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de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

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Publié le 08/04/2010

Éveil
(Trilogie www, T.1)
de Robert J. Sawyer

[Wake, 2010]

ÉD. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, FÉV. 2010

Par Mr.C

Douée pour les maths et aveugle, Caitlin est une adolescente plus intelligente que la moyenne. Lorsqu’un chercheur japonais la contacte pour en faire le cobaye d’un nouvel appareil censé lui rendre la vue, elle s’empresse d’accepter.
Mais dans un premier temps, l’engin (qu’elle appelle son oeilPod) ne fonctionne pas. Ou plutôt si, mais d’une façon inattendue : Caitlin voit le cyberespace.
Et dans le cyberespace, il y a quelqu’un d’autre.


Rollback — paru chez Ailleurs & Demain il y a quelques mois — nous avait permis de faire connaissance avec Robert J. Sawyer, auteur canadien jusqu’ici assez peu remarqué dans nos librairies.
La chose intriguait : Sawyer arrivait précédé d’une aura de « révélation de la science-fiction », primé par les Hugo comme par les Nebula, souriant sur les photos souvenirs de toutes les conventions SF — et enseveli sous les louanges d’une presse anglo-saxonne enthousiaste.
Mieux, Sawyer avait vendu les droits de son roman Flashforward, au network américain ABC, qui en a fait la série télé à succès aux États-Unis. La gloire, quoi. D’où notre envie d’en savoir plus.

Hélas, la lecture de Rollback nous avait sérieusement refroidi : pas forcément dénué d’idées originales, le roman s’embourbait dans une absence de style pesante. De la SF de Bibliothèque rose, gentille et fade.
Il a donc fallu tout le professionnalisme et le sens du sacrifice disponible en stock pour se lancer dans la lecture de ce nouveau roman — d’autant plus qu’il s’agit du premier volume d’une trilogie, www, qui, en VO, alignera Wake, Watch et Wonder.

Éveil c’est donc Caitlin, aveugle de naissance, retrouvant la vue. Après l’opération au Japon, et en passant sur les détails, l’adolescente s’aperçoit qu’elle voit — elle voit des cercles, des lignes qui se déplacent, elle voit le cyberespace, le Web lui-même, sous la forme de flux de données, de lignes et de cercles.
En parallèle, trois autres intrigues se nouent. Une épidémie virale mortelle se déclare dans une région rurale de la Chine et, pour éviter la contagion, les sympathiques autorités chinoises prennent des mesures drastiques, puis bloquent les communications entre le web chinois et le reste du monde pour s’assurer la maîtrise de l’affaire. Ailleurs, dans un centre de recherche, un primate accède à un niveau de représentation graphique jamais atteint en réalisant un portrait. Enfin, quelque part, une pensée s’éveille, cherche ses mots, et développe sa conscience de soi, des autres puis du monde.

Cette conscience, c’est sur le web qu’elle naît, spontanément semble-t-il. Et c’est via la toile que les interactions vont se faire entre le problème chinois, le primate-artiste et Caitlin.

Malin, souvent drôle, bien mené, le récit de Sawyer ne manque pas de maîtrise. C’est du beau boulot, propre et sans ratures, ça se lit tout seul — gros avantage — et c’est plié en un week-end.
En revanche, quel ennui. L’impression laissée par Rollback se confirme : Sawyer est un auteur gentil. Comme dans Rollback, il ensevelit son intrigue de base sous un pathos de romans-photo : Caitlin découvre que les garçons ne sont pas toujours sympas avec les filles, Caitlin aimerait tellement voir en vrai le visage de sa maman, Caitlin guette le moindre signe de tendresse de son père... La platitude des sentiments, sans verve ni audace, tout cela endort.

Les paragraphes consacrés à la conscience en plein éveil auraient pu donner lieu à un bel exercice littéraire : joli défi, non ? Écrire l’accès à la conscience, les premiers mots, les premières questions, la perception quand tout est neuf, l’incompréhension totale qui peu à peu cède la place à la connaissance et à la réflexion. Chez Sawyer, tout ceci reste très plan-plan. Bateau. En-dessous.

Sur le fond, on trouve de très bonnes choses : la description du quotidien de la jeune aveugle, la façon dont elle se retrouve désarmée lorsque, devenue voyante, elle doit réapprendre à vivre avec un sens supplémentaire — tout ceci est d’un réalisme qui sent la documentation intensive et qui nous sort un peu de la léthargie.
Mais par ailleurs, pas grand-chose à signaler. C’est simplement, gentiment, atrocement ennuyeux.


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Gérard Klein, et Ailleurs & Demain se sont plantés : Robert J. Sawyer ne mérite pas la collection aux couvertures (de nouveau) argentées.
Après nous avoir proposé ces dernières années Edward Whittemore, Vernor Vinge, Dan Simmons ou Iain M. Banks, pourquoi Robert J. Sawyer ? Un espoir de carton en librairie ? Il est vrai que le Canadien vend bien aux États-Unis. Et s’il trouve un public en France, ce sera tant mieux pour lui. Mais prétendre que nous attendons le deuxième volume de www avec impatience serait extrêmement exagéré. Il est même assez possible qu’on s’en préoccupe peu.