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Publié le 01/02/2009

En Panne sèche d’Andreas Eschbach

ED. L’ATALANTE, JANVIER 2009

Par Goldeneyes

Après une excursion dans la littérature jeunesse, Andreas Eschbach revient à une littérature pour adultes au travers de son dernier roman publié chez l’Atalante ce mois-ci : En panne sèche. Délaissant le cadre ou les thématiques d’une SF pure, l’écrivain explore de nouveaux horizons : celui d’une SF plus proche de l’anticipation, et en prise avec les préoccupations de notre époque contemporaine.
Plongée vertigineuse dans le monde de l’or noir...


Markus Westermann a quitté l’Allemagne pour les Etats-Unis. Jeune homme rongé par l’ambition, il n’a qu’une idée en tête : l’« American Dream », la réussite et la gloire... Il fait la rencontre de Karl Walter Block, autrichien au charisme magnétique, qui prétend être le père d’une méthode révolutionnaire de détection des champs pétrolifères. Markus, rapidement convaincu, n’hésite pas à engager la fortune de son héritage dans le projet du vieil homme. Les deux associés fondent leur société. D’abord sceptiques, les investisseurs se révèlent beaucoup plus enthousiastes lorsque la méthode Block parvient à mettre à jour une source dans le Dakota du sud, là où personne n’aurait pu en soupçonner l’existence. Dès lors, le succès de l’entreprise parait assuré...

Le rêve à portée de main pour Markus ?

A vrai dire, la route sera longue... Car le pétrole, première source d’énergie mondiale, est au centre de bien des intérêts... Et pour nos deux associés, les choses vont sensiblement se corser dès lors que leurs compétences seront mises à rude épreuve dans le désert saoudien...

Difficile de résumer en quelques lignes le contenu de ce roman fleuve qui ne laisse que peu de répit à son lecteur... Scindé en deux parties, le roman s’attelle à décortiquer sa thématique sous des angles multiples et par le biais de nombreux personnages, la première partie étant principalement centrée sur le projet de la méthode Block, et la seconde, consacrée aux répercussions dramatiques que le tarissement du puit de Ghawar [le plus vaste champ pétrolifère saoudien découvert à ce jour] occasionnerait sur la marche du monde.
Une partie « actuelle », donc, et une seconde partie plus « prospective », où Andreas Eschbach laisse libre cours à son imagination pour nous dépeindre l’inexorable dégradation de notre société, toujours avec un souci de rigueur, de réalisme, et sans catastrophisme aguicheur... Car ici, il n’est nullement question de titiller la fibre voyeuse du lecteur. Le ton est plus volontiers à la véracité scientifique. Le roman, fortement documenté, s’appuie sur de solides bases théoriques et historiques. Le lecteur profite ainsi d’un éclairage pertinent sur de nombreux pans de l’histoire de l’énergie fossile, avec à la clef la mise à nu des complexes ramifications géostratégiques nouées entre les différentes nations autour de l’or noir...
En guise d’illustrations, certains évènements décisifs de cette passionnante Histoire nous sont relatés : le pacte passé entre le président Roosevelt et le roi saoudien Ibn Saoud au sortir de la seconde guerre mondiale ; le rôle de certains grands noms de l’industrie pétrochimique [Marion King Hubbert, Friedrich Bergius, Rudolf Diesel...]. Des rétrospectives ponctuelles qui apportent au roman un arrière-plan cohérent et une épaisseur bienvenue.

Outre cet aspect didactique, le roman cultive une intrigue dont la construction et le découpage, remarquables, sont à souligner : c’est par fragments successifs que cette intrigue nous est dévoilée, et la révélation finale du lien unissant Markus à son père ne manquera pas de faire son petit effet sur le lecteur. Andreas Eschbach met en scène une impressionnante quantité de personnages, chacun porteur de sa propre destinée, mais dont les trajectoires individuelles finissent par se croiser pour former un tissu épais, une fresque de grande envergure faisant office de parfaite armature à l’écroulement du monde alentour...

Si la plume se veut lisse, édulcorée, au service d’une narration à la fois dense et dynamique, le roman n’en est pas moins parsemé de moments forts en émotions, et capturés par l’auteur avec une indéniable sensibilité : ce sont des petits épisodes d’apparence anodine, pris sur le vif, mais qui témoignent d’une profonde compréhension de l’humain : la lettre d’un fils expatrié à son père et à sa mère saoudiens en larmes ; la disparition progressive des petits commerces de village qui signent la mort inexorable d’une communauté ; ou encore, l’acharnement d’un homme en qui personne ne veut croire mais dont l’obstination finit par être récompensée... Autant de petites mosaïques lumineuses qui éclairent le récit d’une touche profondément humaine et qui nous confirment, si besoin était, qu’Andreas Eschbach appartient définitivement aux grands écrivains de sa génération...


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Roman fleuve, thriller environnemental de la plus belle facture, fresque contemporaine haletante et addictive qui n’est pas sans jeter sur notre société de consommation un regard aussi acéré que lucide, En Panne Sèche signe le grand retour d’Andreas Eschbach. En refermant le roman, on se surprend à ne souhaiter qu’une seule chose : qu’En Panne Sèche ne relève pas du registre prémonitoire auquel, en son temps, un Naufrage du Titan de Morgan Robertson [roman qui prévoyait le naufrage d’un navire similaire au Titanic, paru en 1898] a appartenu...