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Publié le 01/10/2005

Hadès palace de Francis Berthelot

ED. LE BELIAL’, 2005 - REED. FOLIO SF, JUIL. 2007

Par Olivier

Voici enfin venu - après avoir été tant attendu - le sixième tome du cycle du Rêve du démiurge de Francis Berthelot, qui fait suite, dans la chronologie éditoriale, à Nuit de colère.

Chronologie éditoriale, car il n’y a aucun lien direct entre ces deux livres. Les liens se feront dans les volumes ultérieurs...


Les frères Algeiba

Nous retrouvons ici un personnage à peine évoqué auparavant, Maxime Algeiba. Il fut surtout évoqué comme étant le frère d’Ivan, l’un des personnages principaux du Jeu du cormoran, membres tous deux de ce fameux cirque que nous avons vu dans Le jongleur interrompu.

Comme son frère Ivan, Maxime a quitté le cirque familial, mais pour des raisons beaucoup moins douloureuses. Il s’est reconverti dans le cabaret, où ses talents de contorsionniste font merveille. A tel point qu’on lui propose de venir monter un spectacle au mythique Hadès Palace, dirigé par Bran Hadès. Hadès palace, c’est le rêve de tout artiste de l’époque. Lieu prestigieux, le public se compose essentiellement des sybarites de l’élite sociale. Ravi de cette opportunité qui s’ouvre à lui, tandis que le cabaret où il se produit périclite, Maxime n’a donc aucune hésitation.

Y-aurait-il quelque chose de pourri au Palace de Bran Hadès ?

Le voici donc dans ce fameux palace, au milieu d’un immense parc en pleine campagne. Après une visite médicale de rigueur, où on lui fait une étrange piqûre, il commence à se familiariser avec les lieux et le public. Mais il se rend surtout compte que tout ne tourne pas rond. Certes, on attend beaucoup des artistes, mais pourquoi trouve-t-on des vigiles armés patrouillant en permanence dans le Palace ? Et quel est ce deuxième cercle, où l’on envoie en rééducation et en perfectionnement les artistes dont les performances ne satisfont plus le public ? Mais surtout, où passent les artistes qui ne reviennent pas du deuxième cercle ?

Ce luxueux lieu de divertissements raffinés ne serait-il pas un piège totalitaire dont les sinistres mâchoires viennent de se refermer sur Maxime ? Et que lui veut le mystérieux Rhad Matteo ? Mais surtout, qui est Bran Hadès, dont on lui a injecté le sang ?

Enfers chrétien et païen ?

La construction du livre rappelle La divine comédie de Dante, puisqu’on y retrouve 3 lieux différents, qui rappellent un peu le Paradis, le Purgatoire et l’Enfer de La divine comédie. A l’intérieur des 3 cercles de Francis Berthelot, on trouve 9 chapitres, comme les 9 cercles de l’enfer dantesque. La présence d’un poète, Lon Orfelt chez Berthelot, fait aussi penser à Virgile guidant Dante dans sa visite [la prégnance dantesque du chiffre 3 se retrouve chez Berthelot ici disciple de Dante].

Mais au-delà de Dante et du christianisme, Berthelot évoque aussi l’Enfer païen, avec Bran Hadès, dont le nom est celui le dieu grec des Enfers [Pluton chez les Romains], gardien sourcilleux de son antre dont, à l’instar de Bran Hadès et de ses miliciens, il veille à ce que personne ne s’en échappe. Ici encore, le fantastique et sa noirceur ne font pas une irruption tonitruante et rapide, Berthelot opte plutôt pour une irruption lancinante et progressive. En effet, Maxime, par ses découvertes, fait tomber un à un les masques de la normalité et de la respectabilité du lieu, de Bran Hadès, de son personnel non-artistique et de ses clients. Or, chaque masque ou presque, cache du fantastique et de la noirceur. Equilibrant les révélations et les rebondissements, l’intrigue justement dosée nous tient en haleine tout au long du roman.

Toujours plus fantastique et plus noir

Fantastique et noir comme peut l’être l’âme humaine, ce sixième roman du Rêve du démiurge confirme plusieurs choses. Tout d’abord, l’ancrage toujours plus profond du cycle dans les territoires de l’imaginaire. Mais aussi que non seulement Francis Berthelot est un auteur incontournable de l’imaginaire contemporain, mais surtout que Le rêve du démiurge est une œuvre majeure, subtile et envoûtante, à l’image de Hadès Palace.


“LE REVE DU DEMIURGE”

« Hadès palace » est le sixième roman d’un cycle romanesque de Francis BERTHELOT qui compte déjà les oeuvres suivantes :

  • « L‘Ombre d’un soldat » [ED. DENOEL - 1994]
  • « Le Jongleur interrompu » [ED. DENOEL - 1996]
  • « Mélusath » [ED. FAYARD - 1999]
  • « Le Jeu du cormoran » [ED. FAYARD - 2001]
  • « Nuit de colère » [ED. FLAMMARION / IMAGINE - 2003]

Peut-on lire Hadès palace sans avoir lu les 5 autres tomes parus du Rêve du démiurge ? La réponse n’est pas "non", mais plutôt "oui, mais..."

Car il y a un mais. Si on peut le lire de façon autonome, c’est néanmoins passer à coté des tenants, et donc des aboutissants du cycle. Il est vrai que le lien avec les romans précédents est plus ténu que pour Mélusath ou Le jeu du cormoran.

En revanche, comme pour Nuit de colère, ce roman s’inscrit plutôt dans les aboutissants futur du cycle, car la postface nous indique que l’on va y recroiser bon nombre de personnages. Ajoutée à celle de Nuit de colère, qui reprend d’autres personnages des romans précédents, elle permet d’entrevoir les futurs tomes, qui feront appel à tous les romans du cycle.

Il est donc possible de le lire de façon isolée, mais avec plusieurs bémols.

  • Premier bémol : Ce livre, par son ancrage fantastique plus prononcé que ses prédécesseurs, n’est pas totalement représentatif du cycle. Ne comptez donc pas sur lui pour vous faire une idée générale du cycle. Ni sur aucun autre d’ailleurs, car aucun moment pris isolément n’est représentatif d’un crescendo.
  • Deuxième bémol : Il s’inscrit dans une continuité. Entre le vécu passé des personnages du roman, et les allusions de ces derniers à d’autres personnages du cycle [on pense bien sûr à Constantin], vous allez être pénalisé dans votre lecture. Cela ne vous empêchera pas de comprendre le livre, mais aussi mineur que soit le préjudice, il n’en existe pas moins.
  • Troisième bémol : Comme je l’ai dit, la postface annonce les futures pérégrinations des personnages de Hadès palace dans les volumes à venir. Ils y croiseront des personnages des autres romans [dixit aussi la postface de Nuit de colère]. Vous allez encore une fois être pénalisés, du fait de n’avoir pas lu les précédents romans.
  • Quatrième et dernier bémol : Ne pas lire tout le cycle, tel qu’il fut pensé et écrit, c’est se priver d’une grande œuvre, où chaque roman a une place précise, et perd donc à être lu isolément.

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Avec son dixième roman, Francis Berthelot signe donc l’une des œuvres majeures de 2005 [et un nouveau challenger pour le prochain prix du Cafard cosmique !]

Hadès palace comme Nuit de colère confirme que Le rêve du démiurge est une œuvre majeure et incontournable, dont on ne peut qu’attendre avec hâte - et envie - le prochain roman.