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Publié le 28/08/2010

Et qu’advienne le chaos de Hadrien Klent

ED. ATTILA, 2010

Par Ubik

Michael Korta travaille pour la branche « Identification » de l’entreprise américaine Biometrics Inc. Accessoirement, il n’aime pas ses collègues, ni ses voisins et son épouse. D’ailleurs, il déteste l’humanité dans son ensemble et rêve d’être le dernier homme sur Terre.
Responsable du programme de reconnaissance des iris – l’œil ouvre des perspectives bien plus intéressantes que les empreintes digitales –, il entre en contact avec une jeune scientifique londonienne, se servant de ses recherches pour réaliser son souhait.


« Comment va le monde ?
Il s’use en vieillissant. »

Qui n’a pas rêvé un jour d’effacer l’existence de son voisin ou de tout autre fâcheux ? Non pas de manière vulgaire, celle animant les pages faits divers, mais d’un simple clignement de paupière.
Qui n’a pas envisagé l’éradication de l’espèce humaine ? Les raisons ne manquent pas, justifiées ou non. Il suffit d’allumer la télé ou la radio, de se connecter sur le net, de lire la presse ou plus simplement de se frotter au quotidien avec son prochain pour se convaincre de la nécessité d’agir. Avec pour corollaire, le désir d’être le dernier à disparaître. Car bien sûr, on n’est pas responsable de tout ce bruit blanc. On n’est pas partie prenante de cette comédie humaine. Et puis, il serait dommage de ne pas jouir du spectacle.

Depuis Timon d’Athènes, la littérature abonde en misanthropes soucieux de se tenir à l’écart des jeux et enjeux d’un monde qu’ils exècrent. Reclus dans leur tour d’ivoire, ils toisent leurs alter ego, les jugeant au mieux méprisables, au pire prêts pour l’extinction de masse.
La pièce éponyme de Shakespeare, pas la plus connue, sert ici de fil directeur à un roman oscillant entre thriller et science-fiction. Hadrien Klent s’en inspire, empruntant son titre à une citation de la pièce de théâtre, mais surtout reprenant sa thématique principale : la misanthropie. Le propos satirique chez Shakespeare devient avec Hadrien Klent le sujet d’une fiction spéculative teintée à l’occasion d’une légère coloration ballardienne.

Si le sujet suscite l’intérêt, il faut reconnaître hélas que le traitement ne convainc pas complètement. Sur le plan formel, on peut trouver à redire de la structure du roman. Les quarante premières pages, sèches et impersonnelles, exposent de manière chronologique une série de faits. On est informé de l’enfance de Michael Korta, de ses motivations et des prémisses de l’histoire. Ce prélude trop factuel, trop clinique, trop artificiel, tranche avec la suite du roman beaucoup plus fluide.
L’intrigue tient en 250 pages. Si cette concision ne nuit pas au rythme, bien au contraire, elle se fait au détriment de la psychologie des personnages. Ils manquent d’épaisseur. Dommage, car Hadrien Klent nous propose un échantillonnage d’individus singuliers, marqués à la fois par des fêlures intimes et un rapport au monde particulier. Entre le psychanalyste convaincu qu’il lui faut lécher les choses pour être certain de leur réalité, le comédien exposé au regard du public, la jeune scientifique désavouée par ses pairs en raison du caractère hétérodoxe de ses recherches, son petit ami collectionneur de moulages de mâchoires – sa préférée étant celle de Staline –, l’avocat altruiste, plus attaché au devenir de ses clients sans-papiers qu’à celui de sa famille, il y avait matière à développer un roman beaucoup plus dense. Hadrien Klent fait le choix de la synchronicité. Il survole toutes ces tranches de vie. Il juxtapose puis entremêle progressivement les itinéraires des uns et des autres. Il alterne les points de vue. Tout au plus se contente-t-il de broder en cours de route une romance qui hélas sonne comme une bluette pour midinettes.

« L’humanité est composée d’une série de calques qui se superposent les uns aux autres. Il y en a un nombre fini, plus d’une centaine de millions, peu importe. Ce qui compte, c’est que chaque personne, vous, moi, appartient à un calque en particulier. Il partage ce calque avec d’autres humains : chaque calque peut regrouper entre 1 et 99 personnes. »

Hypothèse science-fictive par excellence, la théorie des calques fournit l’argument de départ et les ressorts d’une intrigue tendue et ne ménageant que peu de temps morts. Certes, il ne faut pas trop chercher à la rationaliser. Toutefois, cette science imaginaire s’intègre de façon très cohérente à l’histoire. Suffisamment pour que l’on puisse suspendre son incrédulité.


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En dépit des choix narratifs de Hadrien Klent et des quelques faiblesses signalées ci-dessus, Et qu’advienne le chaos est un premier roman accrocheur qui tient toutes ses promesses.

« Il s’approche de la foule. Il se mêle à la foule. Il disparaît dans la foule. Il fait partie de la foule. »