Gandahar
de René Laloux
[1987]

d’après le roman éponyme de Jean-Pierre ANDREVON

DVD ARTE VIDEO, 2006

Par Mr.C

Au moment où « Renaissance », « Azur et Asmar » ou « U » font l’événement au cinéma, l’un des pionniers de l’animation en France est enfin fêté comme il se doit : René LALOUX, auteur de trois films d’animation de science-fiction mémorables, a été injustement boudé par les producteurs en son temps.

Aujourd’hui l’on reconnaît enfin toute la force de son œuvre et l’un de ses chefs d’œuvres, « Gandahar » sort en DVD à point nommé pour les fêtes de fin d’année.


  • Avec les voix de : Pierre-Marie ESCOURROU, Anny DUPEYREY, Catherine CHEVALLIER...
  • Durée : 1H23
  • Sortie au cinéma : 1988
  • DVD ARTE VIDEO, NOV. 2006

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René LALOUX

Né en 1929 à Paris, René LALOUX était un pur autodidacte. Dessinateur, peintre, marionnettiste, écrivain, il a d’abord travaillé avec Félix GUATTARI sur des projets de développement en clinique "anti-psychiatriques". Il réalise son premier court métrage d’animation avec des patients en 1960, à partir d’un spectacle d’ombres chinoises.

En collaboration avec le génial Roland TOPOR, il réalise ensuite deux autres courts métrages, « Les escargots » [1964] et « Les temps morts » [1965].

Son premier long métrage « La Planète Sauvage », réalisé à Prague, est une adaptation libre du roman de Stefan WUL, « Oms en série », un conte de science-fiction dans lequel des humanoïdes réduits en esclavage par les géants Draags se révoltent violemment.

Le trait de TOPOR, une mise en image audacieuse, et une bande-son très travaillée font du film un objet expérimental unique, d’une grande beauté formelle, frappée de citations surréalistes ou symbolistes, qui a durablement marqué la SF française.
« La Planète Sauvage » reçoit le prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1973.

Mais le succès public et critique du film profite essentiellement à TOPOR. René LALOUX s’apercevra avec amertume que les producteurs ne lui font pas confiance et n’accordent pas vraiment crédit au cinéma d’animation : LALOUX est d’ailleurs obligé d’abandonner son deuxième projet de long métrage, pour lequel il avait monté un studio à Angers.

Du coup, en 1982, c’est encore à Prague que René LALOUX s’exile pour signer « Les Maîtres du temps », un conte fantastique qui reprend en partie la trame d’un autre roman de Stefan WUL, « L’orphelin de Perdide ». Il en confie les dessins à MOEBIUS et les dialogues à l’auteur de polar Jean-Pierre MANCHETTE.

Toujours pour des questions d’argent, c’est en Corée, en 1988, qu’il réalise son troisième long métrage, « Gandahar », adaptation d’un roman de SF de Jean-Pierre ANDREVON sur des graphismes de Philippe CAZA.

Cette parabole politique se déroule dans le royaume de Gandahar. Sur la planète Tridan anciennement colonisée par des êtres humains, cette société utopique s’est bâtie, en harmonie avec la nature. Mais voici que les oiseaux-miroirs, qui veillent aux limites de Gandahar, détectent une menace invisible. Dans certains villages de la périphéie, des citoyens sont pétrifiés par un ennemi inconnu. La reine Ambisextra confie au jeune Sylvin Lanvère, la mission de percer le mystère et de sauver Gandahar.

En 1988, René LALOUX signe son dernier court métrage, « Comment Wang-fô fut sauvé », d’une durée de 16 minutes.

Un peu amer des difficultés rencontrées pour poursuivre son oeuvre en France, malgré la grande qualité reconnue de son travail, il s’était installé à Angoulême pour y prendre la direction du Laboratoire d’imagerie numérique. En 1999, il avait pris sa retraite. Il nous a quitté en mars 2004.

On regrettera longtemps que René LALOUX, figure emblématique de l’animation française, n’ait pas connu plus amples soutiens des producteurs et des diffuseurs nationaux pour développer son oeuvre. Peut-être était-il en avance sur son temps, lorsqu’on voit aujourd’hui les beaux succès artistiques et commerciaux que remportent l’animation française.


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« La Planète sauvage » était déjà paru en DVD en 2002. La parution de « Gandahar » permet à son tour de redécouvrir un chef-d’œuvre oublié. On y retrouve, comme dans toute l’œuvre de René LALOUX, le goût de l’étrange, et une science-fiction aux interrogations politiques et philosophiques : les excès de la technologie, la perte d’identité, le droit à la différence. « Gandahar » n’est-elle pas une société utopique qui, en réalité, a eu l’hypocrisie d’oublier son passé ?

Le DVD associe à ce film des bonus exceptionnels : les interviews inédites de René LALOUX lui-même, du dessinateur CAZA, du compositeur Gabriel YARED et de l’écrivain Jean-Pierre ANDREVON, mais aussi deux courts-métrages de René LALOUX : « La prisonnière » [1985] et « Comment Wang-fô fut sauvé » [1988], son tout dernier dessin-animé.



Mr.C