EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Première publication le 20/03/2006
Publié le 17/10/2007

« Etat d’urgence » de Michael CRICHTON

[« State of fear »]

ED. ROBERT LAFFONT, JANV. 2006 - REED. POCKET THRILLER, OCT. 2007

Par K2R2

Cher lecteur du cafardcosmique, avant d’aller plus loin, sache que cette chronique est un tissu de propagande hautement écologiste, un brûlot écolo à la gloire de mère gaïa et des thèses les plus farfelues pour la sauvegarde des pandas chinois. Ceci dit, afin de devancer les esprits chagrins qui m’accuseraient de propagande, nous pouvons passer aux choses sérieuses et démolir cette magnifique entreprise qu’est le dernier roman du sieur CRICHTON. Un pavé hautement contaminé par les thèses négationnistes des lobbies anti-écolo où l’auteur tire à boulet rouge sur tout ce qui touche de près ou de loin à la question du réchauffement climatique [et accessoirement sur d’autres sujets], avec une mauvaise foi consternante et des arguments pour le moins fallacieux. Une escroquerie intellectuelle vendue 22€ et qui s’est écoulée à plusieurs millions d’exemplaires outre-atlantique.


En France, en dehors de quelques articles isolés, la polémique n’a pas eu les honneurs des grandes tribunes médiatiques, mais aux Etats-Unis la lutte entre les partisans des thèses alarmistes sur le réchauffement climatiques et leurs détracteurs fait rage depuis déjà plusieurs années. On a pu en avoir un léger aperçu dans notre pays avec la publication il y a deux ans d’un essai du statisticien danois Bjorn LOMBORG.
Intitulé L’écologiste sceptique, ce livre était censé tordre le coup à un certain nombre d’idées reçues concernant l’écologie. Si sur certains points cet essai s’avére pertinent, il n’en demeure pas moins qu’il fait montre d’un incroyable cynisme et ne prend en compte que des considérations purement statistiques, faisant fi du facteur humain.
Une philosophie que Michael CRICHTON semble avoir définitivement fait sienne.
Depuis quelques années, ce dernier s’est fait le chantre d’une véritable croisade contre le consensus scientifique qui s’est rassemblé autour des questions concernant le réchauffement climatique. Bien décidé à donner un grand coup de pied dans la fourmilière, l’écrivain américain multiplie les interventions médiatiques pour dénoncer le catastrophisme ambiant et nier les thèses les plus solides.

Une escroquerie intellectuelle de haut vol

Dernier avatar de ce combat, Etat d’urgence est le parfait exemple de cette joute contre la planète, que l’ami Don Quichotte n’aurait pas reniée tant elle semble extravagante. La première confrontation avec le livre de Michael CRICHTON est pour le moins déroutante ; truffé de notes de bas de page, de documents annexes, de références bibliographiques et de commentaires, Etat d’urgence fait davantage penser à un travail universitaire qu’à un roman [sur la forme uniquement, parce que sur le fond c’est une autre affaire]. Mais afin de ne pas trop effrayer le lecteur, l’auteur s’est néanmoins fendu en première page d’une mise en garde plutôt inhabituelle et qui ne résiste pas à la citation : "Ceci est une oeuvre de fiction. Les personnages, entreprises, institutions et organisations dont il est question dans ce roman sont le produit de l’imagination de l’auteur. Quand ils existent réellement, ils sont utlisés d’une manière fictive, sans intention de décrire leur véritable comportement. Les références à des personnes, institutions et organisations figurant dans les notes en bas de page sont exactes. La réalité est dans les notes".

J’avoue que j’en suis resté sans voix.
Tant de cynisme et de mauvaise foi quant-à l’objet de ce roman méritent de figurer dans les annales de la littérature et ne laissent planer aucun doute concernant les intentions de l’auteur. Ne vous y trompez pas, ceci n’est pas un roman, mais un vecteur hautement pernicieux de propagande, une escroquerie intellectuelle de haut vol à laquelle je ne vois qu’un équivalent : "Avant le Big-Bang" de nos deux génies nationaux que sont Igor et Grichka BOGDANOV. Pour couronner le tout, CRICHTON termine son roman par une note assez conséquente, destinée à expliquer aux lecteurs qui n’auraient pas saisi la teneur profonde de son propos [au cas où certains ne sauraient pas lire entre le lignes]. Un joyeux bazar dans lequel il dénonce l’écoloterrorisme médiatique et le complot scientifique, qui visent à faire gober au monde entier que la Terre est en danger et que le réchauffement climatique est une réalité intangible qui menace la sécurité des hommes. Foutaises que tout cela mes amis, nous dit CRICHTON ! Depuis la nuit des temps le consensus est l’ennemi de la vérité, nous devons le combattre et mettre à terre l’obscurantisme scientifique afin d’annoncer, à un public ébahi et coi d’admiration, la réalité du monde. Baillonnons les Cassandre qui nous chantent des lendemains incertains et ouvrons enfin les yeux, la Terre ne va pas si mal, rions, dansons ensemble mes amis car tout va pour le mieux. A ce stade de l’explication, certains esprits chagrins me feront remarquer que je suis bien médisant et que quelques informations supplémentaires sur l’histoire, sur les qualités intrinséques du roman seraient les bienvenues. Alors allons-y !

Le savoir-faire de Michael CRICHTON en matière de techno-thriller n’est plus à démontrer, le bonhomme connaît son affaire et les chiffres de vente prouvent que le public est hautement réceptif à ce type de roman. Il n’empêche que pour le coup, l’auteur s’est ici quelque peu planté, embourbé dans ses explications et ses théories fumeuses, il en oublie le principal : l’histoire et surtout les personnages.
Le lecteur est ainsi invité à suivre le parcours de Peter Evans, jeune avocat dont le client principal est un richissime homme d’affaire, George Morton, acquis aux causes écologistes et qui soutient financièrement plusieurs organisations écologistes. Mais Morton apprend à son grand désarroi, que l’argent grâce auquel il finance un certain nombre d’actions n’est pas toujours employé au mieux ; ces grosses multinationales de l’écologie passent plus de temps à collecter des fonds et à organiser des campagnes médiatiques qu’à s’occuper réellement d’environnement. Pire, certains montages financiers ont permis à quelques groupuscules extrêmistes de mener un combat radical, reposant essentiellement sur l’action directe et le terrorisme.

Fou de rage, Morton décide de retirer ses billes [et accessoirement son soutien financier]. Quelques jours plus tard, il meurt dans un étrange accident de voiture. Mais avant de mourir, Morton a laissé un message à Peter Evans, que ce dernier s’empresse de décrypter avec l’aide de Sarah [l’assistante de Morton] et de Kenner, un ancien universitaire reconverti dans les services spéciaux. Les voici donc tous trois partis dans une enquête cousue de fils blancs, sur les traces de dangereux écolo-terroristes, dont ils tenteront de faire échouer les plans machiavéliques.

Un ramassis de conneries

Tout ceci n’est évidemment qu’un prétexte pour CRICHTON, qui s’empresse d’asséner méthodiquement ses arguments, destinés à réfuter les thèses du réchauffement climatique global. Toute l’argumentation de l’auteur repose sur trois points : nier la réalité du réchauffement climatique global, remettre en cause le rôle des gaz à effet de serre [dont le CO2] comme facteur aggravant du réchauffement climatique, remettre en cause la pertinence des modélisations informatiques destinées à prévoir l’impact futur des changements climatiques. La démonstration de CRICHTON est assez pernicieuse car face à ses arguments, étayés par des références bibliographiques, il ne propose absolument aucune contre-argumentation valable. Les thèses scientifiques les plus sérieuses sont balayées d’un revers de main, sans explication, tout est simplifié à l’extrême, ce qui confine parfois au ridicule tant la climatologie est une science complexe et subtile, qui ne souffre pas l’approximation.

Bien évidemment, toutes ses références sont parfaitement exactes, mais décontextualisées, ce qui ne leur donne foncièrement aucune valeur et confine à l’escroquerie intellectuelle. L’auteur a dans le domaine de la climatologie quinze bonnes années de retard. Le réchauffement climatique global est une réalité que plus aucun scientifique sérieux ne se permet de contester, le rôle des gaz à effet de serre comme facteur aggravant du réchauffement climatique est en passe d’être définitivement admis et solidement prouvé.

Seul terrain sur lequel CRICHTON aurait encore matière à débattre : la modélisation du climat. Mais là encore, ses arguments sont fallacieux et malhonnêtes ; certes, il est aujourd’hui très difficile d’anticiper et de prévoir les changements engendrés par le réchauffement global du climat de la Terre, mais pour autant, il ne s’agit pas d’une raison suffisante pour tourner en dérision le travail des scientifiques les plus sérieux et affirmer de façon péremptoire qu’il ne faut rien faire. D’autant plus que CRICHTON se permet de balancer d’autres inepties tout au long de son récit, du DDT au cannibalisme, en passant par la sauvegarde des espèces protégées, un ramassis de conneries et de légendes urbaines directement ramassées sur le Net, comme autant de poisons de la pensée et d’insultes à l’intelligence. »


COMMANDER

Tout ceci n’aurait guère d’importance si CRICHTON ne vendait pas autant de livres. Mais son roman court en tête des ventes outre-atlantique et contribue à polluer l’esprit des lecteurs les moins critiques. Un tel obscurantisme scientifique est absolument consternant, insultant envers les hommes et les femmes qui depuis le début des années quatre-vingt dix mènent des recherches sérieuses sur le climat, et surtout méprisant et condescendant envers les lecteurs, que CRICHTON prend littéralement pour des imbéciles.

Il est un point cependant sur lesquel l’auteur américain n’a pas tout à fait tort ; les médias, et le grand public de façon plus générale, colportent un certain nombre de lieux communs et d’idées reçues en matière de réchauffement climatique et c’est probablement ce qui fait le plus mal à la cause écologiste et concourt à décrédibiliser un combat pourtant on ne peut plus sérieux.

A cet égard je ne saurais trop vous conseiller la lecture éclairante de l’excellent livre de Gérard LAMBERT [G. LAMBERT. La Terre chauffe-t-elle ? Le climat de la Terre en question. EDP sciences, 2001. 224 p.], un ouvrage sérieux, estrêmement pédagogique qui adopte la forme de la fiction documentaire et se lit d’une traite. Assurément une lecture que monsieur CRICHTON devrait entreprendre afin d’éviter à l’avenir de raconter autant d’âneries.