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Publié le 01/05/2006

"Hollywood Blues" de Kim Newman

["The Night Mayor", 1989]

ED. FOLIO SF / INEDIT, AVRIL 2006

Par Ubik

En Avril, Folio SF propose deux inédits : un de Andrew WEINER ["Boulevard des disparus", critiqué ici]et l’autre de Kim NEWMAN. Cette initiative, assez rare en format poche, mérite d’être saluée d’autant plus que la collection se fend de deux ouvrages particulièrement intrigants qui lorgnent vers un autre domaine littéraire que j’apprécie par-dessus tout : le roman noir. Il ne sera question ici que de « Hollywood blues » de Kim NEWMAN dont le nom n’est pas totalement inconnu des lecteurs de « Anno Dracula » et de ses suites. Pour les autres, un conseil : auteur à découvrir.


« Il était deux heures et demie du matin et il pleuvait. Dans la Ville, il était toujours deux heures et demie du matin et il ne cessait de pleuvoir. »

La Ville. Univers en noir et blanc, espace multiforme sans limite clairement établie. Patchwork cosmopolite composé de fragments issus de films noirs, séries B voire Z et sans doute nourrie autant par les fantasmes de ces créatures que par ceux de son créateur. Un monde peuplé de simulacres cinématographiques numérisés et d’icônes ciné géniques jouant et rejouant leur script pour un public cinéphile, peut-être, mais surtout assoiffé de transgressions et que le spectacle doit à la fois distraire, effrayer et conforter. La Ville. Un rêve ? Un cauchemar ? La frontière est ténue. On peut y côtoyer des célébrités, s’encanailler dans les bas-fonds ou s’enivrer du jeu codifié - fusillades, course poursuites automobiles - des simulacres ou s’imprégner de l’atmosphère délicieusement rétro et animée de ses multiples paysages urbains. On peut vivre des vies autres, s’émouvoir ou haïr et assumer sans complexe les vices qui prospèrent à l’ombre de la civilisation. On peut mourir aussi et peut-être même y vivre définitivement.

« Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est-il qu’un rêve ? »

La Ville. Au cœur de la métropole, le détective Richie Viff traque le maître afin de l’abattre. Côté face, sa cible est un généreux bienfaiteur habitué aux mondanités et aux actions de bienfaisance. Côté pile, il est un dangereux criminel, roi de la Pègre et peut-être de la Ville elle-même comme Richie Viff l’apprend très rapidement à ses dépends. En conséquence, il encaisse et se remémore pour supporter les péripéties douloureuses de son investigation qu’il bénéficie d’une distribution des rôles avantageuse et que le script dont il bénéficie ne lui réserve que peu de surprises. Mais, les codes semblent faussés, le scénario dérape, échappe aux conventions. Viff s’accroche à son personnage et slalome entre les chausses trappes et essaie de masquer son visage à l’attention de la police et bientôt de la garde nationale qui le pourchasse.

Chemin faisant, il oublie que dans la vie réelle, il s’appelle Tom Tunney, concepteur de rêves, ces univers virtuels déclinés en série pour le loisir et hébergés dans Yggdrasil, la conscience artificielle planétaire. Il néglige sa faculté de modeler la Ville à sa guise pour adapter le scénario à ses besoins. Il oublie qu’il est un spécialiste des films plats en noir et blanc des années 1940-1950, et qu’il a créé un héros qui n’est autre que le détective... Richie Viff. Il occulte de sa mémoire le véritable motif de sa présence dans la Ville, un contrat commandité par le directeur du centre de détention de Princetown, une chasse à l’homme dont l’objet est d’éliminer Truro Daine afin de le ramener dans la réalité, dans la cellule d’où il s’est évadé. Truro Daine qui est, non seulement un dangereux fugitif, mais également le maître de la Ville et un adversaire particulièrement retors et doué.

Dans ce court roman, Kim NEWMAN nous invite à une plongée distrayante dans l’univers sonore et visuel des films de genre avec une nette préférence pour les films noirs. Le récit n’est jamais ennuyeux, il multiplie les références cinématographiques et se permet même quelques incursions dans le domaine littéraire. Cependant, ce procédé qui fait la force du roman, en constitue également la faiblesse car nul doute que la méconnaissance des références n’entraîne la perte d’un niveau de lecture. Heureusement, cette faiblesse n’entraîne pas de perte de sens. Elle l’affaiblit sans doute car l’histoire demeure assez prévisible.


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Malgré cela, « Hollywood Blues » n’en demeure pas moins un exercice de style alerte et mouvementé.

La fin est un peu abrupte et facile, mais le roman reste recommandable aux lecteurs avertis... comme le sont maintenant ceux qui ont consulté cette chronique.