Publié le 01/09/2008

« Evolution » de Stephen BAXTER

[« Evolution », 2003]

REED. POCKET SF, JANVIER 2008

Par Arrakhan

Cette chronique pourrait se résumer en un seul mot, et vous sauriez à quoi vous en tenir : "ambitieux". Aucun adjectif ne convient mieux à ce roman retraçant l’histoire de l’évolution de l’être humain et de l’intelligence en général, depuis les derniers dinosaures jusqu’à un lointain futur...

Réussi ou tiré par les cheveux ? A vous de voir mais, en tous cas, passionnant...


On commence par une introduction dans une époque que Baxter utilise comme charnière : un futur proche [du nôtre, il faut le préciser], différent de notre temps uniquement en ce que les technologies qui font notre quotidien y sont plus avancées. Une époque critique vers laquelle nous sentons que nous nous acheminons, si nous n’y sommes pas déjà, à peine pire qu’aujourd’hui. La sonnette d’alarme est tirée, il est temps de penser sérieusement à l’avenir ; l’écologie s’effondre, la société sous sa forme actuelle est clairement arrivée à ses limites, et un super-volcan est sur le point d’entrer en éruption...

Nous voilà ensuite plongés soixante-cinq millions d’années dans le passé, peu de temps avant l’extinction des dinosaures, pour suivre la vie d’une lointaine ancêtre, un des premiers primates qui ressemblaient alors à des rongeurs. On découvre la faune de cette ère et sa vie cruelle au court des tribulations de Purga pour l’existence et la survie de sa descendance.

Un petit détour ensuite par la Pangée, le continent unique, cent cinquante millions d’années avant nous, où l’on découvre la version imaginative de BAXTER sur la disparition des grands sauropodes [tel les Diplodocus] et les premiers développements d’intelligence...

...Pour mieux revenir à ce avec quoi il nous fait languir depuis le début : l’éradication des dinosaures... Voilà probablement une des moments les plus grandioses du livre, convainquant, poignant et expliqué dans les détails pour notre plus grand plaisir.

A ce stade, une chose est claire : Stephen BAXTER a fait là-derrière un travail de documentation et d’extrapolation exceptionnel. Et bien sûr l’inventivité ne manque pas : tous les points d’interrogations abordés, scientifiques et/ou historiques, trouvent réponse, avec même quelques créations pures dont les absences de preuve aujourd’hui quant à leurs existences sont justifiées.

Et ainsi continuera le récit. D’une ère à une autre, séparées de plusieurs [parfois dizaines de] millions d’années, nous sautons d’un stade de l’évolution à un autre pour y voir le progrès en marche et en détail... A chaque fois on s’attachera à un spécimen en particulier et aux siens, pour suivre sa [sur]vie et son petit rôle représentatif dans la grande trame de l’évolution toujours en marche, en découvrant de son monde la perception qu’il a, les bonheurs, les luttes, les dangers, les habitants divers...

Des primates aux humains et à leurs descendants, chaque aventure s’avère passionnante. On aurait pourtant pu en douter : de prime abord, l’histoire, par exemple, d’une bande de petits singes luttant pour survire qui se battent, qui cherchent à bouffer, qui chient et qui s’épouillent il y a plusieurs millions d’années pourrait paraître manquer d’intérêt. Mais, loin de cette vue réductrice, tout cela s’inscrit dans un bien plus immense tableau, et c’eût été sans compter sur le talent narratif de BAXTER, sa force d’évocation et son sens du détail. Et si sa vision est romancée, elle n’est jamais romantique, car l’auteur, bien que s’attachant à tous les aspects de la vie de ses protagonistes, ne tombe jamais dans les travers d’un sentimentalisme qui fût déplacé et ridicule.

JPEG - 10.8 ko
La première édition française aux Presses de la Cité, 2005

On pourrait voir des répétitions dans certaines manières de faire, mais n’est-ce pas normal pour une succession de races filles ? Quoiqu’il en soit, l’intérêt, de chapitre en chapitre, est toujours renouvelé. En effet, on passe de la survie à l’ère des dinosaures à celle des primates dans des environnements changeants avec leur organisation sociale, en glissant lentement vers l’homme dont on voit petit à petit poindre l’intelligence parmi ses ancêtres connus et tous ceux qui furent oubliés dans les affres du temps... Ainsi, le contexte est toujours différent et aucun élément n’est jamais oublié. Et, du coup, on ne décroche jamais, malgré les mille pages du livre [sur deux volumes en poche] qui n’apparaissent finalement pas comme un fardeau mais comme une nécessité.

Et puis, c’est notre histoire à tous. Ce n’en est peut-être qu’une version parmi d’autres et qui contient beaucoup d’invention [forcément], mais elle a le mérite d’aller jusqu’au bout et de nous offrir une histoire totale, des réponses à tout et plus, et cela ne peut être que passionnant pour nous, être humains rêveurs, depuis toujours en quête de nos origines. Il est clair que certains parti-pris, certains remplissages de l’Histoire, certaines options prises par BAXTER en feront jubiler certains et en irriteront d’autres selon leurs attentes, leur formation, etc. Mais, comme le rappelle l’écrivain en fin d’ouvrage, ceci n’est qu’un roman. Avant tout destiné à nous faire voyager... Et sur ce plan, c’est une réussite totale.

Les controverses atteindront certainement leurs combles lorsque surviendront les premiers Hommes, deuxième grande partie du livre, que le lecteur attend impatiemment... et peut-être celle où il a fallu à l’auteur le plus de sueur pour combler les énormes vides béants tout en collant toujours au connu.

Retour vers le futur, ensuite, pour le dénouement de la situation engagée dans l’introduction, années deux-mille trente, qui mènera, de nouveau étape par étape, à l’ultime avenir de l’Homme. Et Stephen BAXTER peut enfin se lâcher, tout en tentant de rester plausible, sans pour autant commencer à nous ennuyer ni à oublier de nous en envoyer plein les yeux... Jusqu’aux visions finales...

Science-fiction ou pas ? Un peu des deux. Et de toute façon, comment mieux classifier, s’il le faut vraiment, un tel livre que dans le genre qui est certainement celui qui contient le plus facilement tous les autres... Sans oublier que nous parlons ici de Stephen BAXTER, et que celui-ci n’a pu nous priver d’une trouvaille technique qui aura des conséquences plus qu’inattendues et géniales jusqu’au fond des âges.


COMMANDER

Ainsi donc, certain pragmatiques pointilleux crieront parfois au n’importe quoi tandis que d’autres resteront rêveurs ; mais aucun ne pourra se détacher du livre avant sa fin.

Au vu de l’ampleur de la tâche pour le résultat obtenu, Evolution est sans conteste un fameux tour de force. Un de plus pour le grand -peut-être même déjà l’immense- Stephen BAXTER.