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Publié le 01/01/2000

« Fugues » de Lewis SHINER

[« Glimpses », 1993]

DENOËL / LUNES D’ENCRE, 2000

Par K2R2

Rock et SF, voilà un mélange qui a tout pour plaire et qui par le passé à déjà fait ses preuves, en témoignent l’excellent Rock Machine de Norman SPINRAD ou le non moins méritant Le temps du twist de Joël HOUSSIN. Mais cette fois, Lewis SHINER dépasse largement le cadre du bon petit roman sympathique, pour ancrer Fugues dans ce qui demeure à mon sens l’un des plus grands hommages fait à l’histoire du rock tous genres confondus. Evidemment, on peut être allergique au rock [si si, ça arrive] et alors le roman perd une grande partie de sa saveur. Mais la grande force de Fugues c’est qu’il tient parfaitement la route sur le plan littéraire et dégage une force, une authenticité et une émotion d’une rare intensité.


L’angle narratif choisi par Lewis SHINER a ceci d’intéressant qu’il n’est pas focalisé sur les stars du rock auxquelles il a choisi de rendre hommage, mais sur la vie de Ray Shackelford, modeste réparateur de matériel Hi-Fi, mélomane averti et grand nostalgique des sixties. La quarantaine bedonnante, Ray vit dans le passé, comme si le temps s’était arrêté en 1970, à la mort de Jimi Hendrix ; son couple bat de l’aile, son avenir professionnel manque de perspectives et il vit depuis son enfance une relation conflictuelle avec son père. Autant dire que la crise de la quarantaine n’est, en comparaison, qu’une vaste fumisterie.
En réalité, Ray s’ennuie ferme ; il picole un peu trop et seule la musique parvient encore à susciter de l’émotion en lui. Alors il repasse ses vieux 33 tours des Beatles ou des Doors, ressassant un passé révolu et des rêves de musicien de rock brisés par les contraintes d’une réalité économique aussi grise que la poussière qui s’accumule sur sa vieille batterie.

On ne sait pas trop ce qui pourrait sauver Ray du marasme dans lequel il s’enferme, jusqu’à ce que son père meure dans un accident de plongée au Mexique. Ray s’enfonce encore davantage dans la dépression, ses rêves le coupent des heures entières de la réalité, le temps s’écoule par vagues, la musique le porte en d’autres dimensions où il peut toucher ses idoles ; comme le jour où il assiste à l’enregistrement de The long and winding road, titre maudit des Beatles, mixé à leur insu par Phil Spector et évoqué dans les six motifs de séparation du groupe.
Ce jour là, Ray a le sentiment d’être présent dans les studios d’Apple, la musique le pénètre, les arrangements sont différents de la version qui fut commercialisée, et pour cause c’est à la session d’enregistrement originale qu’il assiste. Lorsqu’il s’éveille de son rêve, Ray est déboussolé, sur la K7 qu’il avait placée dans sa platine haute fidélité figure cet enregistrement unique des Beatles. Dans ses mains, il tient la version originale de The long and winding road...

Sidéré par l’expérience, Ray contacte une maison de disque de Los Angeles spécialisée dans la commercialisation de compilations, enregistrements inédits et autres projets avortés des groupes mythiques des années 60-70. Le producteur Graham Hudson, sans trop poser de question accepte l’enregistrement des Beatles et engage Ray à persévérer dans son entreprise ; ce dernier entreprend alors de suivre les pas de Jim Morrison et de s’attaquer rien moins qu’à The celebration of the lizard, un titre mythique des Doors qui devait à l’origine occuper une face complète de l’album Waiting for the sun.

La première impression qui se dégage de Fugues c’est, paradoxalement, l’authenticité du récit. Lewis SHINER transcende son sujet grâce au personnage de Ray, pétri de contradictions, englué dans le passé et profondément... humain. Cet homme se cherche, se perd et retrouve le droit chemin ; tout cela, grâce à la musique.
La force du roman réside également dans cette part de rêve qu’il semble enfin rendre accessible. Quel fan n’a pas souhaité que les Beatles ne se séparent jamais ? Que Jim Morrison ou Jimi Hendrix ne meurent pas stupidement ? Que Brian Wilson accouche de l’album ultime, celui qu’il a composé dans sa tête mais n’a jamais réussi à concrétiser en studio ?
L’auteur est non seulement fort bien documenté, mais il est également un très grand nostalgique des sixties, une époque qu’il ne recrée pas complètement puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une plongée dans le mouvement hippie, mais d’une évocation d’une force rarement atteinte. Le récit transpire l’émotion, l’humilité et le respect de ces hommes et de ces femmes qui ont écrit une grande page de l’histoire du rock.


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Certes, tout ceci fleure bon l’utopie et l’argument SF [fantastique ?] n’est ici qu’accessoire, mais finalement ce qui compte c’est la finalité et non les moyens mis en oeuvre pour l’atteindre.

Bref, un roman sans fausse note, dans tous les sens du terme !