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en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

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Publié le 16/12/2006

« Elle qui chevauche les tempêtes » de George R. R. MARTIN et Lisa TUTTLE

[« Windhaven », 1981]

ED. J’AI LU, 2006

Par Olivier

Il est des livres qui se font attendre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que celui-ci en est un de premier choix : 18 ans pour la traduction française !

La couverture indique qu’il s’agit d’un roman, alors que nous sommes en fait dans un fix-up de trois novellas avec un personnage récurent. A quoi s’ajoutent un prologue et un épilogue.


Passées ces considérations de forme, intéressons-nous à la substantifique moelle du fond.

Cela fait 700 ans qu’un vaisseau humain s’est écrasé sur la planète où se déroule l’intrigue. Jamais nommée ni située, nous savons simplement qu’elle est avant tout aquatique, parsemée d’îles et d’îlots et battue de forts vents marins.

L’humanité s’est rapidement scindée en deux castes totalement hermétiques. La basse caste des « Rampants », qui sont souvent agriculteurs ou pêcheurs. La haute caste étant celle des « Aériens », qui volent grâce aux ailes que leur ont transmis leurs parents. On nait et on meurt dans sa caste, et seules de rares adoptions peuvent faire passer un rampant à la caste des aériens, pour peu que ses parents adoptifs n’aient pas d’enfant naturel.

C’est un peu ce qui arrive au personnage fil rouge des trois novellas, Mariss. Née dans une famille de rampants, elle ne rêve que de voler. Adoptée par l’aérien Russ, elle va pouvoir réaliser ce rêve, jusqu’à ce que le fils naturel de ce dernier devienne majeur. Dès lors, Mariss n’aura d’autre choix que de redevenir une Rampante.

La première novella raconte donc sa révolte contre le code strict de cette société féodale. Elle va tenter d’imposer son point de vue : donner les ailes aux plus méritants. Comme le monde est beau et les humains gentils [au moins dans le livre], seule [ou presque] contre tous et contre la tradition, elle va quand même réussir à l’emporter. Comme ça, juste parce qu’elle a du charisme, et que personne n’avait a priori eu l’idée avant elle.

C’est vraiment trop gentillet pour que le lecteur puisse vraiment y croire.

Avec la victoire de Mariss, on va voir fleurir les écoles d’apprentis, dont le but sera de devenir des Aériens. C’est justement le sujet de la deuxième novella, centrée sur les personnages de Mariss et surtout de Val. Apprenti hautain et cassant, ivre de revanche sociale, Val ne rêve que de s’arracher à sa condition de Rampant. La principale réussite du texte tient au punch qu’impulse la personnalité de Val, mais aussi aux conséquences de la révolution de Mariss. Les Aériens de naissance acceptent mal de devoir mériter ce qu’ils pensent leur être dû. Tout n’est donc pas si rose, mais nous sommes bien loin de la moindre noirceur, qui sied pourtant si bien à TUTTLE en solo.

Le troisième texte, le plus longuet, nous conte le déclin de Mariss, blessée suite à un accident de vol, tandis que les tensions se font de plus en plus vives entre Aériens et Rampants. Enfin vient l’épilogue et le lecteur peut clore cette science-fantasy.

Bon, finalement, qu’en penser ? Tout d’abord, que le prologue et l’épilogue sont passablement superflus. Mariss est un personnage sympathique, certes. Mais les autres personnages, si l’on excepte Val, manquent singulièrement de consistance. La psychologie des personnages, en particulier Mariss et Val, est trop basique et gentillette pour que l’on puisse vraiment s’identifier à eux. Nous sommes bien loin des personnages torturés que l’on trouve habituellement chez TUTTLE.

La société est très rapidement brossée, et aurait gagnée à être plus approfondie. Quant à la forme, en fait de roman, les trois novellas se lisent plutôt de façon indépendante, comme trois épisodes distincts, trois époques différentes de la vie de Mariss : l’enfance, la maturité et le déclin. Le roman manque donc passablement de liant.


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Nous avons donc trois novellas qui se lisent sans déplaisir, dont l’écriture et la traduction sont même agréables. Point de réflexion politique, à l’instar de Ursula LE GUIN ["Les dépossédés"], alors que le livre aurait pu s’y prêter à merveille. Nous sommes plutôt dans un divertissement vancien [du type "Un monde d’azur"].

Rien de plus qu’un bon divertissement bien gentillet, mais rien de moins non plus. Si, dans notre monde de brutes, le cœur vous en dit...