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Publié le 15/02/2007

« Ender Wiggin, Premières rencontres » d’Orson S. CARD

[« First Meetings », 2002]

Par eleanore-clo

Avec ce recueil de nouvelle, Orson Scott CARD poursuit son exploration de l’univers d’Ender. Quatre nouvelles composent le recueil dont la célébrissime « Ender’s game / La stratégie Ender » qui est le point de départ du roman primé par le Hugo 1986 et le Nebula 1985.


  • « La stratégie Ender » [« Ender’s Game »]
  • « Petit Polonais » [« The Polish Boy »]
  • « L’étudiant » [« The student »]
  • « Conseiller financier » [« Investment Counselor »]

Dans le premier récit, la terre est menacée par une race extraterrestre, les doryphores. Dans un ultime effort, l’humanité se met à la recherche d’un nouveau génie militaire, d’un stratège capable de défaire un ennemi mille fois plus puissant. Le salut viendra du modèle antique et plus particulièrement de la reproduction de l’éducation d’Alexandre le Grand. Les enfants les plus prometteurs de leur génération seront regroupés dans une école militaire pour surdoués et le plus brillant de tous, Andrew, bientôt surnommé Ender, prendra la tête de la flotte terrestre et sauvera notre civilisation.
Trois nouvelles complètent l’ouvrage. Les deux premières cèdent à la mode des « prequels », elles content l’enfance du père d’Andrew, Jean-Paul, et sa rencontre avec la future mère d’Ender, Theresa. La troisième brosse le premier contact entre Andrew et Jane, l’intelligence artificielle la plus sexy et la plus humaine de toute la galaxie !

Que dire d’un tel recueil ? CARD y donne le meilleur comme le pire !
Le meilleur tient bien évidemment à « Ender’s Game », nouvelle haletante, parue initialement en 1977 et où l’auteur transcende l’usage des jeux vidéo qui démarraient alors leur prodigieuse carrière. L’auteur persévéra car il contribuera activement, quelques années plus tard, au développement de jeux !
Le récit est une exploration superbe du thème de l’enfance intelligente. Là où Theodore STURGEON explore l’enfance modeste, pauvre, CARD dissèque au scalpel, la vie des surdoués. Il martèle sans fin que les dons ont un prix terrible : Ansett, Alvin et Ender payent leur pouvoir absolu d’une responsabilité écrasante, de la perte de tout contrôle sur leur destin.

Le « Petit Polonais » est une très belle histoire. Le clin d’œil à Jean-Paul II et la revendication d’un droit à la religion et à la libre procréation ne surprendront personne. Ne l’oublions pas, Card a longtemps été un prêcheur mormon de Salt Lake City. Il est de plus le père d’une famille nombreuse.

« L’étudiant » est une nième illustration des convictions féministes de l’auteur. Aussi surprenant que cela puisse paraître, notre adepte de l’Église de Jésus-Christ et des Saints des Derniers Jours, recherche dans l’épouse une égale, une compagne au quotidien. La mère d’Ender est donc elle aussi une surdouée, au caractère affirmé.

« Conseiller financier » est une fable, un conte dont la morale est peut être que l’ami se cache là où on ne le pense pas et que la communion d’esprit est bien plus importante que les différences de peau ou de race. Jane sera l’amie intime d’Ender, celle qui l’acceptera tel qu’il est, qui l’aimera avec ses qualités comme ses défauts.

Un Card génial alors ?

Pas sûr ! Trois défauts majeurs me semblent traverser le livre. D’une part, les dialogues des textes les plus récents de CARD sont lourds. A force de creuser les idées, d’en présenter toutes les facettes, de montrer que chaque argument peut être retourné, nous quittons la rhétorique pour, oserais-je le dire ( ?), aborder le « pinaillage ».
Le thème de l’eugénisme est aussi très inquiétant : les enfants doués se marient entre eux et engendrent des enfants encore plus doués.
Enfin, l’administration fiscale est présentée sous un angle très critique : corruption, inégalité des traitements entre les riches et les pauvres...

Enfin la traduction de Florence Bury ne m’a pas fait grande impression. Bien que ne disposant pas des textes américains, j’ai essayé de comparer la traduction de « Ender’s Game » de Luc Carissimo (recueil Sonate Sans Accompagnement paru chez Denoël) et celle de Mme Bury. Il n’y a pas photo. La première me esmble plus fluide et fait preuve d’une certaine qualité littéraire, hélas absente de l’édition de l’Atalante.


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Je crois cependant qu’il ne faut pas s’arrêter là. CARD reste un auteur majeur des années 1980. Son ton est nouveau. Il a été le premier écrivain « moral » de la science-fiction [nous sommes responsables de nos actes]. Il fait constamment appel à notre intelligence et chacun de ces textes mérite réflexion.

Les nouvelles de ce recueil sont courtes, bien menées, et permettent de s’affranchir de la lecture de ce Cycle sans fin et dont la qualité se dissout progressivement depuis la parution de la trilogie originale.