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Publié le 03/10/2006

Grande Jonction de Maurice G. Dantec

ED. ALBIN MICHEL, SEPT. 2006

Par PAT

Fans de Dantec, revenez... Maurice semble avoir délaissé les délires significativement cataphoriques de non-textualité post-agencée façon Villa Vortex->97] pour revenir à la quintessence du roman : une histoire, un début, un développement, une fin et même (soyons fous) une morale.
Et on en trouvera encore pour râler après ça...


Officiellement rangé dans le tiroir "écrivains infréquentables", Maurice Dantec est assez fort pour raconter des conneries et se laisser dépasser par les évènements. Désormais convaincu de la nécessité historique des croisades, le plus canadien des auteurs français dérive, déborde et s’éloigne trop souvent de l’essentiel : la littérature. Elle revient, la littérature, elle revient et c’est tant mieux, car on parle beaucoup de Dantec sans prendre la peine d’évoquer ses romans.

Question roman, « Grande Jonction » est un très joli exemple d’une SF moderne, radicale et pleinement assumée. Car oui, Dantec le clame, il écrit de la SF, point barre. Aux autres de gloser sur l’importance du genre, lui en écrit et c’est tout. De fait, "Grande Jonction" ressemble presque à un délire futuriste post-apocalyptique qui convoque aussi bien les fantômes de Bruce Sterling et Dan Simmons que de ceux de J.G. Ballard et Harrison. Suite de Cosmos Inc., Grande Jonction se termine même sur une certaine ouverture... On attend donc une conclusion, cette fois clairement orientée "étoiles" et encore plus ancrée dans une science-fiction enfin débarrassée de ses complexes.

2060, quelques années après "la chute", évènement sinistre qui a vu l’émergence d’une IA pas contente dont l’activité principale a consisté à ruiner l’organisation humaine telle que nous la connaissons, une seconde chute menace. Plus insidieuse, plus dangereuse, plus définitive aussi, cette seconde mutation de la machine (car c’en est une) cherche à transformer ce qui reste des hommes en modem. On retrouve ici l’idée principale d’un virus mental calqué sur les virus informatique, le cerveau humain n’étant finalement pas autre chose qu’un très très gros ordinateur.

Pour résumer, Grande Jonction traite de la lutte finale (ou initiale, d’ailleurs) de l’humanité et de la machine, machine dont la raison d’être est d’éradiquer la vie, mais qui de fait, a besoin de cette vie pour donner un sens à la sienne. Joli paradoxe sur lequel Dantec surfe avec brio, même si les idées développés dans le roman n’ont franchement rien de très nouveau.

La particularité du roman, c’est de faire écho à la nouvelle marotte chrétienne de Maurice. Marotte qu’on pourra simplifier en parlant de symbolique chrétienne, symbolique judicieusement appliquée à la trame scénaristique du roman : le verbe (dieu, les hommes, la vie) lutte contre le nombre (le numérique, la machine, le diable), avec l’écriture (théologique) pour allié et la lumière pour finalité (mais le rock n’ roll, aussi, quand même).

Dans ce foutoir étonnamment bien agencé, Dantec se promène et nous ballade agréablement. On ne s’ennuie pas, certaines images sont véritablement terrifiante (ces humains transformés en modem et qui ne peuvent ouvrir une bouche horrifiée que pour hurler des sonorités numériques ultra rapide avant de crever la cervelle grillée), et l’ensemble fonctionne très bien.


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Malgré des qualités évidentes et une réelle efficacité, Grande Jonction ne va somme toute pas très loin et ne mérite pas l’appellation publicitaire de "roman visionnaire".

Un lectorat peu habitué à la SF y décèlera sans doute des trouvailles géniales, mais tout amateur du genre pourra les dater avec précision : 1954, 1968, 1977... De là à dire que Dantec a 30 ans de retard, il n’y a qu’un pas. Un très grand pas, certes, mais un pas tout de même.