EN BREF

 
SYNDICATION


Suivez le Cafard cosmique sur Twitter

Devenez Fan du Cafard cosmique et suivez toute l’actualité du site sur Facebook

Flux RSS 2.0 : pour afficher toutes les nouveautés du site par syndication.

netvibes : cliquer ici pour ajouter le flux RSS à votre page netvibes.


 

A VOIR AUSSI

A VOIR AUSSI

 
 

L’un de nos auteurs favoris, Francis BERTHELOT fait coup double ce mois-ci avec un nouveau roman particulèrement savoureux, "Hadès Palace" [Le Bélial’], et un guide de lecture d’un genre inédit, "Bibliothèque de l’Entremondes" [Folio SF], invitation à la découverte de la transfiction.
Le Cafard cosmique se fend donc d’un dossier à la hauteur de l’événement...


Le Cafard cosmique : On ne va pas vous refaire le coup de la biographie [se reporter pour cela à l’interview précédente], mais entrer directement dans le vif du sujet. Vous sortez quasiment en même temps deux livres radicalement différents. Un roman, « Hadès Palace » et un guide de lecture sur votre domaine de recherche, les transfictions. Pour le lecteur, c’est l’occasion de découvrir deux Francis BERTHELOT, le romancier et le chercheur.
C’est de la schizophrénie ?


Francis BERTHELOT : Vu de l’extérieur, peut-être ; mais je ne le vis pas ainsi. En fait, ce sont les deux faces de ma relation avec la littérature. La pratique de l’écriture romanesque soulève un certain nombre de questions, auxquelles je tente de répondre par une réflexion sur la théorie littéraire. Et, réciproquement, l’approfondissement de cette théorie m’ouvre des voies que la seule pratique ne m’aurait pas forcément révélées.
Ces deux faces sont donc très complémentaires. Loin de les ressentir comme un clivage, j’y vois au contraire un moyen de retrouver une unité, sur le plan intérieur comme dans les textes qui en résultent. Les transfictions sont les fictions situées à la frontière de la littérature générale et des littératures de l’imaginaire : c’est sur elles qu’ont porté mes recherches de ces dernières années ; c’est également le lieu où je me positionne en tant qu’écrivain.

CC : Le cycle du "rêve du démiurge" rassemble vos oeuvres romanesques. « Hadès Palace » en est la sixième mais pas la dernière pierre. L’ensemble de ce vaste paysage littéraire a-t-il été pensé dans sa totalité ou se dessine-t-il au jour le jour ?

FB : Au départ, je n’avais pas projeté d’écrire un cycle. Les deux premiers volumes, « L’Ombre d’un soldat » et « Le Jongleur interrompu » n’ont aucun lien, si ce n’est qu’ils se situent à des époques compatibles [1952-1962 pour le premier, 1966 pour le second]. C’est dans « Mélusath » que j’ai mis en présence des personnages venant de l’un et de l’autre, tout en faisant basculer le récit du "réalisme" initial vers le "merveilleux noir" actuel. Ensuite, chaque roman s’est imposé pour résoudre la ou les questions laissées en suspens par le précédent. C’est au moment d’ « Hadès Palace » que j’ai établi le schéma définitif de l’ensemble, lequel comprendra neuf romans en tout. Mais chacun d’eux peut être lu indépendamment des autres : j’introduis toujours dans le texte les rappels nécessaires, de manière à ce que le lecteur n’ait aucun problème de compréhension.

CC : Quelle a été la genèse de « Hadès Palace » ?

FB : « Le Jeu du cormoran » [autre roman du cycle] commençait par une violente dispute entre deux frères, partenaires dans un cirque, pour raconter l’histoire de l’aîné après leur séparation. Le peu que j’avais dit du cadet m’ayant donné envie de mieux le connaître, je l’ai pris comme héros d’ « Hadès Palace ». Par ailleurs, je voulais parler de ces endroits mirifiques où, sous couleur de fabriquer des artistes [ou des sportifs, ou des savants, etc.]à la fois performants et conformes à l’idéologie en place, on broie de manière systématique des êtres humains. J’ai donc envoyé ce jeune homme - talentueux mais insolent - dans un de ces lieux, histoire de lui faire perdre quelques illusions.

CC : Dans « Hadès Palace », on remarque quelques allusions à DANTE. On y trouve, par exemple, trois cercles.
A quoi correspondent-ils ?


FB : La "Divine Comédie" est structurée en trois parties : L’Enfer, Le Purgatoire, Le Paradis. Au Palace, ce serait plutôt l’inverse : on commence par le paradis pour finir en enfer, après un purgatoire corsé. Cependant, la référence est surtout la mythologie grecque. Hadès, dieu des enfers, bien sûr ; mais aussi ses trois juges, Minos, Eaque et Rhadamante ; Cassandre, la prophétesse lucide que personne n’écoute ; Orphée et Eurydice, dont le mythe intervient sous deux formes différentes ; le chien Cerbère ; et j’en passe. Le lac noir du troisième cercle renvoie au Styx, mais également aux eaux sombres de Tuonela, la terre des morts, dans le Kalevala.

CC : Ce roman possède-t-il une dimension autobiographique ?

FB : Comme la plupart de mes textes - même si je brouille soigneusement les pistes. Toute ma vie, je me suis trouvé confronté à des hiérarchies qui exigeaient de moi que je sois autre chose que moi-même. C’est le sort commun, bien entendu, mais ça ne le rend pas plus agréable pour autant. Ce type de contrainte a un versant positif et un versant destructeur. Il est aussi dangereux de s’y soumettre que d’y résister. Dans le meilleur des cas, on arrive à en tirer parti pour s’améliorer ; dans le pire, on en ressort démoli. C’est aussi de cette ambiguïté que j’ai voulu parler.

CC : Le fonctionnement du "Palace" avec ses miliciens etc., semble assez inspiré du fascisme. Un commentaire ?

FB : A la réflexion, je pense qu’il y a une réminiscence inconsciente du film de Pasolini, « Salo ou les 120 journées de Sodome ». L’univers d’« Hadès Palace » est un univers sadien. Quant au film, il est structuré en trois cercles et comporte effectivement des miliciens. Plus qu’au fascisme, pourtant, j’ai pensé aux pressions qu’ont subies les musiciens en URSS du temps de Staline : de Prokofiev à Chostakovitch, en passant par Nosyrev envoyé au goulag, ils ont eu droit à des procès terrifiants. Par ailleurs, je voulais depuis longtemps raconter l’histoire d’un soldat qui, se trouvant du "mauvais" côté, en prend peu à peu conscience et change de camp. Le cadre d’ « Hadès Palace » se prêtait à l’exploration de ces deux thèmes. Sans parler, bien sûr, des vertus érotiques de l’uniforme...

CC : Quand vous évoquez le paysage transfictionnel, vous citez le groupe Limite et la Nouvelle Fiction. Deux courants littéraires dont vous faites partie. Quels en sont les tenants et les aboutissants ?

FB : Limite regroupait des auteurs de SF désireux d’échapper aux contraintes de genre pour adopter une démarche plus "littéraire", avec la part d’expérimentation que cela comportait. La Nouvelle Fiction, à l’inverse, est née dans le champ de la littérature générale, mais rejette le réalisme au profit d’une fiction où l’imaginaire œuvre en toute liberté. Ce sont ces deux expériences qui m’ont conduit à réfléchir sur cette zone frontalière, à la fois ambiguë et foisonnante, à laquelle j’ai fini par donner le nom de transfictions. En me demandant d’écrire un essai-guide sur ce sujet, Sébastien GUILLOT - le premier directeur de la collection Folio SF - m’a permis de concrétiser ces réflexions et de les étendre à différentes aires culturelles, alors qu’au départ j’étais surtout axé sur la littérature francophone.


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de Berthelot Francis [et d'autres critiques]

PAT