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« Attention, ce recueil est historique »
Ce sont les premiers mots de la préface de Gérard KLEIN au recueil de nouvelles de Gérard KLEIN, publié dans la collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont, dirigée par... Gérard KLEIN.
Mémoire vive, mémoire morte est, ceci dit, un recueil événement, ne serait-ce que pour la simple raison que Monsieur KLEIN n’a pas publié de bouquin depuis 1979 !


Vingt histoires, dont les plus anciennes ont été écrites il y a un demi-siècle, et l’occasion de restituer sa place à ce grand auteur français qui a mis de côté sa plume pour éditer ses confrères.


Le Cafard cosmique : Mémoire vive, mémoire morte est un recueil hétéroclite et tout sauf unidimensionnel. Sans doute est-ce dû au fait que les textes n’ont pas tous été écrits à la même époque, mais on y décèle aussi une multitude de Gérard KLEIN différents. Amertume, humour, introspection, sense of wonder, autobiographie, tout y est. Vous souscrivez à cette tentative de définition ?

Gérard KLEIN : Recueil hétéroclite, non je ne crois pas, même si j’indique dans la préface que certains pourront le juger disparate. En fait, il réunit, et cela est indiqué clairement dans cette préface et apparent dans la bibliographie qui conclut le volume, et dans la disposition même du recueil, des nouvelles de deux époques différentes, l’avant 1957, donc avant mes vingt ans pour les textes issus des Perles du temps, recueil publié en octobre 1958, et l’après 1973, date de parution de mon recueil La loi du talion.
En fait, il s’agit de l’après 1985, à une nouvelle près, ACME, publiée en 1975, et donc de l’après mes quarante-huit ans, disons cinquante pour faire un compte rond. Histoires comme si publié initialement en 1975 réunit en gros des nouvelles écrites et publiées entre les deux premiers recueils qui n’avaient pas trouvé place à mes yeux dans le second bien que j’aime beaucoup Histoires comme si.
Donc hétéroclite, ni même à dire vrai disparate, non. Variété ou diversité, oui.

Je me suis toujours efforcé de ne jamais écrire deux fois la même histoire et autant que possible de trouver même un ton différent pour chaque. Après que l’on a tenu compte de ces deux sources, assez éloignées dans le temps, ce qui n’était pas le cas pour les autres recueils, il suffit de reprendre mes trois recueils précédents pour s’apercevoir qu’ils montrent la même diversité, surtout peut-être Histoires comme si.
Pourquoi avoir repris des nouvelles de mon premier recueil ? Je m’en explique brièvement dans la préface. Je n’avais pas envie de voir reparaître Les Perles du temps en entier, même dans Folio SF comme il semble en avoir été question. Et ayant récupéré mes droits, j’ai fait un choix. C’est aussi un clin d’œil à mes débuts.
Amertume, je ne vois pas dans quel texte. Cela ne fait pas partie de mon caractère. Humour ou plutôt ironie, et le reste, oui sans doute. Quoique je sois peu porté sur l’autobiographie. Mais aucun écrivain n’y échappe tout à fait. Pas même, du reste, les mathématiciens.

CC : Disons que par "amertume", j’entendais une certaine tristesse qui transparaît dans les monologues de plusieurs personnages et situations [L’écume du soleil, notamment, La fête également, ou dans un autre registre, la très touchante Trois belles de Bréhat.
Ironie un peu triste, ça vous convient mieux ?


G.K. : L’amertume est le lot de ceux qui pensent avoir échoué, et avoir échoué par suite de l’incompréhension générale. Je ne pense pas avoir échoué partout et je ne crois certainement pas avoir été incompris.
D’accord sur l’ironie parfois un peu triste.

CC : Vous êtes un auteur rare et un éditeur occupé. Comment réussir à se positionner en tant qu’auteur quand on édite justement des gens du calibre de Frank HERBERT, Dan SIMMONS, Iain M. BANKS et quelques dizaines d’autres ?

G.K. : Un auteur rare, finalement pas tellement et moins que d’autres si l’on considère ma bibliographie de textes de fiction en fin de volume. Et encore moins si l’on prend en considération mes articles, critiques, essais et préfaces, qui doivent dépasser les cinq cents et qui feront peut-être l’objet d’autres volumes et d’une autre bibliographie.
Quant à me comparer aux auteurs que vous citez, ce n’est pas à moi de le faire. Je dirai seulement que ceux d’entre eux qui m’ont lu, et certains ont pu le faire, soit en traduction, soit dans le texte original comme John BRUNNER, m’ont toujours ou du moins très vite admis comme l’un des leurs. Et mon récent Pilgrim Award [2005], un prix décerné cette année à Algis BUDRYS, irait plutôt dans le sens d’une telle reconnaissance.
Occupé, certes. Il ne faut pas oublier que j’ai très longtemps mené de front trois activités, celle d’auteur, celle d’économiste, avec parfois de lourdes responsabilités, et celle d’éditeur. Et à peine avais-je cessé d’avoir une activité d’économiste que Frédéric Ditis me proposait de relancer la science-fiction au Livre de Poche. Deux collections, quinze à vingt titres par an, souvent accompagnés de longues préfaces, c’est prenant, tous les professionnels vous le diront.

CC : Il ne s’agit pas tant de vous "comparer" à d’autres auteurs, c’est un exercice qui me semble un peu vain, mais plutôt de comprendre comment vous, en tant qu’auteur à part entière, vous arrivez à vous situer et, en quelque sorte, à faire abstraction des textes que vous recevez/lisez/éditez. J’imagine que prendre la plume après avoir édité un livre comme Hypérion a quelque chose de paralysant...

G.K. : Non, pas tellement. Je trouve plutôt stimulante la lecture des autres et tout spécialement des meilleurs. Même s’il ne s’agit ni de les imiter, ni de rivaliser avec eux.

CC : Malgré son hétérogénéité, Mémoire vive, mémoire morte possède une certaine unité. L’interrogation permanente de la place de l’homme dans l’univers, le sens de la vie et une certaine forme de contemplation négative sur l’existence... Vous avez un regard personnel quasi désabusé sur le monde, non ?

G.K. : Contemplation négative, regard désabusé ? Je ne m’y reconnais pas. Mais si c’est l’impression que je donne...
Cela dit, les sociétés humaines, et en particulier la nôtre, que j’ai examinées d’assez près en tant que socio-économiste m’ont passablement déçu, en effet, par rapport aux attentes certainement naïves de mon adolescence. J’ai vécu une guerre, j’en ai fait une autre, j’ai senti les prémisses d’autres sur le terrain, notamment en 1972, j’ai beaucoup travaillé en étroite proximité avec des appareils d’État dont j’ai pu admirer de près les abus, la gabegie, la corruption, et, sans croire qu’on puisse s’en passer, je leur suis devenu rebelle.
Pour tout dire, j’ai rencontré, contrairement aux platitudes communes, plus de sens du bien commun et de prudence dans les transnationales [dont je me méfie par ailleurs] que dans les administrations notamment françaises. J’ai aussi rencontré d’immenses conservatismes dans une gauche que j’ai un peu fréquentée, sur les bords.
Désabusé, non, mais réveillé, oui.
Suis-je passé à droite, comme on dit ? Après Guy Mollet, le principal auteur de la guerre d’Algérie, et François Mitterrand notamment qui dans n’importe quel pays civilisé aurait été démis et condamné pour nombre de raisons dont son mensonge d’État sur son état de santé, certaines écoutes téléphoniques sans parler du favoritisme sous de nombreuses formes, ce serait tentant, non ? Mais je n’en ai pas le profil. Le cynisme, qui est le moteur de tous les partis, n’est pas, hélas, dans ma nature.

CC : A titre personnel, et en tant que simple lecteur, c’est effectivement la sensation que j’ai eu. J’y suis sans doute sensible dans la mesure où je partage ce genre de sentiment, peut-être est-ce une simple manifestation de lucidité qui apparaît avec l’âge mur, quand on réalise doucement que nos rêves de gamins ont tous été saccagés ?

Sans forcément passer par l’obligatoire question de "l’influence", on décèle plusieurs hommages notables. Civilisation 2190, par exemple, ressemble fortement à du DICK. Vous évoquez vous-même dans la préface le côté stapledonien de L’écume du soleil [en précisant quand même que vous n’en aviez rien lu à l’époque]. Cette nouvelle rappelle d’ailleurs dans une certaine mesure le début de La guerre des mondes... La fête est d’une rare tristesse et évoque l’incommunicabilité entre les êtres à la manière d’un Stanislas LEM... Et bien caché dans La serre et l’ombrelle, on trouve deux petites phrases : Face au feu du soleil et Est-ce ainsi que les hommes vivent ? C’est une forme d’hommage ou un simple clin d’œil ?


G.K. : L’influence de DICK dans Civilisation 2190, j’en doute. Écrite en 1955 au plus tard [voir biblio], cette nouvelle est antérieure d’au moins deux ans à ma découverte de Philip K. DICK et même à ses premières apparitions dans Fiction. Même chose pour STAPLEDON, et a fortiori pour LEM, que je n’ai pas lus avant le milieu des années 1960 au plus tôt. Les grands esprits se rencontrent.
La Guerre des Mondes, oui, je connaissais et certainement bien, mais avant vous, je n’avais pas fait le rapprochement. H.G. WELLS et Stanislas LEM ont cet autre point commun avec moi d’avoir beaucoup réfléchi à la prospective et de l’avoir pratiquée. Je ne prétends pas que j’y ai fait aussi bien qu’eux mais j’ai l’avantage inégalable de leur avoir pour l’instant survécu.
Dans les années cinquante, l’influence majeure dont je puis me prévaloir est celle de Ray BRADBURY. Ensuite, de façon plus discrète, peut-être celle de Van VOGT qui a aussi énormément influencé Philip K. DICK. Les Seigneurs de la guerre, outre une dimension tendrement ironique sur les possibilités et les limites de la science-fiction, a un côté van vogtien.

Il y a d’autres citations, cachées, glissées dans mes nouvelles. Il y en a notamment une de Victor HUGO dans Mémoire... Mais pour que vous trouviez, il faudra que vous connaissiez vraiment bien son œuvre. Hommage, sans doute, KLEIN d’œil sûrement, et après tout quand un écrivain antérieur [ou son traducteur] a trouvé une splendide formule, pourquoi n’en pas faire son lardon dans l’omelette ?

CC : L’exemple de DICK est révélateur des limites de "l’influence" au sens large. J’ai, par exemple, découvert "sérieusement" la SF avec les nouvelles de DICK publiées en plusieurs volumes dans la collection Présence du Futur. Je vous assure qu’un texte comme Civilisation 2190 n’aurait pas dépareillé. Au-delà de l’influence, sans doute est-ce plus une affaire d’époque ?

G.K. : Les considérations socio-politiques de ces années là tournaient beaucoup autour de la notion d’apocalypse. Il est normal que plusieurs auteurs, en même temps, se soient appropriés cette idée et aient posé la question de "l’après". Qui viendra après nous ? Comment jugeront-ils notre culture ?

Mais cette question est ancienne. Elle est présente chez WELLS, Rosny AÎNE, René BRAJAVEL, certes sous une forme un peu différente de celle suggérée par la possibilité de l’apocalypse nucléaire, et encore, pas toujours. Il existe même plusieurs textes sur le thème des ruines de Paris, généralement ironiques quant aux contre-sens que commettent les archéologues du futur.
Je ne les connaissais pas à l’époque.
J’étais frappé par l’absurdité de la plupart des livres publiés qui écrasent par leur présence ceux qui méritent réellement l’attention. Je sors à l’instant d’une grande surface du livre, et pas la pire : il me semble que la situation s’est encore beaucoup aggravée. Le rayon "sciences" est minimal, le rayon "sciences humaines" est au moins dix fois plus important ; mais ce qui submerge tout, c’est le "développement personnel", à pleurer. Et regardez les étalages de "meilleurs ventes", c’est terrifiant. Notamment dans les domaines qui nous intéressent ici.

CC : Ecrire... C’est un besoin, une nécessité, un plaisir ?

G.K. : Le genre de catégories fourre-tout qu’adorent les journalistes ou leurs équivalents !
Pour moi, rien de tout cela. Une envie de faire et de rivaliser avec des auteurs dont l’œuvre m’émouvait et m’impressionnait, certes. De voir si je pouvais faire aussi bien ou presque. Un désir, certes, de dire certaines choses, et sans doute ne suis-je pas allé assez loin dans cette direction.
Cela dit, j’ai connu, comme éditeur, bien des auteurs pour qui écrire était une nécessité vitale, quasiment névrotique, une façon de se maintenir à l’existence, et aussi, parfois, un gagne-pain ce qui est une autre façon de se maintenir en existence. Si j’avais cru pouvoir vivre décemment de ma plume, j’aurais sans doute davantage écrit. Mais nous sommes en France... Faut pas rêver !

CC : Pan dans les dents. Disons, pour préciser, que vous êtes un cas particulier dans la SF et dans l’édition. Vous écrivez, vous publiez, vous préfacez, vous analysez, vous rassemblez, vous êtes à la fois acteur, producteur et spectateur de la SF française. Toutes ces activités relèvent de la même dynamique ?

G.K. : Oui, je crois. « L’avenir est mon pays et j’y retourne tous les jours. » Je ne sais plus qui a dit ça. En tout cas, mieux vaut l’explorer du mieux possible.


> A LIRE : la critique de Mémoire vive, mémoire morte de Gérard KLEIN


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> La fiche bio / biblio de KLEIN Gérard [et d'autres critiques]

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