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Publié le 01/11/2009

Elantris de Brandon Sanderson

[Elantris, 2005]

ED.CALMANN-LEVY / ORBIT, OCTOBRE 2009

Par K2R2

Annoncée depuis plus d’un an mais sans cesse repoussée, la traduction française d’Elantris joue un peu les arlésiennes de la fantasy. Buzz savamment entretenu, sortie reportée alors que les épreuves étaient prêtes depuis des mois, Calmann-Levy a finalement attendu le lancement de la collection « Orbit » pour nous proposer ce roman inédit de Brandon Sanderson, scindé pour l’occasion en deux volumes.


Autrefois perle d’Arelon, Elantris n’est plus qu’une cité fantôme dont le prestige et la gloire s’étiolent au fil des ans. Fut un temps où les Elantriens assuraient ordre et prospérité sur leurs terres et suscitaient crainte et respect au-delà. Mais aujourd’hui la puissance d’Elantris est révolue. Lorsque le Shaod a frappé, les Elantriens ont perdu leur pouvoir et le flux de l’Aon Dor, qui leur permettait d’exercer leur magie, s’est tari. Autrefois, lorsque le Reod frappait un habitant du royaume d’Arelon, il faisait de lui l’égal d’un dieu, la transformation physique n’était rien en comparaison des pouvoirs incommensurables auxquels il accédait grâce à l’apprentissage des aons (une calligraphie magique que l’on dessine dans l’air à l’aide de ses doigts). Mais aujourd’hui le Shaod est devenu malédiction. Celui qui en est atteint devient mort-vivant, ses cheveux tombent, sa peau se couvre de taches noires et de pustules, son coeur cesse de battre et son sang ne coule plus. Puis il est saisi, banni et enfermé avec ses semblables entre les murs défraîchis d’Elantris. Commence alors une semi-vie qui a toutes les apparences de l’enfer car tout est en décrépitude dans la cité, les murs s’écroulent, les poutres pourrissent, la boue et la vase ont envahi les rues et les bâtiments. Et puis il y a cette faim insoutenable qui tenaille chaque Elantrien ; bien qu’inutile à la survie d’êtres physiologiquement morts, la nourriture est pourtant l’objet de toutes les convoitises. On frappe pour quelques légumes vaguement comestibles, on massacre pour quelques grammes de pain moisi, on s’entretue pour un morceau de viande séchée, chaque nouvel arrivant est sauvagement dépouillé des quelques victuailles que ses geôliers lui ont gracieusement offertes avant de refermer sur lui les lourdes portes de la cité maudite. Elantris est devenue l’antichambre de l’enfer et nulle rédemption n’est possible.

Sur le point de célébrer son mariage avec la princesse du royaume du Teod, Sarène, le prince Raoden, a tout du prétendant parfait. Beau, séduisant, adulé par le peuple, son destin est déjà tout tracé puisqu’il est appelé un jour à prendre possession du trône d’Arelon. Sauf qu’un beau matin, Raoden se trouve frappé par la malédiction du Reod. Prince ou pas, le bellâtre est expulsé manu-militari en direction d’Elantris sans que quiconque en dehors du roi et de ses conseillers les plus proches n’en soit informé. Fort heureusement, Raoden a des nerfs d’acier et des ressources insoupçonnées ; en trois coups de cuillère à pot il constitue sa propre faction, réorganise une bonne partie de la cité et cherche comme un forcené à percer le mystère d’Elantris, ou plutôt de sa déchéance inexpliquée. Pour des raisons hautement politiques, le mariage n’est pas pour autant annulé et la princesse Sarène, aussitôt mariée (par contumace pourrait-on dire) se retrouve veuve. Sans connaître l’affreux destin de son mari, elle doit donc adhérer à la thèse officielle, qui veut que ce dernier ait succombé à une maladie foudroyante. Mais c’est sans compter sur le caractère bien trempé de la belle, qui ne tient pas spécialement à passer au second plan. Dernier personnage sur lequel repose la narration du roman, le gyon Rahten débarque du lointain Fjorden avec pour mission de convertir coûte que coûte le royaume d’Arelon à la religion du Shu-Dereth. En cas d’échec, les hordes du Saint-Empire déferleront sur l’Arelon et le Teod (qui ont conclu une alliance grâce au mariage de Raoden et de Sarène) dans le but assez obscur de massacrer tout le monde.

Sur fond de guerre de religion et d’intrigues politiques classiques, Brandon Sanderson brode une histoire d’amour qui fleure bon le soap-opera, le sentimentalisme larmoyant et les grosses ficelles à l’américaine. L’ensemble est à peu près digne de la collection « Harlequin », tout en subtilité et en retenue. Honnêtement, quelques bonnes idées affleurent au milieu de cette soupe un poil insipide et on peut rendre grâce à l’auteur de nous épargner le bestiaire habituel de la fantasy ; mais hélas cela ne suffit pas. Le roman repose en grande partie sur ses personnages et Brandon Sanderson tombe régulièrement dans le piège du cliché. Que ce soit Reoden, Sarène ou bien les personnages secondaires, tous sont incroyablement stéréotypés et prêtent à sourire régulièrement tant leurs réactions sont prévisibles et attendues. Seul Rahten échappe quelque peu à cette caractérisation outrancière ; son personnage est plus subtil et surprend à plusieurs reprises. L’écriture ne sauve en rien le roman de Brandon Sanderson, le style est sans relief et la narration d’un classicisme éprouvé. Certes, tout ceci ne fait pas d’Elantris un roman honteux, mais rien ne le distingue réellement de la production moyenne dans le domaine de la fantasy. L’auteur a cependant eu la classe de s’en tenir à un one shot et rien que pour cela, il mérite toute notre reconnaissance.


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Sans aller jusqu’à dire que le roman était attendu par des hordes de fans impatients, Elantris est un livre dont on aurait aimé qu’il nous surprenne en confirmant la réputation élogieuse l’ayant précédé. L’ennui, lorsqu’on a si longtemps joué avec la patience des lecteurs, c’est qu’il faut nécessairement tenir ses promesses, sous peine de susciter l’ire du critique sinon son amusement ironique. Hélas, Elantris ne tient guère ses promesses et ce qui était annoncé comme le « meilleur roman de fantasy de ces dernières années » (dixit Orson Scott Card) n’est en réalité qu’un roman de Big Commercial Fantasy de plus. Loin d’être une horreur absolue, Elantris souffre de défauts structurels suffisamment handicapants pour que les amateurs d’une fantasy un peu plus soutenue passent leur chemin.