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Publié le 14/05/2007

« Glyphes » de Paul J. McAULEY

[« Mind’s Eye », 2005]

ED. R. LAFFONT / A&D, AVRIL 2007

Par eleanore-clo

Paul MacAULEY poursuit son exploration du monde contemporain : « Glyphes » se situe dans la continuité des « Diables blancs », mais après l’Afrique, l’écrivain se tourne vers le Moyen-Orient et plus particulièrement vers l’Irak - une Irak très proche de celle que nous connaissons puisque l’armée américaine vient d’y renverser Saddam Hussein. Nous sommes en 2004.


Alfie Flowers, photographe de presse, est épileptique. Sa maladie remonte à son enfance. Une exposition accidentelle à la combinaison d’une drogue et de glyphes orientaux a altéré le cerveau du jeune homme. Lorsqu’il découvre un étrange graffiti, encadré par une frise glyptique, de vieux souvenirs s’éveillent en lui et l’espoir d’une guérison se fait jour. Alfie part alors à la recherche du "tagueur".

Son chemin croise celui d’Harriet Crowley, petite fille du médecin qui l’a soigné autrefois. En effet, le père d’Harriet avait utilisé le pouvoir chamanique des glyphes pour asservir les adeptes de la secte dont il était le gourou. Depuis l’organisation a disparu dans un bain de sang et la jeune femme, traumatisée par cet épisode, souhaite détruire tous les pictogrammes existants.

La quête d’Alfie et d’Harriet débute dans Londres pour finir en Irak, pays d’où sont originaires à la fois la drogue et l’écriture chamanique. Alfie et Harriet y mettent à jour un complot de riches industriels américains qui souhaitent utiliser le pouvoir des glyphes pour vendre leurs produits.

L’intrigue regorge de rebondissements et McAULEY sait entretenir son suspens et tenir son lecteur en haleine : vont-ils s’en sortir ? à quel prix ? La description du pique-nique sur la plage est profondément émouvante et ne manquera pas de toucher les cœurs sensibles.
On regrette cependant certaines invraisemblances qui affaiblissent la trame narrative. Et puis les personnages sont un peu trop nombreux [le voisin de Alfie ne sert qu’à augmenter le nombre de pages !] et souvent mal introduits [le bibliophage pressé ne manquera pas de remonter quelques pages en arrière pour comprendre si le nom inconnu correspond bien à un nouveau protagoniste ou si une lecture trop rapide... !].

Mais peu importe, les aventures de nos héros ne sont qu’un décor, qu’un prétexte. « Glyphes » n’est pas un roman d’espionnage où des James Bond modernes préserveraient le monde d’une nouvelle arme terrifiante. Non. « Glyphes » est un roman engagé, un manifeste qu’il faut décrypter avec attention.

Tout d’abord, McAULEY charge les va-t-en-guerre qui ont conduit à l’intervention armée en Irak, intervention dépeinte comme un tourbillon sans motif qui happe et dévore ses différents acteurs. Le retournement de l’opinion britannique date de 2005 mais l’écrivain précède ici ses compatriotes. Et s’il ne condamne pas encore la politique britannique, un palier a été clairement franchi. La mise en scène des guide-interprètes, héros malgré eux des récentes prise d’otages en Irak ou en Afghanistan, est à ce titre prémonitoire.

L’auteur explore la société britannique, mais pas celle de la City, celle des quartiers pauvres. On découvre une autre Angleterre, celle des immigrants qui essayent de s’intégrer avec plus ou moins de bonheur dans la société britannique [les habitués du gymnase...], celle des marginaux [Shareef]. La vie n’y est pas rose mais Mc AULEY met en exergue leur jeunesse, leur dynamisme face à une vieille Angleterre, quelque peu poussiéreuse et nostalgique de l’empire disparu [Le Nomad’s Club].
D’ailleurs, les « bons » sont à chercher du côté des humbles. Alfie, pigiste peu fortuné, porte les valeurs positives face au médecin fou, Rolf Möst. Harriet, experte en sûreté, prend la relève des services secrets, bloqués par des politiques véreux.
Les industriels ne sont pas épargnés : Mc AULEY dénonce la recherche sans fin des profits et l’immoralité d’un certain capitalisme. Il imagine un cartel de commerçants avide de nouvelles méthodes de ventes, à l’affût d’une drogue irakienne qui plonge l’esprit dans un état de grande réceptivité... si bien que l’individu obéit aux ordres encodés dans le langage des glyphes inconsciemment. Cette intéressante propriété permet bien évidemment d’envisager de nouvelles méthodes de publicité, voire même de gouvernement, à faire froid dans le dos...

Le thème de la drogue et du langage fut abordé par Ian WATSON en 1973 dans « L’enchâssement » [« The Embedding »]. McAULEY le renouvelle et prend une direction différente. La drogue n’est plus une porte ouverte sur de nouveaux horizons, au contraire, elle débouche sur la faiblesse et l’asservissement. La peuplade irakienne qui maîtrisait l’art des glyphes a été massacrée... triste destin. McAULEY, auteur moral s’il en est, n’a-t-il pas souhaité faire passer un message ?


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« Glyphes » offre au final deux aspect différents : un livre d’aventure aux multiples rebondissements, dont l’un des charmes tient à la mise en scène des langages glyptiques. Et un manifeste politique dans la lignée de la SF britannique actuelle, revendicative, gauchiste voire engagée [China MIEVILLE, Ken MacLEOD,...).

Mc AULEY n’est pas TOLSTOÏ, et « Glyphes » n’est pas « Guerre et Paix » ; mais l’auteur fait preuve d’une grande efficacité et n’en est que plus convaincant. Il mérite le détour.