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Publié le 06/11/2010

Évadés de l’enfer !
de Hal Duncan

ÉD. FOLIO SF / INEDIT, OCT. 2010

Par PAT

B-book à la sauce Duncan — avec des anges, du blasphème, de la violence et des sodomites — Évadés de l’enfer ! donne à première vue dans le récréatif et le premier degré. Après les circonvolutions de Vélum, cette nouvelle direction littéraire surprend. Mais si ce court roman fait simple, il n’en remplit pas moins son contrat. Divertissant, palpitant et beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît, le one-shot de Hal Duncan a de quoi convaincre.


Intrigue linéaire, action constante et coups de feu par palettes entières ne doivent pas masquer la réelle épaisseur des personnages, l’originalité du propos et quelques belles surprises détaillées plus bas. Évadés de l’enfer revendique son côté série B, l’intelligence et le politique en plus. Si le roman ne donne pas dans le philosophico-conceptuel, il reste suffisamment barré, décalé, drôle, intelligent et horrifique pour intéresser tout le monde, fans transis ou simples curieux.

Axée autour d’un pitch simplissime, l’histoire se déroule sans anicroche : quatre personnages que tout oppose trouvent la mort. C’est la vie. Un gangster noir, maniaque de la gâchette et prêt à n’importe quoi pour survivre, un jeune homosexuel athée, un vieux clochard suicidé au passé douloureux et une prostituée passée à tabac par son maquereau. Réveillés sur l’embarcation qui traverse le Styx, ces quatre anti-héros sont évidemment conduits en enfer. Car c’est d’un enfer très littéral qu’il s’agit, un enfer où Dieu ne prend pas de gants et ne pardonne pas à tout le monde : sodomites, suicidaires, assassins et prostituées n’ont pas droit à la clémence divine. De là, chacun est conduit dans son enfer personnel. Hôpital psychiatrique pour l’homo (où on lui fait passer sa déviance à grands coups d’électrochocs), limbes pour le suicidé, bordel pour la pute (où d’infâmes démons la violent à longueur de journée) et tortures répétées pour l’assassin. Sauf que cette belle mécanique s’enraye, et qu’à la suite de quelques couacs savamment orchestrés par un Duncan en pleine forme, les quatre héros s’échappent, s’allient et tentent de s’évader de l’enfer, sachant que c’est évidemment impossible sans... intervention divine, ou diabolique, qui sait ?

C’est là que le roman prend une ampleur inattendue et s’éloigne de son décor divertissant pour explorer plus avant les territoires de l’inquiétude en renversant les valeurs. Lucifer, le porteur de lumière, n’a finalement pas grand-chose à voir avec les balivernes de la légende. Et il se pourrait même que les archanges soient les pires ordures au monde. De là à trouver quelques alliés inattendus, il n’y a qu’un pas — allègrement franchi par les fugitifs bien décidés à péter la gueule à ceux qui se mettront sur leur chemin. Autant dire que ça va cogner sévère, le tout sous les yeux hilares du lecteur...


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Résumons. Évadés de l’enfer pourrait se contenter de son cahier des charges. Un bref roman rentre-dedans foncièrement jubilatoire et parfois hilarant. Mais Hal Duncan ne fait pas les choses à moitié. Il y injecte une dimension blasphématoire inédite, un côté ouvertement tragique et s’offre même le luxe d’une certaine poésie hurlante. Une vraie réussite et un livre à découvrir au plus vite. Court, bon, dérangeant et... renversant.