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Publié le 02/02/2004

« Globalia » de Jean-Christophe RUFIN

ED. GALLIMARD, JANVIER 2004 - REED. POCHE JUIN 2005

Par ARN

Liberté, prospérité, sécurité, telle est la devise de Globalia, une démocratie parfaite peuplée de vieux neurasthéniques gavés de publicités et de 365 fêtes par an [vacances, j’oublie tout].

Cette devise résonne douloureusement à l’heure actuelle...

Une dystopie qui refuse hypocritement l’étiquette SF... pas totalement inintéressante.


Car, tout en promettant la Liberté, Globalia restreint... les libertés, via de subtiles manipulations médiatiques et le puissant ministère de la protection sociale,
Car la prospérité se fait au détriment des non-zones [allusion transparente aux pays du sud.]
Car l’obsession sécuritaire face au terrorisme, à l’insécurité sociale et aux dangers écologiques, s’érige en pilier fondateur de Globalia : sans sécurité, pas de prospérité, sans prospérité, pas de moyens économiques de s’affranchir des contingences vitales et de s’assurer la ‘liberté’ de consommer, d’accroître son espérance de vie - seul argument valable mis en avant par le libéralisme.

Petite aparté, lisez l’article Davos 2004 : "Le business tourne à plein, le reste va très mal" (Le Monde du 17/01/2004) et vous comprendrez aisément pourquoi « Globalia » est dans l’air du temps avec ces mots clés de l’article : consolidation globale et prospérité sans sécurité.

La devise de Globalia doit donc se lire dans le sens inverse : Sécurité, Prospérité, Liberté. En gardant à l’esprit que la prospérité n’est qu’un faire valoir. Phrase clé du système Globalien : "la sécurité, c’est la liberté. La sécurité, c’est la protection. La protection, c’est la surveillance." CQFD : la surveillance, c’est la liberté.

L’ombre de « 1984 » de George ORWELL plane, d’autant plus que l’écrit et les livres ont quasiment disparu de Globalia ne laissant aux citoyens que la télévision pour seule source d’information et reléguant les historiens au rang d’espèce quasiment disparue. Mémoire courte et revenu minimum de prospérité rabaissent l’individu à un rôle de citoyen-bouffon, persuadé que ses libertés fondamentales sont menacées.

Ainsi, Globalia pourrait être considéré comme le successeur de « 1984 », l’inspiration stalinienne ayant cédé devant la démocratie totalitaire (voir post de Zomver). Globalia est une tyrannie molle, induite par un consensus patiemment et savamment implanté dans les cerveaux vieillissants des Globaliens et constamment rafraîchit par le gouvernement. Une dictature de la majorité, ce que redoutait Alexis de Tocqueville face à la démocratie américaine. Jean-Christophe RUFIN reprend d’ailleurs une phrase de Tocqueville en prémisse du roman.

Passé ce préambule, que raconte « Globalia » ?

Que faire lorsque Globalia n’a plus d’ennemis alors que leur réalité est vitale pour cette démocratie parfaite ? Et bien, en inventer, sinon le système s’écroule ; une société n’existerait-elle que si elle a des ennemis ?. Pauvre Baïkal - jeune homme de vingt ans, esseulé parmi la population de Grand Avenir - décrété ennemi public numéro un de Globalia. Instrumenté par le bureau d’identification de la menace, il sera lâché dans les non-zones, appât dans la chasse aux ennemis intérieurs et acteur, malgré lui, des mises en scène de reportages journalistiques sur la lutte antiterroristes.

Le roman se lit facilement, écriture fluide, d’autant plus si vous êtes lecteur assidu de science-fiction. A ce propos, on lira dans l’express ces quelques mots de l’auteur "Je ne suis pas fou de science-fiction. En revanche, j’apprécie la légèreté et l’humour des utopies voltariennes."
Ou encore "Je ne voulais pas tomber dans le délire ultratechnologique de la science-fiction. A côté d’ORWELL, mon autre source d’inspiration fut Boris VIAN."


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Que dire ?...Ce n’est pas un roman de science-fiction mais, comme le précise fort justement la quatrième de couverture, une fable visionnaire sur la mondialisation...Fable visionnaire, j’aime (!) cette nouvelle définition de la SF.

A recommander aux personnes allergiques à la SF en précisant par la suite que Serge LEHMAN a décrit un tel monde dans son cycle de Faust il y a déjà 7 ans. Que Pierre BORDAGE également, dans son cycle de Wang. Que John BRUNNER a exploré nombre des facettes du roman dans sa tétralogie noire. Que Philip K. DICK y pensait déjà dans "Loterie Solaire" et j’en oublie nécessairement.

Enfin, dans un registre nettement plus percutant, je recommande la lecture de la "Zone du dehors" d’Alain DAMASIO car "Globalia" a eu tendance à me laisser amorphe - ou plutôt détaché, incapable de vibrer au rythme des pérégrinations des personnages et de me révolter face au système Globalien. Mais, c’est peut être le but de l’auteur : démontrer que la société parfaite rend apathique et digne mouton de panurge, surtout si les médias sont performants et la publicité efficace. Si c’est le cas, alors bravo à J-C RUFIN.