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Publié le 24/07/2006

"Fendragon" de Barbara HAMBLY

["Dragonsbane", 1986]

REED. POINTS / FANTASY, AVRIL 2006

Par K2R2

Intrigué par le petit papier dithyrambique de Jacques BAUDOU dans le Monde des livres à propos de la réédition d’un certain "Fendragon" de Barbara HAMBLY, c’est avec un intérêt non dissimulé que j’ai fait l’acquisition de ce court roman, que je me suis ensuite empressé de laisser dans un coin de ma bibliothèque en vue d’une lecture estivale. Et grand bien m’en a pris, car sans être le chef d’oeuvre annoncé, "Fendragon" est un bon petit roman de fantasy, intelligent, efficace, souvent drôle et éminemment sympathique.


Tueur de dragon, voilà la profession qu’exerce Lord John Aversin dit le Fendragon, seigneur des marches du Nord, une région du royaume à l’abandon, infestée de brigands et de créatures plus ou moins maléfiques. Une terre ravagée par les pillages incessants et les rudes conditions climatiques. Lord Aversin, grand gaillard aux manières pour le moins rustiques, myope, passionné de livres d’histoire et grand connaisseur de la race porcine [le brave homme collectionne les anecdotes sur les porcs], a acquis sa renommée après avoir terrassé un dragon de près de neuf mètres, qu’il était parti affronter en combat singulier, armé de sa seule épée, afin de sauver deux jeunes enfants capturés par l’immonde créature. Enfin, ça c’est la version officielle car la véritable version est, aux yeux du principal intéressé, bien moins séduisante. Ce fut une boucherie, un combat à mort dans lequel l’esprit chevaleresque n’avait pas sa place. Aversin utilisa tous les stratagèmes possibles pour affaiblir la bête [poison, flèches, sortilèges] avant d’achever le monstre blessé à mort à coups de hache...

Mais qui se souvient près de vingt ans après des véritables exploits du Fendragon ? Plus grand monde, sinon sa propre compagne, Jenny Waynest, sorcière de son état et accessoirement mère de ses deux enfants, ainsi qu’un gentilhomme nommé Gareth, venu de la capitale quérir les services du légendaire Lord Aversin. C’est qu’un nouveau dragon menace à présent les riches contrées qui entourent la cité royale ; terrorisant les populations, il s’attaque au bétail, aux récoltes ainsi qu’aux différents convois qui auraient le malheur de traverser son territoire. De plus, attirée par l’or [vice légendaire des dragons], la créature a établi son quartier général dans le Fond, coeur du royaume des gnomes depuis des temps immémoriaux. C’est donc auprès du Fendragon des légendes et des chansons de geste, que le jeune Gareth, un gringalet à peine sorti de l’adolescence et un peu gauche, vient demander de l’aide. Et voici nos trois héros partis en quête du fameux dragon.

La grande réussite de "Fendragon" est d’avoir habilement usé et abusé des poncifs les plus éculés de la fantasy pour les confronter à un mur de réalité. A la vision idéale du héros invicible et audacieux véhiculée par Gareth, HAMBLY nous propose avec une bonne dose d’humour une réalité désenchanté incarnée par Lord Aversin. Ce dernier n’est plus tout jeune, myope, marié et père de deux enfants. Ses manières un peu rudes et son côté bateleur ne correspondent pas exactement à l’image idylique du paladin tueur de dragons [alignement loyal bon, +3 en charisme, +4 de bonus de protection contre le mal]. Ainsi, aux valeurs d’héroïsme chères à Gareth, HAMBLY oppose des valeurs bien plus fondamentales comme l’amour et le courage, qui ne font pas de Lord Aversin une tête brûlée avide de découper du dragon en rondelle, mais un homme certes pragmatique, mais également profondément humain. L’autre personnage central du roman est incarné par Jenny Waynest, compagne du Fendragon, qui par amour a choisi de sacrifier ses talents de sorcière pour donner à son amant deux enfants ; deux garçons un peu turbulents, qui ne lui permettent plus de se consacrer comme par le passé à la méditation, à l’étude des livres de magie et au développement de ses propres talents. Et c’est bien cette femme, torturée par son amour pour sa famille et son désir de s’aventurer plus profondément dans les voies exigeantes de la magie, qui est la véritable héroïne de ce roman. HAMBLY prend également bien soin de faire du dragon, non seulement une bête fabuleuse, qui à la fois fascine et terrorise, mais également une créature complexe et majestueuse, dont les intentions et les motivations sont bien plus profondes que le simple désir de ravager la terre des hommes. C’est l’occasion de véritables envolées lyriques à la gloire, véritablement, des dragons.

Tout ceci aurait pu faire de "Fendragon" un petit chef d’oeuvre en puissance, néanmoins, Barbara HAMBLY ne réussit pas tout à fait à s’extraire des schémas classiques de la fantasy héroïque, et si la première partie du roman est une franche réussite, la seconde est sans être déplaisante, bien moins convaincante. L’on retombe dans les travers du genre, avec une histoire qui cette fois se concentre sur l’aventure et l’action, dans un combat un peu manichéen contre un ennemi hautement maléfique, insidieux, manipulateur, cruel, cupide et surtout stupide.


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"Fendragon" est un roman à l’écriture posée et soignée, dont l’histoire, classique mais bien menée, est réhaussée par des personnages d’une profondeur peu commune et un traitement intelligent mais un peu frileux au regard de ses ambitions initiales. On se plairait à rêver de ce que cette oeuvre aurait pu représenter si HAMBLY avait su aller jusqu’au bout de sa logique.

A noter que l’auteure a écrit quelques années plus tard deux suites à ce roman, qui n’ont, à ma connaissance, pas encore donné lieu à une traduction française.