EN BREF

 
SYNDICATION


Suivez le Cafard cosmique sur Twitter

Devenez Fan du Cafard cosmique et suivez toute l’actualité du site sur Facebook

Flux RSS 2.0 : pour afficher toutes les nouveautés du site par syndication.

netvibes : cliquer ici pour ajouter le flux RSS à votre page netvibes.


 

A VOIR AUSSI

 
 

A VOIR AUSSI

 
 

Les écrivains de science-fiction n’ont pas si souvent la parole... Richard Comballot est allé à la rencontre de huit d’entre eux. Résultat : un portrait impressionniste de la science-fiction française, mouvante, contradictoire, provocante, parfois touchante… Des « voix du futur » qui forment autant de portraits d’artistes.


En lisant Voix du futur, on sent que le travail d’interview se prépare sur le long terme et nécessite du temps. Les auteurs jouent le jeu. Vous sélectionnez néanmoins les passages significatifs ou vous laissez volontairement les éléments plus anecdotiques pour aérer l’ensemble ?

Le temps joue effectivement, vous l’avez compris, un rôle important dans cette série d’entretiens avec les auteurs français de science-fiction. Série que j’ai relancée vers 2000-2001, dont une partie vient de paraître dans le cadre de Voix du futur, et qui devrait se poursuivre jusqu’en 2015 environ. Le temps est incontournable, à toutes les étapes du process : d’abord, temps de lecture et de relecture, de recherches, de préparation du questionnaire. Ensuite, temps passé avec l’auteur pour enregistrer son interview puisque je continue de travailler « à l’ancienne », micro en main, et non par échanges de mails successifs, comme tout le monde le fait aujourd’hui ; deux demi-journées s’avèrent souvent nécessaires, et les auteurs et leurs familles « jouent le jeu », pour reprendre votre expression. Enfin, temps pour la mise sur le papier du contenu des cassettes : jusqu’à douze heures de bandes à chaque fois. Chaque rencontre nécessite par conséquent plusieurs mois de travail, mais c’est le tarif si vous voulez essayer d’aller au fond des choses, de présenter une œuvre ainsi que son auteur et l’être humain qui demeure caché derrière.
Je réalise peu d’interviews différemment. Il m’arrive cependant de temps en temps, pour Galaxies par exemple, de réaliser des interviews plus courtes, plus ramassées, pour des auteurs que j’ai déjà interviewés en long, en large et en travers, quelque temps auparavant, et auxquels je ne peux pas reposer les mêmes questions. J’essaye à ce moment-là de procéder autrement.
Pour répondre à la deuxième partie de votre question, je ne calcule rien et ne cherche pas à obtenir a posteriori un équilibre entre temps forts et temps faibles, en effectuant par exemple un montage à partir de la matière brute constituée par les heures d’enregistrement. Tout au contraire : vu que les revues qui prépublient les entretiens me laissent toute latitude, j’essaie de conserver le maximum de nos échanges et n’effectue des coupes que lorsque cela s’avère nécessaire, lorsque l’auteur ou moi-même nous répétons ou tombons dans le hors-sujet. Au final, j’obtiens des entretiens assez compacts qui s’équilibrent d’eux-mêmes, parce que s’appuyant sur une structure, une colonne vertébrale qui est toujours la même et qui fait que je ne m’éloigne jamais de mon sujet. Cette structure permet de voyager dans l’espace et dans le temps, et de demeurer dans une démarche qui est à la fois micro et macro. « No limit » est mon credo !

Exercice de style, interview à la Comballot : parlez-nous de votre enfance, quand êtes-vous tombé dans la science-fiction, pourquoi cette fascination pour cette littérature plus qu’une autre ?

Je suis né en 1965 à Grenoble et ai grandi dans les années 1970, dans une petite ville du Midi. Père représentant puis artisan-commerçant, mère au foyer. Classe moyenne, peu d’argent à la maison, mais cadre idyllique et ensoleillé. Mes frère et sœur étant nettement plus âgés, je me retrouvais souvent seul à la maison et la lecture a rapidement joué un rôle important dans ma vie, de même que la télévision. Mes parents étaient l’un comme l’autre lecteurs, mon père de polar et d’espionnage, ma mère de littérature générale. À la maison, ça allait de Zola à Sagan, en passant par OSS 117 et les best sellers de l’époque, Joffo, Denuzière et bien d’autres… mais pas de SF ni de fantastique. Il y avait même de ce côté-là une sorte d’allergie, à part peut-être pour Jules Verne qui était un auteur sérieux aux yeux de mon père. Ce dernier avait par ailleurs essayé la collection « Anticipation » avec quelques romans et n’y avait pas pris grand plaisir… Ma mère achetait peu de livres et allait chaque semaine à la bibliothèque municipale. Je l’accompagnais et furetais dans les rayons, dès l’âge de six ans, si bien que j’ai toujours été sensible aux livres. Dans ce contexte, l’imaginaire m’a toujours accompagné, dès mes premiers albums illustrés en fait, dont certains flirtaient plus ou moins directement avec la fantasy. Je me souviens notamment d’une histoire d’elfes intitulée La Clé magique. Cela étant, le premier vrai choc a été esthétique et visuel, à travers la bande dessinée : j’ai d’abord découvert Strange, vers 1971, avec les premiers X-Men, Spiderman, Iron Man et Daredevil : une claque énorme ! Puis, en primaire, de nombreuses bandes dessinées de qualité diverse : Le Journal de Mickey, avec Guy l’Éclair et Mandrake le magicien, les comics de chez Aredit et Artima (Il est minuit, La Maison des sorcières, Kamandi, Dracula, Étranges Aventures, Hallucinations…), des séries telles que Le Fantôme du Bengale, puis des albums signés Jacobs (Le Rayon U et Le Secret de l’espadon), les Valérian, les Yoko Tsuno. Pour le reste, j’aimais beaucoup aussi les fumetti, les histoires de jungle façon Tarzan (Zembla et Akim), le western, des trucs comme Blek, Kiwi, Captain Swing, Rodéo. Et les récits de guerre façon Buck Danny. Du moment qu’il y avait de l’aventure, ça me convenait. J’essayais dans le même temps de regarder à la télé tout ce qui ressemblait à de la SF ou à du fantastique, parce que j’aimais ça, sans trop savoir pourquoi : Les Envahisseurs, Cosmos 1999, Au-delà du réel, Au cœur du temps, Le Prisonnier… Et les rares films qui passaient : La Planète des singes, Le Survivant, La Guerre des mondes, Le Voyage fantastique, Frankenstein… Dès que je lisais dans les colonnes du programme télé les mots « planète », « étoile » ou « fantôme », j’étais en transe !

En ce qui concerne la littérature, les choses se sont faites par étapes. J’ai très peu lu jusqu’en Cinquième, mon seul souvenir marquant antérieur à mon entrée en Sixième étant relatif à la série Fantômette que j’adorais. Au collège, en revanche, tout a démarré en trombe autour de trois axes : Jules Verne, dans des rééditions illustrées par les gravures d’origine ; la collection « Anticipation » du Fleuve Noir, surtout la période petites fusées et couvertures de René Brantonne : B.R. Bruss, Maurice Limat, Jean-Gaston Vandel… ; des classiques du roman populaire tels que H. G. Wells, Agatha Christie, Edgar Poe, Conan Doyle, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Sax Rohmer, James Bond, San Antonio… Marcel Pagnol, aussi… Sans oublier la fameuse collection « Angoisse » et les superbes couvertures de Michel Gourdon. Un peu plus tard, en classe de Seconde, j’ai découvert par hasard la fameuse collection « Le Livre d’Or de la science-fiction » de Jacques Goimard chez Presses Pocket, et comme je ne lisais au Fleuve Noir que des auteurs français, j’ai trouvé naturel d’aller chercher dans cette collection les rares volumes consacrés aux auteurs nationaux, en l’occurrence Philippe Curval et Alain Dorémieux. J’ai enchaîné les Curval (Le Ressac de l’espace, L’Homme à rebours), puis j’ai découvert Tolkien, Moorcock, Van Vogt, Farmer, Dick, et je n’ai rapidement plus lu que des textes publiés dans les « grandes » collections. Enfin… celles que je pouvais m’offrir avec le peu d’argent de poche que je recevais ou gagnais : J’ai lu, Presses Pocket, Lattès, Denoël. J’ai commencé à lire aussi des revues de BD telles que Métal Hurlant et Ère Comprimée, quelques rares numéros de Fiction, Futurs, SF & Quotidien. Vers seize ans, j’ai découvert la small press, les fanzines, et j’ai souhaité monter une revue entièrement dévolue aux auteurs français, dont j’avais bien compris qu’ils ne disposaient pas de beaucoup de supports. J’ai commencé à établir des contacts, à récolter des textes, mais comme je n’avais pas d’argent pour payer l’imprimeur, les choses ont un peu traîné et j’ai proposé ma plume pour des interviews (déjà !) et des critiques aux quelques supports professionnels existants. C’est ainsi que j’ai publié à dix-sept ans mes premiers textes dans la revue de BD Ère Comprimée et que j’ai fait mon entrée à dix-huit à Fiction (dans le dernier numéro dirigé par Alain Dorémieux, coup de pot !) et à L’Écran Fantastique. Je n’ai depuis jamais arrêté.
Alors, pourquoi cette fascination ? Je n’en sais rien… Je suis tombé dans la SF et le fantastique à un âge où l’on ne réfléchit pas, où l’on suit ses pulsions, son plaisir. Et j’avais beau aimer l’aventure, le western, les histoires de pirates, de capes et d’épées, rien ne valait à mes yeux le décalage et l’ivresse que procuraient les littératures de l’imaginaire…

Vous essayez de rendre le côté « humain » de l’auteur, plus que son côté « écrivain ». Un parti-pris intéressant, mais qui risque de partir dans tous les sens. Comment vous organisez-vous ?

Sans vouloir jouer sur les mots, je n’ai pas le sentiment de rendre « davantage » le côté humain, mais de le rendre « autant ». C’est entre parenthèses totalement voulu et assumé. Parce que lorsque je lisais dans les revues de SF des interviews, je ressentais toujours une certaine frustration : si on y parlait abondamment du dernier livre publié, on parlait peu des précédents, et pratiquement pas de l’auteur. D’où venait-il, quels étaient par exemple son parcours, son histoire familiale, son trajet d’écrivain, son projet, ses passions ? Mystère. C’était occulté. J’ai, du coup, souhaité, à travers mes propres interviews, rectifier le tir et faire découvrir réellement les auteurs de SF. Mais les choses ne se sont pas faites en cinq minutes : mes interviews des années 1980, bien qu’allant déjà dans cette direction, ne poussaient pas les choses aussi loin, et le point de départ se confondait souvent avec les débuts en écriture. Lorsque je suis revenu aux interviews en 2000, c’était avec l’envie de partir du milieu familial et de l’enfance. Je n’ai pas, depuis, dérogé à la règle, sauf, comme je l’ai dit, pour des entretiens plus courts, plus ramassés, qui ne font pas vraiment partie de la série.
Est-ce que pour autant je pars dans tous les sens ? Je ne le pense pas. Tout simplement parce que le questionnaire respecte un axe chronologique duquel je ne m’éloigne jamais. Tout est mixé, classé, et, au final, on doit pouvoir lire chaque entretien comme une histoire ayant un début, un milieu et une fin, quand bien même elle est provisoire. Tout est structuré et j’improvise assez peu. On y retrouve d’ailleurs beaucoup de questions communes pouvant permettre à qui le souhaiterait de comparer les réponses faites et d’en tirer éventuellement des conclusions. Y a-t-il un sociologue dans la salle ?!

Vous qui avez interviewé plusieurs générations d’auteurs, quel regard portez-vous sur la SF d’aujourd’hui ?

Ough ! Ça, c’est la question qui tue ! Déjà, je commencerai par dire que je n’ai interviewé jusqu’ici que des auteurs français, ce qui permettra de resituer mon champ d’intervention et de compétence. Cela étant… J’ai le sentiment, partagé par beaucoup d’auteurs et d’observateurs, que la SF se situe à un carrefour important de son histoire. Si les littératures de l’imaginaire se portent globalement bien, tractées par un cinéma populaire de qualité, si la science-fiction a rencontré le réel et est présente partout (cinéma, publicité, bande dessinée), elle n’en demeure pas moins le parent pauvre en ce qui concerne le romanesque. Il suffit de jeter un œil sur les tables des librairies pour constater que le gros de ce qui se publie relève de la fantasy et du fantastique (les vampires, depuis quelque temps). La SF ambitieuse, elle, est globalement en voie de disparition, la SF ballardo-dickienne en voie de « classement ». Les meilleurs auteurs du genre sont marginalisés. Pour preuve, l’intégrale des nouvelles de Ballard paraît chez Tristram, hors-collection donc. Celle de Sturgeon, que Jacques Chambon devait sortir chez Flammarion, n’est toujours pas publiée, sans doute jugée trop casse-gueule sur un plan commercial. Les derniers romans de Spinrad sortent chez Fayard, en littérature générale. Le Dhalgren de Delany, que l’on attend depuis plus de trente ans, est annoncé chez un petit éditeur non spécialisé. Idem pour l’œuvre de Lafferty. Jeter a disparu corps et biens. Shepard ne voit pratiquement aucun de ses ouvrages récents traduits en langue française. Pour ce qui est des nouveaux auteurs, je suppose qu’il y en a de très bons aux États-Unis et en Angleterre, mais ils sont peu traduits, juste une poignée de titres en grand format, chez Laffont et Denoël. Quant aux éditeurs indépendants de qualité, tels que Le Bélial’, Les Moutons Électriques ou La Volte, ils publient de très bonnes choses, mais n’ont que rarement les moyens de financer des traductions ; ils font donc assez souvent du patrimonial, des rééditions augmentées, des éditions « définitives », et sont prêts à accueillir les auteurs français : une situation relativement nouvelle, si on la compare à celle qui existait il y a vingt ou trente ans. Aujourd’hui, avec le tassement général des ventes, ils préfèrent vendre mille exemplaires d’un autochtone que mille cinq-cents d’un Américain qui leur aura coûté une fortune à traduire ; surtout que l’on a actuellement tendance à écrire de gros livres ! Sur le papier, la situation n’a donc peut-être jamais été aussi favorable pour nos auteurs.
Malheureusement, en pratique, la fantasy et surtout la littérature jeunesse, bien plus porteuses financièrement que la SF, ont créé un appel d’air et tous nos auteurs de talent se sont fait emporter. Conclusion : la SF dans son ensemble est redevenue une littérature de niche destinée aux intellos et la SF française en particulier une littérature en voie de disparition. C’est la vie… Et ça peut revenir, qui sait…

Quels auteurs avez-vous sous le coude pour la suite ?

Pour interviews ? Jacques Goimard, Jérôme Noirez et Christian Léourier seront mes prochains interviewés dans Bifrost. C’est déjà enregistré. Pour ce qui est des anthologies, des collectifs et des différents recueils que je prépare, je travaille avec pas mal de gens, et plusieurs volumes sont à paraître dans les mois à venir : À l’est du Cygne, le best-of de Michel Demuth, au Bélial’ ; Le Landau du rat, de Jacques Barbéri, à La Volte ; sans oublier La Musique de la chair, un petit recueil SF bien barré, de Daniel Walther, chez nos amis de Rivière Blanche.

Et le Comballot écrivain ?

Il se repose ! Après avoir publié une petite dizaine de nouvelles professionnellement entre dix-sept et vingt-trois ans, j’ai considéré qu’il valait mieux laisser la fiction à ceux dont c’était la spécialité, pour mieux me concentrer sur mes activités éditoriales, pour l’essentiel anthologies, recueils et interviews. Ces dernières années, je n’ai fait que co-écrire deux nouvelles, avec deux de mes meilleurs amis : Daniel Walther et Jacques Barbéri. Et c’est très bien ainsi…


PAT