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Après Radieux, puis Axiomatique, Greg Egan, écrivain aussi culte que mystérieux, nous offre Océanique, troisième recueil de nouvelles à paraître aux Editions du Bélial.
L’auteur australien, pape de la Hard-science, et prophète de la SF intelligente, est plutôt du genre discret. Mais il a accepté de répondre à quelques questions du Cafard cosmique.
L’occasion d’une courte interview trans-pacifique.


« Quatre-vingt dix pour cent des écrivains de SF sont athées... »
Greg Egan


Le Cafard cosmique : Océanique sort ces jours-ci en France. Qu’avez-vous envie de dire à vos lecteurs ?

Greg Egan : J’espère qu’ils aimeront. Je remercie d’ailleurs Ellen Herzfeld et Dominique Martel — de « Quarante-Deux » — qui ont permis la publication d’Océanique, de Radieux et de Axiomatique. J’ai énormément de chance d’avoir des ambassadeurs français aussi énergiques et enthousiastes.

Vous êtes connu pour votre engagement en faveur des réfugiés. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de cet engagement ? Quelle est la situation des réfugiés, en Australie ? Poursuivez-vous encore votre action ?

Comme dans beaucoup d’autres pays, de nombreux réfugiés atteignent la côte australienne par bateau, et parfois, la réponse des autorités est très brutale. En 2001, une embarcation remplie d’Afghans a coulé entre l’Indonésie et l’Australie. Une frégate norvégienne — la Tampa — leur a portés secours. Et quand ce navire a voulu conduire les naufragés sur une île australienne, le gouvernement a envoyé des soldats pour aborder la Tampa et empêcher le débarquement des réfugiés.
Cette histoire m’a écœuré. J’ai commencé à regarder de plus près la situation des réfugiés en Australie. Bon nombre d’entre eux étaient enfermés dans des centres de rétention depuis quatre ou cinq ans. J’ai rejoint une organisation de soutien aux réfugiés et nous avons visité plusieurs centres pour essayer de les aider.
Depuis, tous les réfugiés avec lesquels j’ai été en contact ont été libérés et le gouvernement se montre un peu moins violent envers eux. Mais d’autres bateaux sont arrivés, ces derniers mois, et la situation prend désormais un tour politique. Il y a quelques jours, le Premier Ministre australien a fait en sorte que le président indonésien envoie sa propre marine intercepter un bateau rempli de sri-lankais avant qu’il atteigne les eaux australiennes.

Vos textes possèdent souvent un arrière-plan politique intéressant — surtout pour les Français. On ne vous rattache pas facilement aux courants de pensée classiques, comme le socialisme ou le libéralisme...

Si vous voulez savoir de quel côté je me range, je suis plutôt satisfait des sociaux-démocrates modernes. Et je me moque souvent des extrémistes de gauche comme de droite, d’autant que beaucoup d’entre eux ont une idée assez ridicule de la science, de la culture et de la philosophie... Mais d’un autre côté, aucune forme de gouvernement n’est à l’abri de devenir dingue et de nuire à sa population.

Votre travail est d’une rare modernité, d’un point de vue sociologique. Vos personnages sont soumis aux aléas de l’économie mondiale. Ils travaillent comme ils peuvent et baissent la tête en attendant des jours meilleurs. C’est en partie autobiographique ?

Le boulot d’écrivain se rapproche de la norme actuelle. C’est de plus en plus difficile de compter sur un salaire régulier et sur un seul travail pendant toute sa vie.

Les 3 recueils de nouvelles de Greg Egan aux Editions du Bélial'

Dans L’Énigme de l’univers, vous développez — presque — une utopie. Un genre de techno-anarchisme. C’est un point de vue qui vous convient ? Peut-on y voir un lien avec vos réflexions sur la culture du gratuit et le principe du creative commons ?

La partie politique de L’Énigme de l’univers n’est pas à prendre au sérieux. Je ne crois pas qu’on puisse arriver un jour à une application pratique de l’anarchisme. J’ai plus conçu l’ensemble comme une métaphore des aspects métaphysiques du roman, où les lois de la physique sont créées en circuit fermé par les êtres conscients qui en permettent l’existence.
Bien sûr, il est fondamental que les connaissances scientifiques s’étendent librement aussi loin que possible. Les brevets et autres propriétés exclusives ne sont pas forcément mauvais, mais il y a parfois de l’abus, ce qui nuit au progrès scientifique et à l’humanité entière. Malheureusement, certains préfèrent gaspiller leur énergie dans des causes geignardes, comme l’échange de musique ou de films par Internet, au lieu de s’investir dans quelque chose de véritablement utile au progrès humain.

L’Asie joue un rôle très important dans vos livres, notamment la Chine. C’est simplement dû à la proximité de l’Australie ou c’est quelque chose de plus profond, une sorte de vision du déclin occidental ?

Je ne crois pas qu’on puisse parler de déclin occidental, mais oui, bien sûr, la Chine et d’autres pays d’Asie prennent de plus en plus d’importance, tant d’un point de vue économique que scientifique. J’imagine que je m’intéresse un peu plus à l’Asie qu’à l’Amérique du sud, par exemple, pour des questions de proximité géographique, mais dans le fond, c’est juste que les histoires qui se déroulent en Occident m’ennuient. Je viens juste de finir un roman — Zendegi — qui se passe en Iran. Non parce que je crois que l’Iran va devenir une super-puissance d’ici peu, mais parce que c’est une culture fascinante très mal connue en occident.

Vous êtes athée. Cela influe forcément sur la façon dont vous concevez la science-fiction et la littérature en général.

Je crois que quatre-vingt dix pour cent des écrivains de SF sont athées, ça n’a rien d’inhabituel. La seule chose que j’ai à dire, c’est que les thèmes les plus importants de mes livres reflètent l’idée que l’humanité fait partie du monde matériel, comme le reste. Nos idéaux, nos personnalités, nos émotions relèvent du même processus physique que tout ce qu’il y a autour de nous. Cette idée n’a rien de nouveau, elle a déjà plusieurs siècles en fait, mais l’héritage religieux nous complique parfois la tâche et nous ne l’acceptons pas si facilement.

Votre travail repose sur une importante quantité de données scientifiques. Diaspora, par exemple, développe une « fausse physique » impressionnante.

Je pense que les mathématiques et les sciences naturelles sont des sujet immensément intéressants. Que l’on parle des véritables lois qui régissent l’univers ou d’idées plus ou moins fantastiques sur ce qui pourrait être vrai ou pas, voire s’appliquer dans d’autres univers. La découverte des lois de la physique a été l’une des aventures intellectuelles les plus excitantes de l’histoire. Et la littérature se doit de la traiter de bien des façons différentes. Je travaille en ce moment sur un nouveau roman — Orthogonal — sur l’histoire de la science dans un univers complètement différent. Certains lecteurs le détesteront et diront que ça n’apporte rien au monde réel, mais pour moi, le processus de la découverte est intéressant en soi. Et le voir fonctionner avec des lois différentes est aussi valable que suivre le destin de personnages fictifs dont l’existence n’a aucun rapport avec la nôtre.

Vous pouvez en dire plus, sur Orthogonal ?

Comme je vous le disais, les lois physiques n’y sont pas les mêmes. Par exemple la loi de la conservation énergétique y est respectée, mais certaines formes d’énergie sont différentes. Dans notre univers, si vous absorbez de la lumière, vous en tirez une énergie utile. C’est comme ça que les plantes vivent. Dans l’univers d’Orthogonal, les plantes utilisent aussi l’énergie lumineuse reçue, tout en créant des photons. La photosynthèse fait donc émettre de la lumière aux plantes. Les fleurs sont lumineuses...

Voyez-vous une évolution dans la science-fiction moderne ?

La science-fiction me paraît aujourd’hui beaucoup plus variée qu’auparavant. Il existe des dizaines de sous-genres susceptibles de répondre à peu près à n’importe quelle envie. La SF qui prend la science au sérieux n’en représente qu’une toute petite partie, et son existence reste précaire. Mais pour l’instant, je crois que cette niche écologique existe toujours.


A LIRE : La critique du recueil Océanique

Merci à Bidibulle pour ses questions.


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de Egan Greg [et d'autres critiques]

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