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Publié le 01/06/2008

"Fiction" n°7

Anthologie périodique de Fantasy & Science-Fiction

LES MOUTONS ELECTRIQUES, PRINTEMPS 2008

Par W(illiam Guyard)

Après une livraison d’automne plutôt décevante, Fiction revient au plus haut de sa forme avec un tome 7 chargé et enthousiasmant. Derrière des têtes d’affiche très attendues [Andrew WEINER et Ted CHIANG], on trouve quelques chef-d’œuvres - et je pèse mes mots ! Avec toujours une audacieuse composante graphique et une partie éditoriale qui est le seul le point faible de cette livraison de printemps.


AU SOMMAIRE :

  • La vieille maison sous la neige de Rhys HUGUES
  • Chambre d’hôte de Dominique DOUAY
  • Titanium Mike à la rescousse ! de David D. LÉVINE
  • Non-possible de Daryl GREGORY
  • Errer dans l’Eden de Kim ANTIAU
  • Lettres de l’au-delà de Mario MILOSOVIC
  • Le dragon de Somerset Street d’Elmer ROESSNER
  • Née sous le signe du cheval de Michaela ROESSNER
  • Le marchand et la porte de l’alchimiste de Ted CHIANG
  • Ce sur quoi il faudra compter de Ted CHIANG
  • Contrefactuel de Gardner DOZOIS
  • 90% de tout de Jonathan LETHEM, James Patrick KELLY et John KESSEL
  • Dans le futur d’Andrew WEINER
  • treize heures du soir de David GERROLD

ET AUSSI :

  • La conscience est une porte de Patrick IMBERT
  • Inspirer les vapeurs de Kim ANTIAU
  • Le pouvoir irradiant de ses mains de LASTH
  • Carnet de bal / 1 de Serge-André MATTHIEU
  • À nous l’espace d’Albert GUILLAUME
  • Pour s’envoyer en l’air le regard / 3 de Raphaël COLSON

Sous une superbe couverture du bédéaste Laurent BOURLAUD, se cachent le sommaire, désormais illustré en couleur, seize [dispensables] dessins de David CALVO et trois portfolios.

Patrick IMBERT est un connard élitiste, certes, mais c’est aussi l’auteur de l’excellentissime Blog du quotidien de l’infini invincible. Il utilise chaque jour la méthode du roman photo pour y commenter, avec un cynisme de bon aloi, une actualité souvent bien trop déprimante. Il reprend dans Fiction ce procédé pour conter, en une dizaine de pages, la sortie d’hôpital d’un homme au sein d’une société parfaite. Parce que Patrick IMBERT est snob, ses photos ne sont pas très accessibles et demandent du temps pour être pleinement appréciées. Je reprocherai juste une certaine lourdeur au propos. N’empêche que le monsieur a du talent, et un ton propre.

C’est ce qui manque aux petits gars du Moonmotel, qui, dans Le pouvoir irradiant de ses mains, nous offrent une histoire de super héros. Mélange photo/dessin, recherche sur la graphie et le découpage, ce récit graphique sans conteste original est audacieux. Il est aussi très réussi, très beau et fascinant. Du talent à revendre donc, il leur reste cependant à développer leur propre musique. Troisième portfolio : la quinzaine de sympathique planches « rétro-futuristes » illustrant l’évolution des transports aériens imaginée depuis l’année 1901, passage obligé au rayon des vieilleries graphiques. Ok.
C’est certainement ce côté patrimonial, bien trop développé dans le tome 6, qui avait plombé la livraison précédente.

Ce semestre, donc, outre le portfolio précédemment cité, seul un texte rentre dans la catégorie "à la recherche du patrimoine de la SF&F". C’est une courte nouvelle d’un certain Elmer ROESSNER. Il y décrit la découverte d’un dragon, un matin, dans une rue américaine sans histoire. On y observe la réaction des habitants et la manière dont ce fait devient un non-évènement. L’histoire marche très bien.
C’est ensuite à Michaela, petite-fille d’Elmer, d’utiliser une légende asiatique comme trame à la rencontre de deux jeunes femmes sur le thème de la fatalité. Moins convaincant.
L’intérêt est ici de mettre en contraste ces deux auteurs, séparés par un demi-siècle et qui pourtant trouvent des résonances dans l’exploitation d’un unique argument fantastique au sein du quotidien et surtout la soumission des protagonistes à fatalité.

Selon l’éditorial, c’est cette thématique des duos d’auteurs qui peut permettre de lire le sommaire.

On trouve donc aussi le couple d’écrivains Kim ANTIAU et Mario MILOSOVIC. Elle raconte l’histoire, assez classique, d’une enquêtrice poursuivant un jeune fugueur de système stellaire en système stellaire. La force du texte est censée être la souffrance que ressent l’héroïne, et que seule la musique, et plus particulièrement le chant de sa proie, peut soulager. Cependant l’auteur rate un peu la description des émotions et la nouvelle perd son intérêt. La courte nouvelle tragicomique de MILOSOVIC, qui décrit un rédacteur de cartes de voeux aux prises avec une veuve récalcitrante, est beaucoup plus réussie.

Écrite à six mains, la longue novella des excellents Jonathan LETHEM, James Patrick KELLY et John KESSEL est le gros morceau de ce recueil. C’est l’histoire, plutôt drôle, d’un premier contact extraterrestre. Le tout est barré mais se tient très bien. On y suit une exobiologiste engagée par un multimilliardaire et secondée par un architecte étrange, les auteurs se sont-ils repartis les rôles ? Saluons une fois de plus Fiction, qui est certainement le seul support à pouvoir nous proposer ça.

Autre texte écrit à plusieurs, Oui, des compères multirécidivistes CALVO et COLIN. C’est le très beau récit de la complicité, qui ira très loin, entre le petit Tom et son coelacanthe devant les efforts désespérés du beau-père qui essai de garder son fils dans la réalité. C’est une des perles de l’anthologie, dont on peut imaginer que les auteurs ont mit beaucoup d’eux dans le personnage du père. Un très bon texte.

D’excellents textes, il y en a d’autres. J’en distinguerai deux en particulier, pour lesquels je suis très tenté de parler de chefs-d’œuvre.

Il s’était déjà fait remarquer dans le tome 4, le gallois Rhys HUGUES frappe une nouvelle fois très fort avec la longue nouvelle La vieille maison sous la neige. Ce conte macabre, aux allures désuètes, nous emmène là où on ne l’attend pas, tout au fond d’une énigmatique maison et de la folie de ses deux explorateurs. Ne surtout pas passer à côté de fantastique style début vingtième par un auteur brillant et bien trop négligé dans notre pays.
Mon autre coup de cœur va à Titanium Mike à la rescousse ! de David D. LÉVINE dans lequel, en cinq scénettes disposées dans l’ordre ante-chronologique, on voit se déconstruire le mythe d’un héros [fictif ?] de la colonisation du système solaire. Ce texte est plus que remarquable sur bien des points : la forme, bien sur, originale et maitrisée ; la construction de l’univers, qui en quelques pages acquière une réelle cohérence ; la réflexion sur la construction des mythes ; et enfin la beauté intrinsèque de l’histoire.

Je relèverai deux autres textes excellents, ceux de David GERROLD et Gardner DOZOIS. Le premier dresse l’émouvant portrait d’un vieux biker homo vétéran hanté par la guerre du Vietnam. Le second propose une uchronie classique, sur le modèle du Maitre du Haut Château, dans laquelle le point de divergence est la guerre de sécession, avec le général Lee qui décide de prolonger le combat par la guérilla, et dont le narrateur est un feuilletoniste qui bien évidemment imagine ce qui aurait pu se passer si Lee avait capitulé.

Ceux que l’on attendait le plus sont loin de démériter. Andrew WEINER livre un petit texte très original, dans lequel les honnêtes gens sont victimes de flashs futuristes. Ted CHIANG ne livre rien de moins qu’un compte des mille et une nuits très réussi et short-story sur le déterminisme un peu décevante. Il est au passage amusant de voir Fiction proposer ces deux textes qui auraient pu faire partie d’une réédition du recueil de CHIANG en Lunes d’Encre. Il est agréable de voir les éditeurs se disputer, pour une fois, sur un nouvelliste.
Les deux dernières nouvelles à ce sommaire sont signées de Dominique DOUAY et Daryl GREGORY. Ce sont là encore de très bons textes, forts et originaux, qui pourront tout à fait avoir la faveur du lecteur.

N’y aurait-il donc que tu bien à dire de ce Fiction numéro 7 ? Non, car si texte et graphismes sont excellents, on va se permettre de râler à propos de la partie rédactionnelle, qui laisse plus qu’à désirer. Le moins mauvais, c’est la rubrique Pour s’envoyer an l’air le regard, qui traite des sorties de art book. Je me sens totalement incompétent à la juger, si ce n’est que cette fois-ci elle ne m’a rien donner envie d’acheter [contrairement à celle du tome 5, qui m’avait envoyé me précipiter sur l’excellentissime anthologie Robot dont le second numéro vient de sortir chez Glénat].
En revanche, l’article de Kim ANTIAU est sans intérêt. Quant à la nouvelle rubrique Carnet de bal de Serge-André MATTHIEU qui vient remplacer les carnets rouges du bien plus passionnant Francis VALÉRY, elle est dispensable.


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Quelques couacs éditoriaux qui sont de peu de poids face à l’excellence de la sélection de nouvelles proposée.

Rhys HUGUES, David D. LÉVINE, Jonathan LETHEM, James Patrick KELLY, John KESSEL, David GERROLD, Andrew WEINER, CALVO et COLIN, Ted CHIANG, il y à là de grands auteurs du genre, et ce tome 7 est assurément un très grand cru. Tout lecteur devrait y trouver plusieurs pépites qui justifieront mille fois son acquisition et sa lecture.