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Publié le 01/01/2000

« En des cités désertes » de Lewis SHINER

[« Deserted cities of the heart », 1988]

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, 2001

Par K2R2

Deuxième roman de Lewis SHINER, qui s’était déjà distingué avec un pur roman de science-fiction intitulé Frontera, En des cités désertes [dont le titre est directement inspiré par une chanson du groupe Cream] marque un tournant dans la carrière de l’auteur américain.
SHINER déploie un univers personnel en plein épanouissement, habile mélange de roman psychologique aux personnages très travaillés et de roman d’aventure digne des meilleurs épisodes d’Indiana Jones, l’humour en moins.
Fidèle à sa marotte, SHINER introduit quelques références fort bienvenues au rock des seventies, réussissant le tour de force d’inviter Jimi Hendrix au détour du récit...


Récit quadriphonique, pas forcément aussi équilibré qu’on pourrait l’attendre, En des cités désertes alterne les points de vue des quatre protagonistes principaux. John Carmichael est un jeune journaliste envoyé en reportage au Mexique par le magazine américain Rolling Stones ; dans la région du Chiapas, située au Sud du Mexique, la guerilla fait rage - c’est un terrain idéal pour un journaliste ambitieux. Carmichael y rencontre Clara, chef d’une faction rebelle.
Thomas est un archéologue américain proche de la quarantaine. Passionné par l’histoire et la chute de la civilisation maya, il a mené des recherches importantes dans les ruines d’une ancienne cité, avant que les crédits lui soient coupés.
Lindsey est la belle-soeur de Thomas. Après la disparition d’Eddie, le frère de Thomas, un ancien guitariste de rock devenu totalement dépressif, ils cessèrent quasiment toute relation, jusqu’au jour où, en feuilletant un magazine, Lindsey tombe sur une photo prise par Carmichael, sur laquelle elle aperçoit Eddie en compagnie d’un groupe d’indiens lacandons. Lindsey contacte Thomas au Mexique et les deux jeunes gens partent à la recherche d’Eddie...

Evidemment rien n’est simple, la région est politiquement très instable car le mouvement néo-zapatiste n’est encore qu’une mosaïque de groupuscules opaques et violents. La corruption ronge l’administration fédérale et la plupart des sphères du pouvoir, sans compter les mercenaires recrutés par le gouvernement, qui traquent les rebelles.

Sur cet arrière-plan politique se greffent des éléments clés de l’histoire et de la religion maya, car tout se déroule sur le territoire des indiens lacandons, derniers descendants des Mayas et dépositaires d’un savoir ancestral. SHINER tisse une toile entremêlant habilement passé et présent, dressant un parallèle entre la chute de la civilisation maya [à laquelle il donne une explication discutable, mais presque amusante], la révolte néo-zapatiste du Chiapas et la mythologie indienne. L’ambiance est on ne peut plus apocalyptique.

A vrai dire, tout ceci est assez éloigné des préoccupations de la science-fiction, tout juste peut-on déceler à travers le récit un léger vernis fantastique, ce qui permet au roman d’être publié dans la collection Lunes d’encre.
En des cités désertes est un roman solide, à l’écriture soignée mais au lyrisme mesuré. SHINER a su doser la plupart des ingrédients sans jamais tomber dans le mysticisme New Age ou l’action débridée. A l’occasion la violence se déchaîne, mais sans excès et parfois même de manière clinique, contrastant avec la sensibilité exacerbée de personnages à fleur de peau.
Quelques stéréotypes traînent sans doute ici et là, mais ils sont parfois des expédients nécessaires au romancier. Tout juste peut-on reprocher à ce roman d’être trop proche de Fugues dans sa manière d’aborder le récit par la lorgnette psychologique, à travers une série de personnages finalement assez proches.


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Mais en dépit de ces similitudes, En des cités désertes n’est pas un brouillon de Fugues. Et il ne s’agirait pas de bouder notre plaisir : Lewis SHINER est un bon romancier et En des cités désertes, à défaut d’être un chef d’oeuvre, est tout de même une oeuvre fort recommandable.