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Par Shinjiku
Une précieuse « Note de l’éditeur » en fin d’ouvrage donne quelques précisions à propos des sources de l’auteur : J.-P. Kelly s’est inspiré d’un poète du XIXe siècle, Henry David Thoreau, dont l’œuvre principale Walden [à découvrir], une utopie écologiste inspirée de la littérature védique, donne son nom à la planète sur laquelle se déroule l’action de Fournaise.
PRIX NEBULA DE LA MEILLEUR NOVELLA 2007
Spur, de son vrai nom Prosper Grégoire Leung — quand il ne s’occupe pas de son verger — est envoyé avec une escouade sur le front des incendies qui secouent Walden, pour stopper la progression des flammes.
Ces incendies sont tout sauf naturels : d’origine criminelle, ils sont l’œuvre de torches humaines, martyrs du peuple local, les Pukpuks, que les habitants de Walden, sous l’impulsion de leur mystérieux président Jack Winter, ont chassé de leur terre d’origine sous prétexte qu’ils en avaient épuisé toutes les ressources.
Rebelles et attachés à leurs déserts, les Pukpuks ont entrepris depuis trois générations de brûler les forêts que Winter et les nouveaux habitants de Walden s’échinent à faire pousser pour transformer de force l’écosystème de la planète.
Dans le même temps, le président a établi pour ses citoyens un mode d’existence pastoral basé sur un principe de « simplicité » : refus du confort, abnégation au travail et organisation rurale de la collectivité.
Lors d’une mission, Spur est grièvement brûlé. Accueilli dans un hôpital disposant de moyens de communication élaborés, il entreprend de contacter au hasard des habitants de « l’en-haut » [stellaire], aux technologies beaucoup plus évolués et perçus comme des demi-dieux par les campagnards de Walden. Un quiproquo l’amène à provoquer le débarquement d’une mystérieuse congrégation d’enfants de l’en-haut, le L’ung.
Si Fournaise était comparée, dans la quatrième de couverture de l’édition française originale [1] à l’anticipation pastorale de Clifford Simak et à celle, politique, de Robert Silverberg — et il n’y a rien de plus vrai, le roman navigue constamment entre ces deux styles — il fait également penser aux grands classique de la dystopie, Le meilleur des mondes et 1984 : un citoyen totalement bouffé par le système régressif dans lequel il vit s’éveille à des considérations différentes par son contact avec des instances supérieures, et se met à remettre en cause la politique dudit système.
Néanmoins, Kelly ne s’engage jamais sur la voie de la prise de position, contrairement aux romans de Huxley et Orwell. Qu’y a-t-il de mieux entre une existence simple et paisible au sein d’un carcan et celle, plus excitante, qui mène aux étoiles ? La saine immobilité rurale vaut-elle mieux que l’instabilité confortable née de l’évolution technologique ? La « simplicité » prônée par Winter n’es-elle pas un leurre voué à contrôler la population, et les Pukpuks n’ont-ils pas raison de se soulever ?
Rien n’est tranché, et on se contente de suivre ce personnage principal, tour à tour dépassé, candide, courageux, sur les différentes voies de réflexion qu’offrent la situation et le contexte.
La manière d’enrober l’histoire par l’intermédiaire d’un unique personnage point-de-vue, dont les préceptes moraux mais aussi les sentiments familiaux, les convictions acquises et l’étonnement continuel colorent le récit, reste classique [on voit ça dans quantité de « romans initiatiques » et l’écrivain le plus emblématique de ce procédé est peut-être Neil Gaiman ; on pense à également au John Crowley de L’été-machine et de L’animal découronné].
Il est pourtant surprenant de constater avec quel talent Kelly parvient à distiller des informations sur un monde totalement nouveau avec une réelle économie de détails.
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Deux cent pages suffisent à poser un environnement, dérouler l’histoire, éclairer des mystères, exposer et clore le sujet, avec une belle vigueur et des passages marquants. |
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[1] Fournaise est d’abord paru aux éditions Les Moutons Electriques en 2007.