EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 03/05/2009

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

ED. LES MOUTONS ELECTRIQUES, MARS 2009

Par K2R2

Premier roman du lauréat du Prix du Cafard cosmique 2008, Gagner la guerre était, pour employer un euphémisme, attendu au tournant. Attente d’autant plus fébrile que l’objet du délit était annoncé par son éditeur comme volumineux (près de 700 pages pour 1 kilogramme de papier) ; pour un premier roman, avouez que c’est culotté. L’impressionnant pavé est illustré par une magnifique couverture d’Arnaud Cremet, qui ne devrait pas passer inaperçue sur les tables des libraires.
Ajoutez à cela que Gagner la guerre nous permet de retrouver cette bonne vieille canaille de Benvenuto Gesufal et vous comprendrez la hâte de votre serviteur à y poser ses petites pognes impatientes.


Pour ceux qui auraient l’outrecuidance de ne pas avoir lu Janua Vera, Benvenuto Gesufal est un illustre inconnu, mais les autres, les initiés, savent qu’il s’agit du plus fieffé gredin de Ciudalia, Cité-Etat et puissance maritime majeure que l’on a pu découvrir dans la nouvelle Mauvaise donne.
On retrouve donc Don Benvenuto, spadassin affilié à la guilde des chuchoteurs, devenu maître espion auprès du podestat - le plus haut magistrat de la République - Leonide Ducatore. La cité de Ciudalia est en guerre contre le royaume de Ressine, dont elle vient d’écraser la flotte à l’occasion d’une incroyable bataille au Cap Scibylos.
Difficle d’en révéler davantage sans tuer en partie le suspense savamment entretenu dès les premières pages. Sachez cependant que Don Benvenuto se retrouve rapidement mêlé à une intrigue politique aux motivations fort louches, qui lui vaudra force coups de latte et de très gros ennuis une fois de retour à Ciudalia. Heureusement, notre fripouille de spadassin, tel un chat, retombe très souvent sur ses pattes grâce à ses redoutables talents de bretteur et d’assassin.

L’univers de Jean-Philippe Jaworski, le Vieux Royaume, a un aspect composite qui n’est pas déplaisant. Evidemment, Ciudalia évoque l’Italie de la Renaissance et le parallèle avec Venise vient immédiatement à l’esprit. Mais par quelques aspects, notamment politiques, la cité rappelle aussi la République romaine. Le royaume de Ressine n’aurait rien à envier au puissant empire Ottoman, tandis que les contrées qui s’étendent au-delà de Ciudalia, en partant vers les régions septentrionales, sont plus proches d’une fantasy plus classique, d’obédience médiévale-fantastique. On y croise d’ailleurs, avec surprise - tant cela tranche avec l’ambiance Renaissance italienne - des nains et même quelques elfes.

Le travail de fond est remarquable, l’arrière-plan politico-historique paraît solide et travaillé, en un mot crédible. Jean-Philippe Jaworski a visiblement amassé beaucoup de documentation pour conférer à son récit l’authenticité qu’il méritait, ainsi, lorsque Benvenuto prend une raclée, les détails sur les dégâts physiques et les conséquences médicales d’un passage à tabac ne seront pas épargnés au lecteur. Un coup de gantelet en fer dans la tronche ça explose les cartilages fragiles du nez, déchausse quelques dents, brise une mandibule, bref ça fait mal, et l’auteur ne manque pas de talent pour nous le faire sentir. Le reste est à l’image de ces quelques détails, c’est à dire solidement bâti, ne laissant guère de place à l’approximation ; Jean-Philippe Jaworski n’est pas pour rien l’auteur de deux jeux de rôle.

Sur la forme, c’est irréprochable, mais ceux qui ont déjà lu l’auteur savent de quelle manière ce dernier soigne ses textes sur le plan de l’écriture et du style. Par l’entremise du personnage peu recommandable de Benvenuto, Jean-Philippe Jaworski s’en donne à coeur joie et sa plume se fait acérée, mordante, pleine de verve et de gouaille, certains passages sont tout simplement jubilatoires et on imagine aisément le plaisir que l’écrivain a pu prendre à écrire ses dialogues.
Les descriptions sont, quant à elles, puissamment imagées, on croirait se promener dans les rues de Ciudalia en compagnie de Benvenuto ; ses ruelles serrées qu’il ne fait pas bon traverser une fois la nuit venue, ses places grouillantes d’une population volubile et affairée (telle la piazza Smaradina), ses palais surprotégés où les familles patriciennes complotent et organisent la vie politique de la cité, ses toits de tuiles rouges qui s’enflamment sous la lumière du soleil couchant... Ciudalia c’est Florence, c’est Venise, Naples et Rome réunies, l’Italie et la Méditerranée dans toute leur splendeur, l’étrangeté en supplément.
Gros travail également sur la langue : l’argot partagé par les membres de la guilde des chuchoteurs est assez extraordinaire, la toponymie, les noms des personnages (toujours très significatifs, pour ne pas dire signifiants). Sans atteindre la folie créatrice d’un Tolkien, c’est un travail qui force le respect.

En arrière-plan apparaît de manière assez subtile une réflexion politique, voire philosophique, qui fait souvent défaut à bon nombre de romans de fantasy. L’image de la politique véhiculée par ce roman est assez consternante mais, hélas, fort crédible. Il y a une grande vérité dans les agissements des puissants de Ciudalia, et en particulier du podestat Ducatore. Peu de monde échappe aux coups de canifs bien sentis, en dehors de quelques idéalistes ou artistes bien isolés.


COMMANDER

Incroyablement prenant et superbement écrit, Gagner la guerre est assurément l’une des plus grandes réussites de ces dernières années dans le domaine de la fantasy.
Ce roman brillant ne fait que confimer ce que nous subodorions déjà à l’occasion de la parution de Janua Vera : Les Moutons Electriques ont découvert avec Jean-Philippe Jaworski un écrivain majeur, avec lequel il faudra désormais compter.

Son univers est par ailleurs suffisamment riche pour nous permettre d’espérer d’autres aventures épiques en compagnie de Don Benvenuto et de ses petits camarades.