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Grégoire Hervier est un jeune écrivain français d’une trentaine d’années qui nous propose avec Zen City un roman aux accents orwelliens, une plongée dans la cité du futur et l’obsession sécuritaire, à faire froid dans le dos.
Repéré avec son premier roman, Scream test, prix Méditerranée des lycéens et prix Polar Derrière les murs en 2007, Grégoire Hervier se dit inspiré aussi bien par la musique de Mogwai, que par les Simpsons ou les écrits satiriques de Benoît Duteurtre.


CC : Le narrateur Dominique Dubois découvre à Zen City un avenir plein de promesses avant de plonger dans un parfait cauchemar : ce personnage, est-ce vous, une partie de vous, ou un personnage totalement fictif ?
G.H. : En fait il y a deux narrateurs. Le premier est censé être moi à qui, en tant qu’auteur, un éditeur aurait demandé de manière un peu opportuniste de faire un livre suite à un événement dramatique : la « tragédie de Zen City ». Ce livre « de commande » s’appuie sur les archives du blog et du journal intime d’un résident de Zen City, Dominique Dubois, à qui il est par ailleurs arrivé une histoire très étrange, en rapport plus ou moins direct avec cette fameuse tragédie.

Dominique Dubois est un personnage fictif mais dans la mesure où il s’agit du parfait « Monsieur tout le monde », il est également une partie de moi-même et de celle du lecteur. Il incarne cette part de nous qui aspire au confort matériel et à une certaine forme de sécurité. Il arrive à Zen City pour commencer une nouvelle vie et espère trouver une compagne. Il se sacrifiera beaucoup pour atteindre ce but, même si les choses dérapent assez rapidement.

Je me suis beaucoup attaché à ce personnage, aux aspirations résolument normales (d’un point de vue statistique), un peu candide, qui veut toujours bien faire mais se retrouve malgré lui dans des situations cocasses ou dramatiques. Je partage avec lui son âge, son sexe (j’entends par là qu’il est de sexe masculin), certains centres d’intérêt comme la guitare, le rock ou le jeu d’échec, peut-être aussi sa façon de réagir face à l’imprévu.

CC : Vous avez rédiger Zen city en partie sous la forme d’un blog, pourquoi ?
G.H. : Mon premier roman, Scream test, était écrit à la troisième personne avec un narrateur omniscient, j’avais envie de changer et de faire un récit à la première personne. L’avantage c’est que le lecteur se sent plus proche du personnage principal et découvre l’intrigue en même temps que lui. Comme je comptais faire un roman sous la forme d’une chronique au jour le jour de mon personnage principal, Dominique Dubois, la forme du blog me paraissait idéale. D’autant plus qu’elle n’a, à ma connaissance, pas encore été exploitée de cette façon auparavant.

CC : Vous avez aussi créé un site Internet à propos de Zen City. Quel en est le principe ?
G.H. : Ce site se veut un prolongement des thèmes abordés dans le roman : les villes 2.0, les puces RFID, le marketing, la publicité ciblée, les neurosciences, avec notamment des repères bibliographiques et des liens vers des articles qui montrent que ce que l’on pourrait prendre pour de l’anticipation est en fait déjà une réalité. Il y a aussi, pour s’amuser, un questionnaire de recrutement pour ceux qui seraient tentés de rejoindre Zen City et son programme Global Life, ainsi qu’une partie plus personnelle pour informer mes lecteurs des possibilités de rencontres et de dédicaces, et quelques critiques du roman. Courrez-y....

CC : Un nouveau mode de consommation est abordé avec cet étonnant hypermarché qu’est le « Zen Marché ». Comment fonctionne-t-il ?
G.H. : Pour résumer, c’est un hypermarché showroom. Il n’y aucun stock apparent, chaque objet est un exemplaire unique de démonstration que vous pouvez voir, toucher, sentir et en dessous duquel se trouve un écran tactile vous permettant d’obtenir toutes les informations que vous souhaitez. Le Zen Marché est un endroit dans lequel la nécessité se transforme en stimulation des sens et pur plaisir.

CC : De nombreux mots-clés émergent de votre œuvre comme déresponsabilisation de l’individu ; société du bonheur ; obsession sécuritaire ; contrôle social... autant de concepts qui vous font frémir ?
G.H. : Déresponsabilisation de l’individu et société du bonheur sont effectivement liées dans Zen City. C’est un peu ce que l’on cherche à nous vendre de manière générale : « Nous ne nous connaissons pas mais faîtes-nous confiance » ou encore « Entrez dans l’univers fabuleux de notre gamme de shampoings nutri-réparateurs » Le problème c’est que les « Conseillers » à qui l’on doit faire confiance changent tous les six mois et qu’un shampoing reste un shampoing.
Ce qui est amusant, c’est d’imaginer ce qu’il se passe si on y croit vraiment, si l’on accepte l’idée qu’un marchand de meuble soit « bien plus qu’un marchand de meuble » ou qu’une banque soit « bien plus qu’une banque », que l’on accepte de se faire materner par des sociétés commerciales et que l’on considère que « la vie, la vraie » soit d’aller faire ses courses au supermarché.

La surveillance, ce que vous appelez l’obsession sécuritaire, est le thème qui relie mes deux romans. Il s’agit à chaque fois d’une surveillance volontaire : les candidats de télé réalité de Scream Test sont partants pour être filmés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Dominique Dubois accepte que, pour la sécurité de ses habitants « Premium », Zen City soit équipée en « vidéo-protection » et impose à ses résidents l’implantation d’une puce RFID.

Aujourd’hui, on a clairement abdiqué face à la diffusion massive des systèmes de vidéo surveillance. Il n’est pas rare de s’apercevoir au restaurant que l’on mange face à une caméra. On est dans l’après-1984, la vidéo surveillance ne fait plus peur, elle n’est plus vécue comme intrusive, elle indiffère ou elle rassure. De même, le fait que via les passes sans contact (Navigo ou autres), nos déplacements en métro, en bus ou en vélo libre service soient communiqués en temps réel à des serveurs informatiques qui les enregistrent pendant quarante-huit heures ne semble pas poser de problème.

Quant au « contrôle social », il s’agit plutôt des atteintes à la vie privée, des intrusions dont nous pouvons être victimes par l’exploitation de nos données personnelles à des fins commerciales.
Certaines de ces choses me font frémir, d’autres me scandalisent, d’autres encore ont tendance à m’amuser.

CC : De quels écrivains contemporains vous sentez-vous proche ?
G.H. : Il y a beaucoup d’auteurs contemporains que j’apprécie énormément mais j’essaye le plus possible de trouver mon propre style, de traiter de thèmes actuels, pousser des concepts dans leurs retranchements et traiter le tout sur le ton de la satire avec le rythme du thriller.
Cela dit je me sens assez proche de l’esprit d’un John T. Parker, pseudonyme d’un écrivain français qui a écrit l’excellent Méprise d’otage, ou d’un Benoît Duteurtre [j’espère qu’ils ne m’en voudront pas].

CC : La télésurveillance, le traçage des individus, les puces, que retenez-vous des évolutions récentes de la technologie ? Faites vous partie de ceux qui considèrent, par exemple, que Facebook est un outil de surveillance ? Considérez-vous, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à la prospective et à l’économie numérique, que la technologie n’est pas liée à des valeurs morales, et qu’elle n’est que ce que nous en ferons... ou pas ?
G.H. : Toutes ces technologies m’intéressent et elles sont toutes liées. Pour répondre à votre question, et même si les réseaux sociaux ne se limitent pas à ça, il semble qu’ils soient allègrement utilisés par la police à des fins de surveillance, comme le montre notamment cet article du Figaro
Quant à la science et à la morale, c’est une question philosophique largement étudiée et sur laquelle je n’ai pas grand-chose à ajouter. La recherche fondamentale est liée à la connaissance pure et c’est en effet plutôt du côté de la recherche appliquée que se posent les problèmes éthiques ou moraux. On sait bien qu’un même phénomène, physique, chimique, biologique peut être utilisé à des fins différentes et opposées. Mais il y a des domaines de recherche où je ne vois pas bien ce qui peut sortir de positif, comme le neuromarketing, dont je parle aussi dans Zen City.

Ce que j’ai surtout envie de dire, et ceci est très bien expliqué par les sociologues, c’est que nous sommes à une époque où, en particulier du côté des applications informatiques, on est content dès que c’est nouveau. A l’échelle de l’histoire, notre utilisation de cet outil en est à son balbutiement et je pense que nous faisons souvent n’importe quoi. Je pense notamment que peu d’entre nous soient capables d’utiliser les réseaux sociaux sans conséquences néfastes à court, moyen ou long terme. Une chose particulièrement inquiétante également est le vide juridique qui entoure chaque nouveauté technologique, et le retard considérable de nos politiques sur tous ces sujets. Les atteintes à la vie privée et les problèmes de protection des données personnelles sont plus nombreux chaque jour et le budget de la CNIL reste constant (en plus d’être largement insuffisant)...

CC : Y-a-t-il, dans les récents faits divers ou dans les polémiques concernant ces questions liant les nouvelles technologies et le respect des libertés individuelles, des éléments auquel vous vous êtes intéressés particulièrement, ou qui ont fait progresser votre réflexion sur ces problèmes ?
G.H. : Une des choses récentes qui m’a stupéfait, c’est quand Facebook a tenté de s’approprier la propriété intellectuelle et le droit d’exploitation commercial et Ad Vitam Aeternam des textes et photographies mis en ligne en modifiant rétrospectivement (et en toute discrétion) ses conditions d’utilisation. C’est le genre de sujets que j’aime traiter, quand les choses se font à l’insu du citoyen ou de l’utilisateur. Mais bon, à partir du moment où on laisse son intimité aux bons soins des lois californiennes...

Et puis une autre, qui prendra une résonance tout particulière chez les lecteurs de Zen City, c’est l’histoire de cet article censuré sur l’installation de quatre écrans publicitaires à cristaux liquides à la station de RER Charles-de-Gaulle-Etoile par la régie publicitaire de la RATP, qui peuvent, grâce aux passes Navigo, compter le nombre de personnes qui passent à proximité et mesurer le temps qu’elles restent à les scruter. Ils sont de plus dotés d’une connexion Bluetooth susceptible de transférer aux passants des messages publicitaires sur leur téléphone portable.

Tous les articles sur ce sujet sont accessibles sur mon site ou ici et

CC : Vous considérez-vous comme un auteur de science-fiction - et, que la réponse soit "oui" ou "non", pourquoi ?
G.H. : J’ai un peu de mal avec les étiquettes (et pas seulement les étiquettes RFID), aussi je vais éviter de m’en coller une. Je vois dans la SF un genre orienté plus vers les idées que vers les sentiments et c’est aussi mon cas en temps qu’auteur. Je suis attiré par l’allégorie, la satire, la parabole, l’hyperbole, ce que permet bien ce genre. Cela dit je me sens plus à l’aise avec le terme d’anticipation sociale. J’ai envie de dire que je parle de la réalité d’aujourd’hui et que c’est la réalité qui rejoint la SF.

Je profite de cette question pour mettre en garde vos lecteurs : Zen City n’est pas du tout un roman de pure SF et ceux qui sont de véritables spécialistes du genre le trouveront bien léger de ce point de vue. Par contre si vous êtes tentés par une satire de la société de consommation et du marketing, avec des touches de techno-thriller, de comédie d’espionnage, de polar et de SF, alors...

Par contre il y a un excellent film de SF que j’ai découvert aux Utopiales de Nantes et que j’aimerais conseiller à tous les lecteurs du Cafard Cosmique, il s’agit de Sleep Dealer


> A LIRE AUSSI : La critique de Zen City de Grégoire Hervier


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