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Par Ubik
On peut se demander comment il est possible d’établir un lien entre deux univers, la Faërie [monde fantastique où vivent fées et autres créatures magiques] et le hacker [A l’origine, programmeur de génie ou bidouilleur, puis pirate des réseaux] qui sont situés aux antipodes l’un de l’autre. Johan HELIOT se propose pourtant de le faire avec ce court roman et il y parvient de manière fort amusante.
L’originalité de « Faërie Hackers » n’est pas à rechercher dans l’histoire : un affrontement entre la couleur/l’amour/le bien et l’infrasombre/la mort/le Mal ; mais dans le délicieux « gauchissement » [terme à prendre dans son sens propre comme dans celui subverti, interprétation ici qui n’engage que moi] de cette thématique majeure de la Hight Fantasy depuis TOLKIEN, et dans l’inventivité déployée par Johan HELIOT pour le rendre divertissant.
La trame de « Faërie Hackers » est épaisse comme une feuille de papier à cigarette et ce sont les péripéties et leur rythme qui captent avant tout l’attention. Au début du roman, quelque chose est pourri en Royaume de Faërie et l’action d’un démon évadé du Rebut et réfugié à la Surface, dans notre monde contemporain, ne semble pas étrangère à l’affaire.
Pour traquer le Malin et sauver le Royaume se forme une équipe hétéroclite constituée d’une fée, loin d’être évaporée, d’un champion moustachu du Roi et d’un nain vénal. Cependant, la chasse promet de ne pas être de tout repos car le démon a trouvé l’appui de la technologie moderne pour remporter la victoire, ce à quoi le royaume de Faërie n’est pas du tout préparé.
Ceci constitue le lien hautement improbable entre magie, sortilège et informatique en réseau.
Le Démon, un costaud au profil de garde du corps, a fait son nid dans une société de création de jeux vidéo. Le salut du royaume de Faërie repose donc, non sur le maintien de la tradition [retour d’un roi ou accomplissement d’une prophétie] mais sur l’esprit de générosité révolutionnaire animé par une fée rebelle et libérée, bannie à la Surface en raison de ses actes de subversion [elle a réclamé l’égalité, la bougresse].
Le champion du Mal, quant à lui, reçoit le renfort de supplétifs humains suréquipés dont les avatars pixélisés ne vont pas tarder à défourailler frénétiquement dans ce qu’ils croient être une réalité virtuelle. La trouvaille est habile, il faut bien le reconnaître.
A celle-ci s’ajoute le ton et la verve de Johan HELIOT : l’intrigue est rédigée de manière alerte, l’action ayant le dessus sur la réflexion. Les situations sont rocambolesques, les échanges entre les personnages sont vifs, le second degré est permanent, les clins d’œil fusent, bref on ne s’ennuie pas un instant et l’on ressort agréablement détendu, prêt à entamer à la suite une autre lecture... plus exigeante sans doute.