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Publié le 15/03/2009

Fiction n°8

Anthologie périodique de Fantasy & Science-Fiction

ED. LES MOUTONS ELECTRIQUES, AUTOMNE 2008

Par W(illiam Guyard)

Toujours aussi indispensable et unique, le semestriel Fiction continue son parcours malgré les difficultés que semble rencontrer son éditeur.
Dans ce superbe livre-objet, des textes allant de l’excellent au dispensable - en passant par l’expérimental -, une BD, des portfolios, quelques articles et les traditionnelles coquilles...


AU SOMMAIRE :

  • Le calorique de Paolo BACIGALUPI
  • Tikuka d’Anna FERUGLIO DAL DAN
  • Cordes de Kathleen Ann GOONAN
  • Le professeur et le médium de Harry MORGAN
  • Le whiskey nocturne de Jeffrey FORD
  • Urdumheim de Michael SWANWICK
  • Le tétraèdre de Vandana SINGH
  • évasion sans issue de Timothée REY
  • Noir, gris, vert, rouge et bleu : lettre d’un peintre célèbre depuis la Lune de Ben GREENMAN
  • Conditions à remplir pour obtenir la Médaille du Mérite Mythologique de Kevin N. HAW
  • Grippe de personnages de Robert REED
  • Glacial réconfort de Ray VUKCEVICH
  • L’esprit de Noël de Kurt LUCHS
  • Dernier été à Mars Hill d’Elizabeth HAND

ET AUSSI :

  • Prémonition de David de THUIN
  • Féerie en exil d’André-François RUAUD
  • Portfolio de Béatrice TILLIER
  • Carnet de bal / 2 de Serge-André MATTHIEU
  • Portfolio de Hans Georg RAUCH
  • Portfolio de J. Allen ST. JOHN
  • Sur la Route de Raphaël COLSON
  • Pour s’envoyer en l’air le regard / 4 d’André-François RUAUD

Quatre textes se distinguent dans cette livraison. Dont trois jouent sur le registre d’un fantastique léger, accompagné d’une bonne couche de mystère et de personnages fragiles et touchants, le tout plongé dans une ambiance particulièrement prenante.
Le maître du genre, c’est bien sûr l’incontournable Jeffrey FORD. Dans une bourgade des États-Unis profonds, évoqués avec un talent à rapprocher de celui du PICCIRILLI de Un chœur d’enfants maudits, le narrateur raconte son initiation à la cueillette de consommateurs de whiskey nocturne. Première qui évidemment tournera mal et posera la question de savoir où vont ceux qui goûtent à cette antique boisson. Un grand cru.
Avec Cordes, on trouve Kathleen Ann GOONAN là où on ne l’attendait pas au vu de ses précédentes œuvres traduites en français. Elle se révèle tout aussi subtile et talentueuse que FORD. Ce père de famille obsédé par sa volonté de dénouer une ficelle de cerf-volant, et dont la vie s’en trouve profondément bouleversée, est particulièrement touchant.
Abordant à la fois le thème de la maladie, présent chez GOONAN, et celui d’une ancienne tradition perpétuée jusqu’à notre époque, rencontré dans la nouvelle de FORD, Elizabeth HAND livre un long texte lauréat des prix Nebula et World Fantasy. Ce Dernier été à Mars Hill appartient à un cycle auquel se rattachait également Écho, publié dans le sixième volume de Fiction. Extrêmement sensible, le récit prend son temps et se révèle essentiellement contemplatif.
Dans une veine différente, l’excellent Urdumheim de Michael SWANWICK est un récit mythologique narrant une guerre dont l’enjeu est le langage. Parfaitement maîtrisé, ce texte se rattacherait à un récent roman de l’auteur, The Dragons of Babel.

Parmi les autres textes au sommaire, deux entrent en résonance en utilisant plus ou moins directement le roman Flatland comme analogie pour se représenter des dimensions inconnues de l’espace. Une de ces deux nouvelles est signée Harry MORGAN et constitue l’incursion patrimoniale du volume. Excellent texte. On conseillera au passage aux amateurs de fantastique ancien de se pencher sur le catalogue des éditions de l’arbre vengeur.
Vandana SINGH [déjà au sommaire du Fiction 3] et son histoire de tétraèdre mystérieusement apparu en plein cœur de New Delhi est en revanche moins intéressante. On regrettera en particulier l’absence d’un vrai dépaysement.

Pour sa troisième participation à la revue [tome 2 et 6], Paolo BACIGALUPI ne parvient toujours pas à convaincre. Son Calorique présente une Amérique à la botte des sociétés productrices d’OGM et un contrebandier chargé d’une mission qui pourrait bien remettre cet ordre en cause. Bien que lauréat du prix Theodore Sturgeon, le texte est plat et le style plutôt confus. La traduction serait-elle à mettre en cause ? Peut-être est-ce pour la même raison que le Tikuka d’Anna FERUGLIO DAL DAN tombe à plat et échoue à susciter l’émotion dans ce space-opera, histoire d’amour et de sacrifices.

Copieux et éclectique, Fiction est le seul support à se permettre toutes les fantaisies. Dans cette livraison, c’est une demi-douzaine de courts récits [de trois à cinq pages] qui, s’ils ne sont pas indispensables, n’en proposent pas moins des pistes intéressantes.
Ray VUKCEVICH, dans son Glacial réconfort, esquisse une société obnubilée par le test de Turing, livrant un texte au ton humoristique plutôt réussi. Toujours dans le registre de l’humour, Conditions à remplir pour obtenir la Médaille du Mérite Mythologique, de Kevin N. HAW, est moins convaincant. Si le postulat d’une humanité déifiée était plutôt prometteur, le traitement sous forme d’un règlement est loin de faire mouche. N’est pas NOON qui veut [cf. Pixel Juice].
Tout aussi originaux mais anecdotiques, la très oulipienne expérience de Timothée REY et le texte de Ben GREENMAN. On notera au passage que ce dernier, tout comme son compatriote Kurt LUCHS, a publié dans McSweeney’s, support américain récemment évoqué dans ces colonnes. La nouvelle épistolaire de LUCHS, qui ne relève absolument pas du genre, est par ailleurs un bijou d’humour au ton glacial.
Reste un texte de Robert REED, inférieur à ce que l’on pouvait lire dans l’excellent recueil Chrysalide, et qui se contente d’évoquer une idée qui mériterait d’être développée.

On le sait, et on ne s’en lasse pas, Fiction c’est aussi [et surtout] une très forte composante graphique. Sous la superbe couverture de l’espagnol Antonio SEIJAS, plusieurs portfolio et une courte bande-dessinée.
Ce sont de très belles reproductions de Grandville qui illustrent le sommaire et jonchent le volume. La rédaction de la revue a de quoi être fière d’avoir exhumé de telles fantaisies humoristiques. Relevant d’un même souci de mémoire, les illustrations de pulps de J. Allen ST. JOHN raviront les éventuels nostalgiques de cette époque, tandis que les étonnantes satires de Hans Georg RAUCH devraient interpeller tout un chacun.
Les plus contemporaines fées de Béatrice TILLIER ne présentent, elles, que peu d’intérêt. Enfin les quatre planches du Prémonition de David de THUIN sont sympathiques mais pèchent par une chute ratée sur laquelle reposait tout le scénario.

On renouvellera les remarques sur les rubriques [cf critique du volume 7] : Pour s’envoyer en l’air le regard, demeure une chronique fourre-tout des livres illustrés, français ou étrangers, populaires ou érudits, dans laquelle le lecteur trouve généralement à glaner une ou deux références. En revanche le Carnet de bal de Serge-André MATTHIEU ne convainc toujours pas. On continue de regretter la rubrique de Francis VALÉRY.
Les deux essais qui complètent le sommaire sont venus boucher un trou, et ça se voit. La réflexion d’André-François RUAUD sur l’exil se transforme en triple chronique un peu longuette ; et l’analyse de La Route par Raphaël COLSON se révèle un poussif teasing de son essai paru chez Mnémos. Etait-ce bien utile ?


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GOONAN, FORD, HAND et SWANWICK : quatre excellentes raisons de se plonger dans ce tome 8, même s’il laisse une impression d’ensemble légèrement en deçà de la précédente livraison. Au fil des années, Fiction s’est confirmé comme le support le plus exigeant et le plus intelligent des littératures de l’imaginaire. On ne saurait que trop encourager le lecteur de nouvelles à s’abonner à cette revue, seul espoir de la pérenniser.