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Publié le 01/04/2007

« Enchantement » de Orson Scott CARD

[« Enchantment », 1999]

ED. L’ATALANTE, 2000 - REED. POINTS FANTASY, 2007

Par Ubik

Oui, je sais. Orson Scott CARD n’est plus vraiment un auteur attendu avec impatience. On s’est un peu lassé des déclinaisons en rafales d’Ender, on s’est agacé du prêchi-prêcha d’Alvin Le Faiseur.
Cependant, il fut un temps où l’auteur de « Les Maîtres chanteurs » savait nous émerveiller, voire nous émouvoir. Il fut un temps où le conteur dominait le moralisateur. Première bonne nouvelle, « Enchantement » renoue avec cette première époque. Seconde bonne nouvelle, ce roman qui date de 1999, n’est pas le premier épisode d’un nouveau cycle interminable - ce qui compte beaucoup pour le lecteur en quête de temps de lecture.


Le point de départ de « Enchantement » évoque furieusement le conte « La belle au bois dormant ». L’argument initial est d’ailleurs le même : une jeune femme est plongée dans un sommeil magique et attend le baiser d’un preux chevalier pour se réveiller, convoler en juste noce et enfanter une descendance, forcément prolifique, avec lui.
Bon, la comparaison s’arrête là car la couche de la princesse se trouve sur un piédestal au milieu d’une fosse gardée par un ours affamé. De surcroît l’action se déroule en Ukraine et aux Etats-Unis, tout en naviguant entre deux époques distantes d’un millénaire entier. Enfin le chevalier est incarné par un jeune étudiant en littérature qui s’est spécialisé dans les contes slaves et pratique un peu l’athlétisme.

Pour échapper aux griffes de l’ours, ce jeune homme qui s’appelle Ivan, délie l’endormie qui répond au prénom de Katerina, de son charme somnifère... mais, ce faisant, il se lie à elle par la promesse d’un mariage. Cette promesse, il doit la tenir pour retrouver sa liberté. Car la belle ne tarde pas à l’emmener avec lui, mille ans dans le passé dans son royaume slave de Taïna.
L’ennui c’est que le couple déchante rapidement : Ivan et Katerina ne disposent vraiment pas de la même échelle des valeurs. Il faut dire qu’en mille années, beaucoup de choses changent, voire disparaissent. Ivan accumule donc les erreurs et Katerina le considère de plus en plus avec mépris. Pour un peu, elle lui balancerait bien le soulier de vair, si elle en était chaussée, en travers de la figure. Bref, la formule consacrée ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants a du plomb dans l’aile...

Katerina ne songe désormais plus qu’à se débarrasser de ce promis quelque peu gringalet et irrespectueux des règles médiévales de la bienséance. Quant à L’à peu-près chevalier, il se détourne de la bagatelle et se consacre à l’étude du folklore de l’époque - ça tombe à point, c’est son sujet d’étude - que les réécritures postérieures et les invasions successives n’ont pas encore déformés. Pendant ce temps, la sorcière Baba Yaga, à l’origine de l’ensorcellement de Katerina, fourbit ses sorts afin d’empêcher la consommation d’un mariage qui lui ôterait toute possibilité de régner sur le petit royaume slave oublié de Taïna.

« Enchantement » est un roman agréable à lire et finalement fort drôle. Orson Scott CARD trousse dans un style enlevé une fantasy très distrayante. Le récit abonde en quiproquos croustillants générés par le choc des époques. Sur ce point, la reconstitution du monde slave au XIème siècle montre même un effort de documentation méritoire. Mais il serait malvenu de suggérer que « Enchantement » est un roman historique car le récit use essentiellement des ressorts du conte, tout en les détournant subtilement. Ainsi l’aspect effrayant de la malveillance de la sorcière Baba Yaga est-il totalement gommé au profit de ses relations particulières avec l’Ours qu’elle a ensorcelé, ours dont la divinité ne l’empêche pas de formuler ses avis très cyniquement. Les effets pyrotechniques sont délaissés - ce dont on ne se plaindra pas - au bénéfice d’une magie de nature plus discrète et malicieuse.

En grattant sous le vernis du folklore russe et juif, on perçoit également une réflexion plus profonde sur la mémoire et la survie de la culture donc de l’identité d’une civilisation, à travers cette mémoire. D’une manière plus moralisatrice [et peut-être plus discutable ?], Orson Scott CARD prêche une fois de plus pour le respect des différences et pour un retour vers des valeurs plus communautaires.


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« Enchantement » est donc une bonne pioche pour qui désire se distraire sans s’engager trop longuement. C’est une lecture rafraîchissante qui révèle également, de manière inattendue, un peu de profondeur.