featurette, galeries de photos, interview de Lynch.
  • la promotion : trailer, bande-annonce, affiches, etc .
  • un dernier document détaille le travail de restauration.

> La mini-série américaine : écrite et réalisée par John Harrison, avec Alec Newman et William Hurt, elle a été développée pour la télévision et donne, pour le coup, plus d’espace au récit, avec au total 4H30 de film en plusieurs épisodes. Cette série, diffusée par Sci-Fi Channel [et par Canal+ en France] a rencontré un certain succès aux Etats-Unis - mais il faut bien reconnaître que la pauvre qualité de la réalisation et des effets spéciaux n’en fait pas une œuvre de référence.


A LIRE AUSSI :
> La critique du cycle de Dune de Frank Herbert


Pour les illustrations © 1984 Universal Studios


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Raté, incompréhensible, renié par son réalisateur, conspué par des génération de fans, le Dune de David Lynch demeure une date dans l’Histoire de la Science-Fiction au cinéma.
Pourquoi ? Parce qu’il ne ressemble à rien de connu. Parce qu’il recèle quelques séquences somptueuses que le cinéma de SF n’a jamais eu l’audace d’imaginer depuis. Parce qu’il a su capter une once de l’onirisme et de la spiritualité du livre de Frank Herbert.

Peut-être aussi parce qu’il était un défi perdu d’avance, un superbe ratage dont certaines fulgurances demeurent à jamais gravés dans l’esprit du spectateur.



Mr.C


NOTES

[1] Alan Smithee est le pseudonyme utilisé aux États-Unis par les réalisateurs déboutés ou mécontents de leur film. Anagramme de The Alias Men [« les hommes au nom d’emprunt » en français], sa premère utilisation remonte à 1955.