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Publié le 08/06/2005

Feersum Endjinn de Iain M. Banks

[VO chez Orbit Books, 1994 - pas de VF]

I M P O R T

Par sanders

Jamais traduit en français - il faut dire que cela serait une gageure - ce roman atypique de Banks est un exercice de style littéraire jubilatoire où l’humour de l’auteur étrille cruellement une certaine science-fiction merveilleuse.
Attention : rien à voir avec La Culture. Ici Banks fait son guignol, avec le talent qu’on lui connaît.


Pourquoi lire ce Banks ?

Feersum Endjinn m’a attiré pour deux raisons : a) parce qu’il n’appartient pas au cycle de la Culture [ce n’est même pas suggéré, comme dans « Inversions »] et b) parce qu’en le feuilletant, on se rend compte immédiatement que Banks nous a refait un petit coup à sa manière.
De même qu’en ouvrant L’usage des armes, on voyait bien que les numéros de chapitre déconnaient, que dans Excession, les discours entre les ordi/vaisseaux étaient traités sur le mode SMS [très marrant], ici, un personnage nous livre son journal écrit... en phonétique.

Outre que j’aime bien les jeux sur la forme, il se trouve que Banks se fait une spécialité de ces petits décalages formels ou stylistiques, et qu’à mon avis c’est une des (bonnes) raisons de son succès.

Donc, ne serait-ce que si vous avez envie de vérifier votre capacité à retrouver les mots anglais à partir de la phonétique, de réviser la langue de Shakespeare, vous pouvez y aller, c’est un bon livre.

De quoi ça parle ?

Le livre est organisé en 10 chapitres de 4 sections, sauf le dernier qui en compte 6. Les 4 sections sont systématiquement ordonnées selon les 4 personnages principaux.

Le premier personnage est une femme, qui prendra le nom d’Asura : le roman s’ouvre sur sa naissance, ambiance Belle au bois dormant. Elle ne connaît pas son nom, ne connaît rien à rien en fait, mais apprend vite, comme programmée pour un tâche qu’elle découvre peu à peu.
Le second est la Scientifique en chef Hortis Gadfium III.
Le troisième est le Comte Alandre Sessine VII, chef de guerre sans motivation, qui a le mauvais goût de mourir au second chapitre.
Le quatrième est un jeune allumé de l’équivalent local d’internet (en bien mieux) : Bascule, qui écrit en phonétique (c’est connu, la technologie tue l’orthographe), et qui va se mettre à la recherche d’une pote à lui, une fourmi qui parle.

Tout ce beau monde habite la Terre, à une époque où le monde est organisé en une gigantesque province, Xtramadura, dont la capitale est Serehfa, un bâtiment de plusieurs dizaines de kilomètres de haut, laissé par les anciens.
Conçu comme une porte vers les étoiles, Serehfa a été bâti sur le modèle d’un château géant un peu kitsch dont les multiples tours et les différents niveaux sont autant de mondes à part.
Quant aux anciens, ils sont partis dans l’espace : reste une Royauté qui dirige un monde divisé en castes.

Une guerre sévit entre le Roi qui contrôle le château depuis la tour-forteresse, et la caste des ingénieurs, qui squatte la chapelle. Tous nos héros vivent dans le monde légal, du roi, même si visiblement, le roi n’est pas un bonhomme bien sympathique. Il faut dire qu’il passe son temps à vouloir exterminer les Ingénieurs plutôt qu’à essayer de trouver une solution à l’Encroachment : accident de mécanique céleste (le système va traverser un nuage de poussière) qui destine la Terre à une glaciation de quelques milliers d’années.

Du coup, les gens sont un peu crispés, et attendent de l’aide de la part des anciens exilés, ou, tout aussi inespéré, des étages supérieurs de la forteresse, dont personne n’est revenu - si jamais quelqu’un y est déjà parvenu...

Voilà pour le décor : conspiration, pouvoir pourri - comme souvent chez Banks - menace de destruction totale, sauveurs potentiels : la grosse artillerie.

L’innovation consiste dans cet internet sophistiqué qu’est la Crypte, ou Cryptosphère. Laissé par les anciens, ce système abrite des réalités virtuelles qui contiennent tout le savoir possible, si on sait le récupérer, et des entités plus ou moins hostiles ou amicales.

La technologie que la crypte livre aux humains permet à ces derniers d’avoir 8 vies dans la réalité, puis une fois ces vies épuisées, d’être sauvegardés. Leur avatar bénéficie alors lui aussi de 8 vies dans le monde étrange de la crypte (organisée en niveau de ressemblance avec le monde de départ) qui vit bien plus vite que le monde réel.

A partir de là, certains personnages tentent de sauver le monde, alors que d’autres se retrouvent mêlés à l’histoire contre leur gré. L’un des intérêts du roman, c’est le jeu sur ces deux niveaux qui sont liés : chaque personnage pouvant mourir puis ressusciter, ou se créer un double, ou mourir x fois dans la Crypte, etc.

Ce qui m’a plu, c’est que Banks se fait plaisir sur le thème du conte de fées un peu rock’n roll et du n’importe quoi. Un peu Shrek, l’ambiance, si j’ose dire. Il ne faut pas s’attendre à des rebondissements géniaux : l’intérêt n’est que dans l’imagination assez délirante, dont le procédé de la Crypte justifie l’emploi sans limite. On assiste ainsi à une série de 7 assassinats d’un même personnage, à des trips mystiques clairement allégoriques, à des aventures grand-guignolesques dont l’humour est le ressort essentiel - en particulier dans les chapitres consacrés au personnage de Bascule.

À mon avis, c’est une grosse blague sur la SF conte de fées : tous les personnages, il faut le remarquer, sont des héros qui n’ont à aucun moment l’idée de ce qu’ils vont faire dans un futur immédiat. C’est marrant de voir comme aucun d’entre eux ne fait de plan, toujours livré au hasard, ou guidé par un allié (plus ou moins) efficace. C’est une galerie d’anti-héros plus ou moins attachants.

Et alors c’est un bon bouquin ?

Ce genre de bouquin a les défauts de ses qualités : si on le prend pour ce que c’est, un exercice de style, on ne s’ennuie pas une seconde, on cherche les quelques réflexions à peine déguisées. Si on s’attend à un vrai bouquin de la Culture, à une histoire tendue tendue, une fois le fun du début estompé, on peut avoir tendance à s’ennuyer.

Pour ma part, à la première lecture, j’ai tout simplement bien rigolé, tout en restant suffisamment motivé. À la seconde, j’ai pris plus conscience de l’aspect parodique : pas bien difficile, tout le bouquin parle finalement de la fiction et de sa puissance d’évocation.


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En résumé : à lire si :

  • a) vous aimez Banks
  • b) vous aimez les livres où l’auteur s’amuse.

Moi, j’ai beaucoup aimé... on est pas toujours forcé de lire des bouquins qui provoquent des crises métaphysiques ou des extases mystico-scientifiques...